Le succès en séries éliminatoires est grisant, mais il a des effets négatifs sur le repêchage : pour la première fois depuis 2015, le Canadien repêchera après le 25e rang le 23 juillet.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

La plupart des partisans du CH et la direction de l’équipe n’en ont évidemment pas cure, car une participation au carré d’as et la chance d’atteindre la finale n’ont pas de prix.

En outre, Marc Bergevin n’a pas eu à sacrifier d’espoirs ou de choix de première ou deuxième ronde pour permettre à sa formation de compter sur des joueurs plus aguerris.

Eric Staal a coûté des choix de troisième et cinquième ronde, Jon Merrill un choix de cinquième ronde et Erik Gustafsson un choix de septième.

Le Canadien aura encore un choix de première, deux choix de deuxième, deux choix de troisième, trois choix de quatrième et un choix dans les trois rondes restantes.

Les Maple Leafs de Toronto, en comparaison, n’ont toujours pas franchi la première ronde des séries éliminatoires depuis 2004, n’ont pas repêché en première ronde en 2019 (un choix sacrifié pour larguer le salaire de Patrick Marleau), ont récupéré un choix de première ronde en 2020 en échangeant Kasperi Kapanen et ne repêcheront pas en première, troisième et quatrième rondes cette année (le choix de première a été cédé aux Blue Jackets pour le joueur de location Nick Foligno).

Repêcher aussi tardivement n’aura pas de conséquences désastreuses non plus parce que la relève du CH est déjà florissante. L’équipe compte déjà trois joueurs de 21 ans ou moins dans sa formation. Nick Suzuki, Jesperi Kotkaniemi et Cole Caufield sont parmi les sept premiers compteurs de l’équipe en séries. Ils ont marqué 10 des 36 buts de l’équipe, soit 28 % de la production totale de buts du Canadien.

PHOTO ERIC BOLTE, USA TODAY SPORTS

Nick Suzuki (14), Jesperi Kotkaniemi (15) et Cole Caufield (22)

Les Golden Knights de Vegas n’ont aucun joueur de 21 ans ou moins dans leur formation régulière, les Islanders de New York un seul, le défenseur Noah Dobson (Oliver Wahlstrom n’est pas revenu dans la formation depuis le cinquième match) et le Lightning de Tampa Bay aucun.

Montréal en compte un quatrième dans le giron de l’équipe, un troisième repêché par l’organisation après Kotkaniemi et Caufield, le défenseur Alexander Romanov (deux matchs en séries).

Sinon, le premier choix de 2020, 16e au total, le défenseur Kaiden Guhle, a montré un aplomb impressionnant au Championnat mondial junior et dans la Ligue américaine malgré ses 18 ans. Mattias Norlinder vient de signer un contrat avec l’organisation. Jordan Harris disputera une dernière saison dans les rangs collégiaux avant de joindre, on l’espère, le CH. Jayden Struble, Gianni Fairbrother, Cale Fleury et Josh Brook voudront prouver qu’ils méritent eux aussi l’attention de la direction.

À l’attaque, Ryan Poehling semble avoir retrouvé ses repères à Laval. Il a été le meilleur attaquant du Rocket cet hiver et a obtenu 25 points en 28 matchs. Il a seulement 22 ans. L’ailier droit Jesse Ylonen, 21 ans, a connu une bonne première saison en Amérique du Nord, avec le Rocket lui aussi, et mérité un match avec le CH.

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

Ryan Poehling

Trois attaquants repêchés en 2020 comptent aussi parmi la relève : le colosse Luke Tuch, le frère d’Alex, des Golden Knights, a obtenu 11 points en 16 matchs à sa première année à Boston College.

Jan Mysak, un choix de deuxième ronde lui aussi, un rang après Tuch, a bien fait à Laval malgré une production offensive plus limitée.

Repêché en cinquième ronde, Sean Farrell a été nommé le joueur de l’année dans l’USHL, le circuit junior américain, avec 101 points en 53 matchs.

Voilà donc essentiellement pourquoi le fait de repêcher tardivement en première ronde cette année ne fera pas trop mal à l’équipe.

Il ne faut évidemment pas s’attendre à des perles à compter du 28e rang, même s’il est toujours possible de dénicher des joueurs de qualité.

Parmi les 30 joueurs repêchés entre le 28e et le 30e rang sur une décennie, entre 2007 et 2016, on dénombre seulement cinq joueurs d’impact, pour un faible taux de succès de 17 %.

Une quinzaine n’ont même pas joué 100 matchs dans la LNH, soit 50 % des joueurs repêchés à ces rangs. Seulement dix ont joué au moins 200 matchs, avec des taux de succès variés.

Profitons donc de l’instant présent !

2007
28e Nick Petrecki 1 match
29e Jim O’Brien 77 matchs
30e Nick Ross 0 match

2008
28e Viktor Tikhonov 111 matchs
29e Daultan Leveille 0 match
30e Tom McCollum 3 matchs

2009
28e Dylan Olsen 124 matchs
29e Carter Ashton 54 matchs
30e Simon Després 193 matchs

2010
28e Charlie Coyle 621 matchs JOUEUR D’IMPACT
29e Emerson Etem 173 matchs
30e Brock Nelson 604 matchs JOUEUR D’IMPACT

2011
28e Zack Phillips 0 match
29e Niklas Jensen 31 matchs
30e Rickard Rakell 499 matchs JOUEUR D’IMPACT

2012
28e Brady Skjei 366 matchs
29e Stefan Matteau 91 matchs
30e Tanner Pearson 508 matchs JOUEUR D’IMPACT

2013
28e Morgan Klimchuck 1 match
29e Jason Dickinson 221 matchs
30e Ryan Hartman 365 matchs

2014
28e Josh Ho-Sang 53 matchs
29Adrian Kempe 312 matchs
30e John Quenneville 42 matchs

2015
28e Anthony Beauvillier 333 matchs JOUEUR D’IMPACT
29e Gabriel Carlsson 37 matchs
30e Nick Merkley 32 matchs

2016
28e Lucas Johansen 0 match
29e Trent Frederic 59 matchs
30e Sam Steel 129 matchs

À lire

1- L’entraîneur des Golden Knights, Peter DeBoer, a pris un pari risqué après le troisième match. Il a gagné. Un texte d’Alexandre Pratt.

2- Simon-Olivier Lorange refuse d’attribuer la défaite du CH au travail des arbitres, même s’il reconnait leur incompétence. Son analyse ici.

3- Quand Dominique Ducharme pourra-t-il retrouver son équipe ? Il y a deux scénarios probables.