Entre deux prises d’un tournage pour les fins d’un documentaire sur la rivalité Canadien-Nordiques, le week-end dernier, Dale Hunter s’est permis d’évoquer Nick Suzuki par lui-même.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

« C’est lui qui nous a tués en séries il y a deux ans », relatait l’ancien centre des Nordiques, qui suit les séries éliminatoires avec assiduité ce printemps.

Son équipe, les Knights de London, menait trois victoires à zéro contre le Storm de Guelph en deuxième ronde des séries éliminatoires de la Ligue junior de l’Ontario lorsque Suzuki s’est mis en marche.

Le Storm tirait à nouveau de l’arrière, cette fois trois matchs à un, en demi-finale contre le Spirit de Saginaw, quand Suzuki, à nouveau, s’est transformé en monstre.

En sept matchs lorsque le Storm faisait face à l’élimination, le jeune centre du Canadien a obtenu sept buts et dix points.

En finale, l’équipe d’André Tourigny, les 67 d’Ottawa, menait deux matchs à zéro, avant de subir le même sort que London et Saginaw, malgré seulement 12 défaites en saison régulière. Suzuki a amassé 11 points dans les quatre derniers matchs de cette série…

Tourigny n’avait pas tari d’éloges à l’égard de ce jeune homme déjà acquis par le Canadien pour Max Pacioretty.

« Tu le vois jouer contre les autres clubs et tu penses savoir à quel point il est bon, avait-il confié dans cette page quelques jours après l’élimination de son club. Tu te dis d’accord, il est fort, mais ça risque d’être différent contre ton défenseur de 6 pieds 6 pouces et 236 livres Kevin Bahl. C’est un autre animal quand même "Bahler". Mais tu l’affrontes et tu réalises qu’il est capable de faire les mêmes choses contre "Bahler"... »

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Nick Suzuki avec le Storm de Guelph, dans la Ligue junior de l’Ontario.

Tourigny avait vanté son intelligence. « Je le trouvais très bon, très intelligent, je trouvais qu’il faisait plein de bonnes choses sur la glace, mais en l’affrontant, tout s’est amplifié. C’est son intelligence dans les mises au jeu, sa façon d’absorber les mises en échec, sa façon de protéger sa rondelle, plein de choses qui en font un joueur très difficile à contrer. Je le savais, mais je ne savais pas à quel point. »

André Tourigny était déjà convaincu que Suzuki deviendrait un très bon joueur pour le Canadien, mais il s’était peut-être gardé un peu trop de gêne. « Il va jouer pro, mais je connais le monde de Montréal, ce n’est pas un McDavid, un MacKinnon ou un Guy Lafleur qui va transporter les foules. Ça va être un très, très bon joueur de hockey. Il va aider son club à gagner, son coach va l’adorer et le faire jouer beaucoup, mais ce n’est pas un électrisant. »

Il avait pourtant osé le comparer à Ryan O’Reilly, récipiendaire du trophée Conn-Smythe remis au joueur par excellence en séries éliminatoires cette année-là. « Ça sera au minimum un gars de deuxième trio, un attaquant du top 6. Il me fait beaucoup penser à Ryan O’Reilly (qui lance de la gauche cependant, contrairement à Suzuki, un droitier). Comme pour Suzuki, il faut affronter ou diriger O’Reilly pour réaliser à quel point il est meilleur que ce qu’on croit. Il fait plein de choses: il lit le jeu, il coupe les passes, il ne fait pas beaucoup d’erreurs. Ces gars-là sont difficiles à affronter. »

Même dans la Ligue nationale, Nick Suzuki semble livrer ses meilleures performances en séries. Le Canadien disputait sans doute son match le plus important depuis 1993, mardi soir à Las Vegas, avec une égalité de 2-2 dans la série demi-finale.

Suzuki a d’abord préparé de façon extraordinaire le deuxième but de son équipe, au début du second engagement. Dans un geste qui pouvait rappeler celui de Nikita Kucherov sur le but d’Ondrej Palat dans le deuxième match de la série entre le Lightning et les Islanders, Suzuki est entré en zone adverse avec la rondelle, a bifurqué sur lui-même pour attirer les défenseurs, puis a remis à Eric Staal, seul dans l’enclave.

Trois minutes plus tard, il a soutiré la rondelle au capitaine des Golden Knights, Mark Stone, à la suite d’un repli défensif soutenu à l’orée de son territoire, puis il a balayé le disque du revers en direction de Corey Perry, qui a ensuite bien repéré Cole Caufield dans l’enclave. Suzuki a conclu sa soirée en marquant dans un filet désert.

Ses trois points, mardi, portent son total à 13 en 16 matchs de séries éliminatoires, au deuxième rang des marqueurs de l’équipe derrière Tyler Toffoli, qui en compte un de plus.

Suzuki, 21 ans, a désormais 20 points en 26 matchs de séries éliminatoires, pour une moyenne de 0,77 point par rencontre. Il a 82 points en 127 matchs de saison régulière, pour une moyenne de 0,65 point par match. L’homme des grandes occasions, disait-on.

Les trois joueurs de 21 ans ou moins du CH ont marqué dans le cinquième match. Jesperi Kotkaniemi, Cole Caufield et Nick Suzuki ont compté 13 des 35 buts de leur club en séries, pour 37 % de la production totale de l’équipe.

Le premier ministre du Québec François Legault avait bien raison de s’en réjouir mardi soir sur Twitter.