Les carences du Canadien en défense n’ont jamais été aussi évidentes jeudi soir contre les Jets.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Avec un peu moins de deux minutes à faire, et un déficit d’un but, le gardien Jake Allen au banc au profit d’un sixième patineur, Joel Edmundson a été envoyé dans la mêlée avec Shea Weber pour tenter de provoquer l’égalité.

Edmundson connaît une saison formidable au plan défensif, mais il n’a jamais amassé plus de 20 points en une année et il n’est pas reconnu pour ses prouesses offensives.

Qui envoyer d’autre ? Alexander Romanov et Jeff Petry sortaient à peine de la glace, Victor Mete séchait au banc depuis le début de la troisième période et Brett Kulak est probablement le défenseur le moins créatif du groupe.

Il était aussi probablement trop tôt, avec 1:50 à faire, pour envoyer un cinquième attaquant à sa place.

La situation en défense s’est améliorée depuis l’été catastrophique de 2017. Mais il manque encore au Canadien un ingrédient essentiel pour aspirer au statut d’équipe de premier plan.

L’absence de Markov plane encore. Cette année-là, rappelons-le, le défenseur offensif russe est rentré dans son pays après des négociations houleuses avec Marc Bergevin.

Markov ne s’est pas aidé en congédiant son agent et en négociant seul, et Bergevin aurait sans doute dû mettre un peu d’eau dans son vin.

Alexei Emelin a été perdu au repêchage de l’élargissement des cadres, Nathan Beaulieu a été échangé, car on craignait de le perdre à ce repêchage, et le meilleur espoir de l’organisation, Mikhail Sergachev, est passé au Lightning en retour de Jonathan Drouin.

En l’espace de quelques semaines, le CH venait de perdre quatre défenseurs gauchers, dont deux résolument offensifs.

La transaction pour Drouin fait mal aujourd’hui. C’est peut-être la seule que Marc Bergevin regrette. À l’époque, l’attaque avait fait pitié en séries contre les Rangers et on s’attendait à perdre son meilleur élément, Alexander Radulov, déjà attiré par les dollars du Texas. La décision pouvait se défendre, d’autant plus que Drouin avait seulement 22 ans.

Quatre ans plus tard, Drouin, 26 ans, se dirige vers une autre saison de 45-50 points. À moins d’un revirement spectaculaire, il restera l’ailier qu’on a sous les yeux. Un bon petit attaquant, créatif, rapide, habile, mais un joueur de périphérie, donc pas une menace pour le gardien adverse, et pas nécessairement le joueur non plus pour tirer l’équipe. Même son plus grand complice, Dominique Ducharme, n’a pas eu d’effet sur lui.

Sergachev, 22 ans, est devenu un défenseur essentiel à Tampa. Il a joué 24 minutes ces deux derniers matchs, et son temps d’utilisation se situe à 22:15 cette saison. Seul le grand Victor Hedman joue davantage. Il se dirige vers une deuxième saison de plus de 40 points.

Mais on ne réglera rien en ruminant les erreurs du passé. L’arrivée l’an dernier de Ben Chiarot, puis de Joel Edmundson et de la recrue Alexander Romanov cette année, ont colmaté des brèches importantes. Ils font oublier les Karl Alzner, Mark Streit, Mike Reilly, Brandon Davidson, Jakub Jerabek et compagnie.

Mais il manque encore un élément essentiel. Chiarot et Edmundson ne sont pas réputés pour leurs qualités offensives. On s’ennuie de Chiarot, mais le duo qu’il formait avec Shea Weber avant de se blesser connaissait des soirées difficiles.

C’est pire encore avec Brett Kulak pour le remplacer au sein du top quatre. Jeff Petry semble s’ennuyer d’Edmundson. Il a obtenu 5 points en 12 matchs depuis la perte de son partenaire régulier. Il en avait amassé 24 en 23 matchs avec Edmundson…

Kulak possède une mobilité intéressante et il n’est pas un vilain défenseur, mais il ne génère aucune attaque. Quand il fonce vers la zone neutre avec le disque, des œillères semblent s’ouvrir mécaniquement. En mouvement avec le disque, il est incapable de repérer quiconque. Il va envoyer la rondelle en fond de territoire ou mourir avec dans un coin.

Avec le déclin de Shea Weber, déjà pas un maître du jeu de transition à cinq contre cinq, seul Petry est capable de générer de l’offensive au sein du top quatre. Pas normal que Petry soit l’un des seuls défenseurs employés en prolongation.

Zdeno Chara a bien vieilli à Boston malgré son manque de mobilité grâce à un formidable jeune partenaire, Charlie McAvoy. Weber n’a pas encore ce luxe.

Il y a de l’espoir, évidemment. Alexander Romanov, sans être le Chris Chelios ou le P. K. Subban annoncé, possède une certaine touche offensive. Mais il est encore vert pour lui confier de plus grandes responsabilités. Il y a des soirées plus difficiles, comme jeudi par exemple. Il a seulement 21 ans, commence à peine à faire ses armes dans la LNH, mais il sera assurément un membre du top quatre pour de nombreuses années éventuellement.

Jordan Harris possède ce que le Canadien recherche. Le CH a tout fait pour le mettre sous contrat le mois dernier. On devra l’attendre encore un an. Mattias Norlinder fait encore ses classes en Suède. Il a connu un match typique il y a quelques jours : deux buts spectaculaires, mais aussi des carences en défense. Il ne viendra pas en Amérique avant au moins un an.

Le premier choix de 2020, Kaiden Guhle, et Jayden Struble, deux gauchers comme Romanov, Harris et Norlinder, cogneront à la porte d’ici un an ou deux.

En attendant, on fait quoi ? On donne peut-être une chance à Otto Leskinen, fumant à Laval cette saison. On espère le retour de Ben Chiarot et on s’accroche à cette défense costaude, mais peu douée offensivement, en demandant aux attaquants de se replier encore davantage pour les aider à relancer l’attaque.

Ou on appelle des confrères à quelques jours de la date limite des transactions pour du renfort. Mais les défenseurs à la fois responsables défensivement et doués à l’attaque sont plutôt rares à trouver.

Le Canadien progresse depuis 2018. Il participera aux séries ce printemps. Avec un peu de chance, il remportera une ronde, ou deux, devant des Maple Leafs sous pression. Mais il manque encore un successeur à Andrei Markov pour mériter le titre de club aspirant à la Coupe.

À LIRE

1- Le baseball majeur et le Parti républicain se livrent toute une guerre. Philippe Cantin raconte.

2- Deuxième défaite consécutive du Canadien jeudi soir, même s’il a dominé les Jets.

3- Pierre-Luc Dubois n’est pas fâché d’être passé des Blue Jackets aux Jets ! Un texte de Richard Labbé.