Le repêchage par le Canadien de Montréal du défenseur Logan Mailloux, reconnu coupable d’un crime à caractère sexuel il y a moins d’un an, est « inquiétant et décevant », ont protesté samedi des organismes luttant contre les violences sexuelles au Québec.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

« Avec une décision comme celle-ci, le Canadien contribue à normaliser les crimes sexuels, les agressions. Ce n’est pas en banalisant ce qui s’est passé qu’on va aider ces personnes-là à se responsabiliser », explique à La Presse la cofondatrice du mouvement Québec contre les violences sexuelles Mélanie Lemay.

Vendredi soir, avec son choix de premier tour du repêchage 2021, le Tricolore a en effet sélectionné le défenseur ontarien Logan Mailloux, et ce, même s’il avait été reconnu coupable d’un crime à caractère sexuel il y a moins d’un an, en Suède. Pendant ce temps, au moins 11 équipes l’avaient retiré de leur liste de repêchage, a rapporté le site The Athletic.

En novembre, alors qu’il évoluait pour le SK Lejon, en troisième division suédoise, Mailloux a photographié sa partenaire sexuelle sans son consentement, puis a distribué le cliché à ses coéquipiers par le truchement d’une chaîne de messages textes. Le Canadien s’est engagé à « l’accompagner dans son cheminement » et à « lui fournir les outils pour lui permettre de prendre de la maturité ».

Mais pour Mélanie Lemay, le Canadien a surtout pris un « risque calculé ». « La réalité, c’est qu’ils se disent, comme bien d’autres institutions, qu’il y aura des critiques, mais que dans une semaine, on n’en parlera plus. C’est toujours un travail à recommencer de faire comprendre aux gens que non, ce n’est pas banal, un crime sexuel », tonne-t-elle.

Je me demande sérieusement en quoi le Canadien de Montréal est expert pour encadrer le processus thérapeutique d’un jeune qui commet ces gestes-là.

Mélanie Lemay, cofondatrice du mouvement Québec contre les violences sexuelles

À la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, la directrice Manon Monastesse dit aussi trouver la nouvelle « décevante ». « Ça envoie encore le message que parce que c’est un athlète, une personne connue, il réussit à s’en sortir plus facilement que les autres. C’est particulier de voir ça, quand on sait que plusieurs équipes ont préféré ne pas le repêcher », avance-t-elle.

« Il faudrait qu’il y ait une action concrète qui soit rattachée à ça, au minimum, pour montrer qu’il ne s’en sort pas facilement. Ça peut être de l’implication dans la communauté, par exemple, ou l’équipe qui promeut l’accès aux ressources », lance Mme Monastesse à ce sujet.

Au Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), l’agente aux communications Roxane Ocampo abonde dans le même sens. « On considère que tout ça s’inscrit en droite ligne avec la culture du viol qui excuse les violences sexuelles. On ne prend pas ces gestes-là assez au sérieux collectivement », s’indigne-t-elle.

L’équipe a évoqué son jeune âge, son besoin d’une deuxième chance, mais il n’a jamais été question du cheminement de la victime et de ses besoins à elle. Le Canadien dit que ces gestes-là sont inacceptables, mais si on lui reproche vraiment quelque chose d’inacceptable, pourquoi on lui déroule le tapis rouge […] ?

Roxane Ocampo, agente aux communications au RQCALACS

Jusqu’à l’Assemblée nationale

La classe politique n’a pas tardé à réagir à la nouvelle, samedi. La ministre déléguée à l’Éducation et ministre responsable du Loisir et du sport et de la Condition féminine, Isabelle Charest, a écrit sur Twitter être « surprise et déçue » de la décision du Canadien « en dépit de [la] condamnation » à la suite des gestes « inacceptables » de Mailloux.

« Depuis mon arrivée en poste, j’ai posé plusieurs gestes pour faire du sport un milieu sécuritaire, exempt de violence et inclusif. Le choix de repêcher M. Mailloux ne va pas du tout dans le sens du changement de culture positif que je souhaite instaurer dans le milieu sportif et à l’échelle de la société », ajoute l’ex-athlète olympique.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Isabelle Charest

Évoluer au sein de la LNH est un immense privilège. Posséder des habiletés athlétiques exceptionnelles, c’est une chose, mais je crois sincèrement que ceux qui en font partie se doivent d’être des modèles, sur et en dehors de la glace.

Isabelle Charest, ministre déléguée à l’Éducation et ministre responsable du Loisir et du sport et de la Condition féminine, sur Twitter

Toujours sur Twitter, le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a abondé dans le même sens. « Le rêve de beaucoup de petits garçons est de jouer pour les Canadiens. En repêchant un jeune accusé d’un crime sexuel, le CH envoie un terrible message : vous pouvez dégrader les femmes et vous méritez encore votre place dans notre organisation. Les partisans méritent mieux », a-t-il écrit.

Rappelons que Logan Mailloux n’a pas été arrêté, mais qu’il a tout de même été condamné par la justice suédoise à payer l’équivalent d’un peu plus de 2000 $CAN pour diffamation et publication d’une « photographie offensante », rapporte le site Daily Faceoff, qui a obtenu les documents de cour. Le DG du Canadien, Marc Bergevin, a assuré vendredi être « bien au fait de la situation ». Le club, dit-il, « ne minimise en aucun cas la sévérité des actions posées ». Le fait que Mailloux a admis ses fautes et exprimé des regrets « représente à [ses] yeux les premiers pas d’un cheminement personnel et d’une prise de conscience sincère ».