Le nom Toradol ne dit peut-être pas grand-chose aux fans de hockey, mais dans les coulisses de la LNH, ce puissant médicament contre la douleur est très bien connu d’une majorité de joueurs. Peut-être trop.

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

C’est du moins ce que laisse entendre le documentaire The Problem of Pain, diffusé mardi soir sur les ondes de TSN.

D’une durée de quelque 45 minutes, ce puissant reportage vient entre autres lever le voile sur l’utilisation, très répandue semble-t-il, du Toradol, un anti-inflammatoire qui serait très populaire dans les vestiaires de la LNH.

L’ex-poids lourd Zenon Konopka affirme avoir vu des joueurs faire la file pour en recevoir une dose, et Kyle Quincey, défenseur qui a joué pendant plus de 10 saisons, surtout avec les Red Wings de Detroit, jure qu’il se sentait comme Superman quand il en prenait avant les matchs.

C’est difficile de se rendre à la Ligue nationale et c’est encore plus difficile d’y rester. Alors tu dois faire ce que tu dois faire.

Kyle Quincey

Et parmi ce qui « doit » être fait, il y aurait l’utilisation du Toradol, qui serait devenue tellement banale que la majorité des joueurs en consomme comme s’il n’y avait pas de lendemain.

Quincey, lui, confie qu’il en prenait chaque jour de la saison, sans jamais avoir été mis au courant des effets à long terme. Aujourd’hui, à l’âge de 35 ans, il se demande de quoi il aura l’air lors de sa prochaine décennie, avec un peu d’inquiétude dans les yeux.

« Il n’y a personne qui nous a parlé des effets secondaires ou à long terme, ajoute-t-il. Mais c’est comme ça parce qu’au hockey, dès un très jeune âge, on te dit que tu dois jouer malgré les blessures. »

« C’est terrible »

Ryan Kesler, attaquant qui s’est brisé les os pendant 15 ans avec les Canucks de Vancouver et les Ducks d’Anaheim, avoue aujourd’hui que sa vie n’a rien de normal (« je passe la plupart de mes journées à regarder les autres avoir du plaisir ») parce qu’il a mal partout, et pire encore, il se dit convaincu d’avoir développé des troubles intestinaux et la maladie de Crohn en raison de son utilisation abusive des antidouleurs lors de ses années comme joueur.

Aujourd’hui, il le regrette.

« Les médecins de la ligue sont payés par l’équipe et ils veulent que les gars jouent, a-t-il expliqué. Je ne voulais pas faire mal à mon équipe alors je savais que je devais jouer. Je ne voulais pas être étiqueté comme celui qui ne joue pas malgré les blessures.

« J’avais des trous dans mon côlon, j’avais des ulcères, et j’avais des spasmes aux intestins. C’est très déplaisant. Je devais aller aux toilettes de 30 à 40 fois par jour. […] C’est terrible et c’est seulement parce que personne ne m’a jamais expliqué ce que ces antidouleurs pouvaient potentiellement me faire. »

On apprend par ailleurs dans The Problem of Pain que le Toradol, au départ, n’a été créé que pour une brève période de remise en forme, par exemple sur cinq jours. Mais la plupart des intervenants cités dans ce reportage affirment que des joueurs de la LNH en prennent tous les jours de la saison et des séries éliminatoires.

« Les joueurs peuvent mentir, mais la vérité, c’est que tout le monde dans cette ligue carbure aux antidouleurs », ajoute Kesler.

Reste à voir si les choses vont changer à la suite de ces révélations, ou bien si elles vont rester les mêmes, comme elles le font souvent au hockey.