La boxe au Québec, c'est devenu du sérieux. Et ça ne fait pas nécessairement l'affaire de certains voisins américains.

Publié le 17 mars 2011
Marc Tougas LA PRESSE CANADIENNE

Les affaires vont de mieux en mieux pour les écuries québécoises que sont InterBox et GYM, qui comptent chacune un champion du monde en Lucian Bute et Jean Pascal, respectivement. Les promoteurs au sud de la frontière doivent maintenant composer avec une nouvelle sorte de concurrence. La rivalité inter-frontière est devenue plus forte.

Les sourires et les louanges paternalistes que les dirigeants de boxe aux États-Unis dirigeaient à l'endroit de leurs homologues québécoises ont disparu. Ils ont commencé à montrer les crocs et à sortir les griffes.

On a pu le constater, dernièrement, quand le Groupe Yvon Michel s'est retrouvé pris entre l'arbre et l'écorce à la suite du combat qui a permis à Pascal de rester champion, mais de justesse, à la suite d'une nulle majoritaire obtenue aux dépens de Bernard Hopkins.

Dans les jours qui ont suivi, le clan de Hopkins ainsi que celui de Chad Dawson, l'adversaire précédent de Pascal, ont tous deux exigé de GYM que le prochain combat du boxeur lavallois soit disputé contre leur poulain.

Yvon Michel a sûrement dû pédaler fort pour trouver un compromis. Le résultat, c'est que Pascal affrontera de nouveau Hopkins, le 21 mai prochain au Centre Bell à Montréal. En sous-carte de ce gala, il est prévu que Dawson se battra contre Adrian Diaconu avec la promesse d'obtenir une revanche à son tour face à Pascal... ou Hopkins.

Même si InterBox n'a pas vécu le même genre de mésaventure, du moins publiquement, le président Jean Bédard reconnaît que l'attitude de certains Américains à l'égard de son organisation a changé.

«Oui, on dérange en ce moment», a reconnu Bédard, cette semaine, au cours d'un entretien avec La Presse Canadienne.

«On est rendu à ce niveau, je pense», a-t-il avancé à quelques jours du combat de championnat du monde entre Lucian Bute et Brian Magee, qui aura lieu samedi au Centre Bell. En plus d'avoir de bonnes foules, chose qu'ils ont de la difficulté à avoir aux États-Unis, on va chercher l'intérêt des réseaux américains. Donc, on vient jouer un peu dans ce qui leur appartenait.

«C'était ça le modèle d'un promoteur américain: faire des ententes avec des réseaux de télévision et, même s'ils ne vendaient pas de billets, ils avaient de bonnes bourses à offrir à leurs boxeurs, a continué d'expliquer Bédard. Et nous, on a Showtime à Montréal cette semaine, ce qui veut dire que pendant ce temps, les gens du réseau ne sont pas aux États-Unis pour mousser un combat impliquant des Américains.

«Donc c'est sûr que ça commence à déranger», a souligné celui qui, à titre de grand patron de la chaîne La Cage aux Sports, est l'un des hommes d'affaires les plus en vue au Québec.

«Je pense que c'est rendu que Montréal et Québec font de la compétition à Las Vegas et Atlantic City, a avancé Bédard. C'est vraiment rendu une compétition sérieuse. Parce que les gens ici ont de l'intérêt pour la boxe. Cet intérêt-là (du public) a été perdu un peu aux États-Unis, au détriment peut-être de la UFC.»

Bédard a constaté qu'en conséquence, il a dû peaufiner sa manière de frayer avec les différents responsables de la gestion de la boxe aux États-Unis.

«Il faut faire attention à ce qu'on dit quand on parle, a-t-il donné comme exemple. Parce que c'est un petit monde. Tout circule rapidement, alors il faut faire attention à qui on fait confiance.»

Alliance avec Top Rank

En même temps, naviguer dans l'univers de la boxe est devenu plus facile, a noté Bédard.

«Je dirais qu'au niveau où on est rendus, on fait affaire avec des hommes d'affaires. À Showtime, quand tu t'assois avec les gens du bureau de Ken Hershman, c'est un gars d'affaires, qui a de l'expérience», a dit Bédard en parlant du directeur général du secteur des sports du réseau de télé américain. On se retrouve avec du monde qui ont besoin de mon produit. Et moi, j'ai besoin d'eux.

«Quand tu négocies à des niveaux supérieurs, par exemple avec Top Rank, tu parles à des gens qui sont durs en affaires mais qui sont là pour longtemps.»

Bédard a souvent souligné, cette semaine, qu'InterBox s'est allié de façon particulière à Top Rank, un promoteur de premier plan aux États-Unis qui compte notamment Manny Pacquiao, Shane Mosley, Kelly Pavlik et le Canadien Steve Molitor parmi ses protégés. On compte ainsi bâtir des liens de confiance entre les deux organisations au moyen de différentes échanges de services.

«Nous, on peut aider à faire connaître leurs boxeurs ici au Canada, et eux peuvent nous aider aux États-Unis, a souligné Bédard. Ce samedi, d'ailleurs, il y aura deux boxeurs de Top Rank qui vont être sur notre carte, dont Vanys Martirosyan, qui a une fiche de 28-0 et qui va éventuellement disputer un combat de championnat du monde.

«On va donc avoir la chance, de plus en plus, de voir des boxeurs de calibre international ici. Et ça va aussi donner la chance à nos boxeurs d'aller ailleurs. Par exemple, en ce moment il y a une possibilité que Pier-Olivier Côté fasse partie du gala de Manny Pacquiao à Las Vegas», a dit Bédard du jeune boxeur de Québec qui est officieusement inscrit à la soirée du 7 mai prochain, à laquelle participeront Pacquiao, Mosley et Pavlik.