Aux yeux de bien des équipes, il était radioactif. Lui-même avait dit souhaiter ne pas être repêché. Selon ses mots exacts : « Je ne crois pas avoir démontré suffisamment de maturité ou de caractère pour mériter le privilège » de se joindre à une équipe de la LNH cette année.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

Visiblement, rien de tout ça n’a ébranlé le Canadien. Avec son choix de premier tour du repêchage 2021, 31au total, l’équipe a sélectionné le défenseur ontarien Logan Mailloux, et ce, même si le jeune homme a été reconnu coupable d’un crime à caractère sexuel il y a moins d’un an, en Suède.

Toute la planète hockey a écarquillé les yeux lorsque le directeur général Marc Bergevin a prononcé le nom de Mailloux. Au moins 11 équipes l’avaient retiré de leur liste de repêchage, a rapporté le site The Athletic, et ce, en dépit du fait qu’il était classé au 23e rang des espoirs nord-américains. En d’autres circonstances, il aurait été un joueur prisé par la plupart des formations du circuit.

En novembre dernier, alors qu’il évoluait pour le SK Lejon, en troisième division suédoise, Mailloux a photographié sa partenaire sexuelle sans son consentement, puis a distribué le cliché à ses coéquipiers par le truchement d’une chaîne de messages textes.

Le Code criminel du Canada décrit clairement que « quiconque sciemment publie, distribue, transmet, vend ou rend accessible une image intime d’une personne […], sachant que cette personne n’y a pas consenti » s’expose à une peine allant d’une amende jusqu’à un emprisonnement maximal de cinq ans.

Mailloux n’a pas été arrêté, mais a tout de même été condamné par la justice suédoise à payer un peu plus de 2000 $ CAN pour diffamation et publication d’une « photographie offensante », selon ce que rapporte le site Daily Faceoff, qui a obtenu les documents de cour.

Lisez le compte rendu de l’affaire

En entrevue avec le même site web, Mailloux a reconnu avoir commis une erreur « énorme, stupide, puérile », souhaitant du coup que la victime et sa famille « sachent à quel point [il est] désolé ». « Je regrette. J’espère qu’ils me pardonneront un jour », ajoute-t-il.

Cet acte de contrition n’a pas convaincu sa victime. Dans un courriel envoyé à The Athletic, la jeune femme a indiqué ne « pas croire » que Mailloux ait saisi la gravité de son comportement. Elle a en outre indiqué avoir demandé des « excuses sincères » de son agresseur par écrit, car elle ne voulait pas le rencontrer en personne. Elle a toutefois dû se contenter d’un « texte qui ne dépassait pas trois phrases ».

Lisez le témoignage de la victime (en anglais)

C’est après la publication de ce témoignage que Mailloux a indiqué, sur les réseaux sociaux, qu’il désirait se retirer du repêchage de 2021. Cela n’empêche pas que n’importe quelle équipe pouvait tout de même le sélectionner.

Accompagnement

Visiblement conscient de la tempête que sa décision de sélectionner Logan Mailloux allait provoquer, le Tricolore avait préparé une déclaration écrite, qu’a lue Marc Bergevin au cours d’une visioconférence quelques instants après la sélection.

Le club, a-t-il dit, est « bien au fait de la situation et ne minimise en aucun cas la sévérité des actions posées ». Le fait que Mailloux a admis ses fautes et exprimé des regrets « représente à [ses] yeux les premiers pas d’un cheminement personnel et d’une prise de conscience sincère ».

Conséquemment, l’organisation s’engage à l’« accompagner dans son cheminement [et à] lui fournir les outils pour lui permettre de prendre de la maturité et l’aide nécessaire pour le guider dans sa démarche ». Aucune information additionnelle sur ces engagements n’a été fournie.

Toutes les questions des journalistes ont porté sur la controverse dans laquelle le CH s’est lui-même plongé. À de multiples reprises, Bergevin a mis l’accent sur les « remords » qu’a affichés le défenseur.

Ce qu’il a commis est « grave » et « inacceptable », a reconnu le DG, martelant en contrepartie que Mailloux « n’avait que 17 ans » au moment des faits – il en a aujourd’hui 18 –, qu’il « veut s’améliorer » et qu’il « accepte les conséquences de ce qui est arrivé ».

Bergevin a en outre affirmé que le jeune homme avait besoin d’une « autre chance ». À la lumière du « comportement qu’il a démontré » depuis les évènements de l’automne dernier, « on croit que ces choses n’arriveront plus jamais », a-t-il dit.

Il a en outre mis l’accent sur les qualités athlétiques de Mailloux et avoué sa crainte qu’une autre équipe le sélectionne au cours des tours de repêchage suivants si le Canadien ne mettait pas le grappin sur lui avec son premier choix. Le réseau ESPN a confirmé tard en soirée que d’autres équipes que le CH reluquaient elles aussi Mailloux pour en faire un choix plus tardif.

« Un joueur de première ronde »

Mailloux est un défenseur droitier de 6 pi 3 po et 212 livres. La centrale de recrutement de la LNH le décrit comme « un assemblage parfait de gabarit imposant et d’habiletés ». Un puissant patineur, mobile, qui possède de « très forts instincts offensifs ». Marc Bergevin a insisté sur ce point : selon lui, et selon Trevor Timmins, responsable du recrutement amateur chez le Canadien, le talent de hockeyeur de Mailloux en fait un « joueur de première ronde ».

En 2020-2021, le jeune homme devait disputer sa première saison complète avec les Knights de London, dans la Ligue junior de l’Ontario, mais le circuit a complètement annulé sa campagne en raison de la pandémie de COVID-19, ce qui explique son prêt à une formation suédoise. Avec le SK Lejon, club auquel il s’est d’ailleurs joint après ses démêlés judiciaires, il a obtenu 15 points en 19 matchs.

Mark Hunter, copropriétaire et directeur général des Knights, a d’ailleurs fait des représentations auprès d’équipes de la LNH pour faire mousser la candidature de son poulain à l’approche du repêchage 2021. Dans un communiqué distribué à différents médias, les Knights ont indiqué être « conscients » de la situation impliquant Mailloux et assurés que l’équipe « travaille » avec lui afin qu’il comprenne mieux les conséquences de ses actions.

Cette sélection du Canadien est surprenante à deux autres égards.

D’abord, les Coyotes de l’Arizona ont créé une controverse du genre, l’année dernière, en repêchant Mitchell Miller, défenseur qui avait offert un mea-culpa semblable à celui de Mailloux à la suite d’actes d’intimidation sur un camarade de classe noir atteint d’un retard de développement. Moins de trois semaines après l’avoir sélectionné, les Coyotes coupaient les ponts avec lui.

Ensuite, la LNH compose actuellement avec un dossier explosif d’allégations de nature sexuelle chez les Blackhawks de Chicago. Un ex-joueur, non nommé, accuse Brad Aldrich, ex-entraîneur responsable de la vidéo, de l’avoir agressé en 2010. Une enquête est en cours et met notamment en cause la connaissance que la direction de l’équipe, à l’époque, avait de la situation. Marc Bergevin était alors directeur du personnel des joueurs à Chicago. Or, le DG du Canadien a affirmé, au cours d’un point de presse tenu pendant les récentes séries éliminatoires, qu’il n’était pas au courant des évènements allégués.