Question d’ouverture : est-ce que l’arbitrage du match de dimanche soir a coûté la victoire au Canadien ? La réponse sèmera possiblement la controverse : non.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse
Richard Labbé
Richard Labbé La Presse
(Re)lisez notre couverture en direct Consultez le sommaire du match

Le Tricolore a menotté ses adversaires en territoire défensif et en zone neutre. Il a empêché les Golden Knights de tirer depuis l’enclave pendant tout le match. Et il a dominé sans partage – littéralement – les chances de marquer. Il a donc fait tout ce qu’il fallait pour gagner cette rencontre.

La vie étant ce qu’elle est, c’est toutefois les visiteurs qui se sont sauvés avec un gain de 2-1 arraché en prolongation. Les deux équipes retournent donc à Vegas à égalité 2-2 dans cette série.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Nicolas Roy a marqué le but gagnant en prolongation.

Il est assez ironique de constater à quel point le CH s’est fait jouer exactement le même tour qu’il avait joué aux Knights au match précédent. Mais on y reviendra.

On disait donc que ce ne sont pas les arbitres qui ont volé la victoire au Canadien. En effet, quand bien même les Chevaliers auraient passé la soirée au donjon (pardon), l’attaque massive des Montréalais ne se serait pas nécessairement déchaînée. Elle est d’ailleurs bien timide contre Vegas, quoique l’échantillon pour en juger soit petit.

Cela n’enlève rien au fait que les hommes aux brassards orange ont offert une performance médiocre. Pitoyable. Honteuse pour la noble fonction qu’ils remplissent.

La séquence la plus surréelle est survenue en toute fin de deuxième période lorsque, après un sifflet, Brayden McNabb a asséné un coup au visage de Nick Suzuki sous les yeux de l’arbitre Chris Lee. Ce dernier ne pourra pas se défendre de ne pas avoir vu cette action, puisqu’il regardait directement en direction des deux joueurs. Une fois le coup envoyé, Lee a détourné le regard. On pourrait mal imaginer plus burlesque caricature.

Ironiquement, les punitions mineures imposées de part et d’autre (une dans chaque camp) ont fait suite aux gestes parmi les plus… mineurs. Un accrochage de Suzuki sur Alec Martinez puis une pénalité pour obstruction de Martinez sur Josh Anderson. Des décisions justifiables lorsque prises isolément, mais risibles dans le contexte.

À un certain moment, on a d’ailleurs aperçu Phillip Danault sourire de dépit après avoir été renversé alors qu’il n’avait pas la rondelle. Tout était là.

Retenue

Les joueurs du CH ont fait preuve, dans les circonstances, d’une surprenante retenue sur la glace. Les esprits se sont échauffés avant le deuxième entracte, mais du reste, on a évité les gestes de frustration.

Diplomate, Paul Byron a résumé la situation ainsi : « Il n’y a rien qu’on puisse faire pour ça. Les arbitres voient ce qu’ils voient, notre travail est de continuer à jouer. »

C’est une évidence. Mais on sent qu’on commence à taper du pied chez le Canadien.

Corey Perry, par exemple, a près du nez une longue cicatrice qui lui rappelle le bilan des officiels – un bâton élevé impuni lors du match numéro 3 l’avait laissé le visage ensanglanté.

« Je ne peux rien dire », a-t-il lancé lorsque le sujet des arbitres a été abordé. Le message ne pourrait être plus clair.

Luke Richardson, entraîneur-chef durant l’absence de Dominique Ducharme, a été plus subtil. Il avait senti ses hommes perdre leur sang-froid lors de la rencontre de vendredi. Si bien que dimanche, il a fait le point avant même le début du match. Comme quoi le problème n’était pas qu’une invention des partisans.

« On s’est rappelé de contrôler ce qu’on peut contrôler et de garder confiance que [les arbitres] feront les bonnes choses, a-t-il dit. Shea Weber et Corey Perry ont fait des interventions aux moments appropriés. Nous sommes à l’aise avec ça. »

Domination

Mine de rien, ça fait beaucoup de mots sur un élément dont on disait qu’il n’était pas la cause directe de la perte du Canadien. Nous vivrons avec cette contradiction.

De retour à notre programmation principale, soulignons une statistique pour le moins saisissante. Selon le site de statistiques avancées Natural Stat Trick, le Tricolore a dominé 18-1 au chapitre des chances de marquer de qualité.

Insistons : 18 à 1. Le « un », c’est le but qu’a inscrit Nicolas Roy dans les premières secondes de la prolongation, alors que Jesperi Kotkaniemi était piteusement coincé derrière Carey Price.

C’est donc dire que c’était 18-0 après 60 minutes. On n’a même pas accordé une chance de qualité sur le but de McNabb, puisqu’il était assumé que Price aurait dû faire l’arrêt.

Des deux côtés de la patinoire, on a donc fait les choses correctement chez le Canadien. « Il faut juste trouver le moyen de marquer davantage », a souligné à juste titre Joel Edmundson.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Robin Lehner devant Jesperi Kotkaniemi, lors de la première période

Josh Anderson retient « beaucoup de positif » de cette rencontre, invoquant notamment un départ bien plus convaincant que l’avant-veille. Son équipe a ainsi renoué avec ses bonnes habitudes.

« On était rapides, premiers sur la rondelle : c’est ça, notre manière de jouer », a résumé Corey Perry. « Si on continue ainsi, on les aura à l’usure. »

Il importe de mentionner que, malgré un scénario identique au match précédent – une équipe qui perd l’avance et échappe le match après l’avoir dominé –, les réactions du camp perdant étaient drastiquement différentes. Vendredi, chez les Knights, les visages étaient longs, les voix, fatiguées. Dimanche, Luke Richardson n’avait aucunement l’air d’un homme qui venait de perdre. L’arroseur a été arrosé, mais ne comptez pas sur l’entraîneur pour en faire un plat.

Son message à ses joueurs : « On est OK, ça va aller. »

« On s’attendait à une longue série », a-t-il rappelé. Après une performance défensive pratiquement sans faille, il importe maintenant de « dupliquer » les « bonnes choses » qui ont été faites.

« On sera prêts » pour le match numéro 5, a-t-il promis, sur le ton de celui qui en a vu d’autres. Et qu’on a envie de croire.

Dans le détail

Une rare défaite en prolongation

Avant de sauter sur la glace dimanche soir pour la 61e minute de jeu, le Canadien avait eu beaucoup de succès en prolongation. En fait, depuis le début des présentes séries, le Canadien avait une fiche de 4-0 en période supplémentaire, et si on recule jusqu’à la dernière conquête et au printemps de 1993, c’est une fiche de 31-19 que le Canadien s’est façonnée en surtemps, en comptant la prolongation de dimanche soir au Centre Bell. À ce chapitre, donc, 2021 ne sera pas comme 1993, le printemps de tous les possibles, le printemps où le Canadien avait été presque parfait en prolongation, avec une récolte de 10 victoires dans ces circonstances.

PHOTO OLIVIER JEAN, LAPRESSE

Robin Lehner

La motivation de Robin Lehner

On dit souvent que les gardiens sont de drôles de moineaux, et Robin Lehner ne fait certes pas exception à cette règle de vie qui n’est pourtant écrite nulle part. Ainsi, le gardien des Golden Knights a raconté dimanche soir qu’il est arrivé au Centre Bell quatre heures avant le début du match, et qu’il s’est mis à lire les messages de tous ceux qui doutaient de lui sur son compte Twitter, les uns après les autres. « J’ai lu tout ça et ça m’a motivé », a expliqué le gardien après la rencontre. Dans son cas, il s’agissait seulement d’un deuxième départ depuis le début des présentes séries, et aussi d’une première victoire depuis son départ précédent, qui avait eu lieu le 7 mai, lors de la saison.

Encore les défenseurs des Golden Knights !

Brayden McNabb a marqué le premier but des Golden Knights en milieu de troisième période, celui qui a permis de faire 1-1 dans le match, et quand il a réussi à mettre cette rondelle au fond du filet, il a aussi réussi quelque chose que les défenseurs de son équipe font souvent depuis le début de cette présente série : marquer un but. En fait, ce but était le neuvième des Golden Knights depuis le début de cette série contre le Canadien, et de ces neuf buts, sept étaient l’œuvre des défenseurs du club de Vegas. Dans le cas de McNabb, il s’agit de son premier but des présentes séries.

En hausse

Corey Perry

Il a été de toutes les batailles dans la première moitié du match. Son trio s’est sérieusement relevé après un match numéro 3 difficile.

En baisse

Tyler Toffoli

Un joueur qui peut se permettre d’être invisible pendant une partie de la soirée lorsqu’il compense avec un gros but. La deuxième partie de la proposition n’est jamais venue.

Le chiffre du match

10

Josh Anderson a établi un sommet personnel, saison et séries éliminatoires confondues, en distribuant 10 mises en échec. Son sommet précédent, établi en février dernier, était de neuf.