« Pour bâtir une équipe, on a besoin d’un peu de chance. Il faut minimiser les erreurs, et le processus s’accélère. Mais même les meilleures organisations font des erreurs. Il y a beaucoup d’imprévisibilité, j’imagine. »

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Ces paroles ne sont pas de Marc Bergevin. Le DG des Red Wings de Detroit, Steve Yzerman, a lui aussi osé employer lundi en conférence de presse le mot chance, désormais maudit par tous les fans du Canadien ou presque.

Yzerman a lui aussi tenté d’obtenir le maximum de choix au repêchage à la date limite des transactions. « On ne sait pas qui seront ces choix. Il faut en amasser le maximum, le plus de hauts choix, pour maximiser ses chances. Il faudra en cours de route en repêcher quelques bons parmi ceux-là et la seule façon de le faire, c’est de détenir le plus de choix possible. On ne peut pas espérer voir son premier choix réussir à chaque année. Il y a des années où vous ratez votre coup. Voilà pourquoi il importe d’en avoir beaucoup. »

Il ne s’agit pas ici de défendre le DG du Canadien. Mais de mieux comprendre la réalité du repêchage et de la construction d’équipes dans la LNH. « Je peux seulement implorer la patience, je ne sais pas ce que je pourrais dire d’autre », a ajouté Yzerman.

Le prédécesseur d’Yzerman, Ken Holland, a quitté le navire au bon moment, le printemps dernier. Holland aurait sans doute été critiqué sévèrement en employant les mots chance et patience après trois exclusions consécutives des séries et une quatrième à venir.

Mais Yzerman est associé à une nouvelle vague de reconstruction, pourtant entamée quelques années plus tôt. Bergevin, lui, restera identifié à l’échec de son premier plan quinquennal, dont le premier cycle a pris fin en 2018. D’où le manque de patience à son endroit.

Yzerman n’a pas connu une grande journée limite des échanges. Pour Andreas Athanasiou, un attaquant de 25 ans et un marqueur de 30 buts l’an dernier, et Mike Green, il a obtenu deux choix de deuxième ronde, en 2020 et 2021, et un choix conditionnel de quatrième ronde en 2020. Celui-ci se transformera en choix de troisième ronde en 2021 si les Oilers atteignent le carré d’as. Compte tenu de la folie du marché, c’est bien peu. Pour Ilya Kovalchuk, Marco Scandella, Nick Cousins et Nate Thompson, tous d’éventuels joueurs autonomes sans compensation acquis pour presque rien, le Canadien a acquis des choix de deuxième, troisième, quatrième et cinquième rondes.

PHOTO CHRIS CARLSON, ASSOCIATED PRESS

Les Red Wings ont échangé l'attaquant Andreas Athanasiou aux Oilers, lundi.

Yzerman fait bien d’implorer la patience. Detroit a de loin le pire club de la LNH, avec 15 petites victoires en 65 matchs. Les Wings sont faibles devant les filets avec Jonathan Bernier et Jimmy Howard. Ce dernier aura droit à l’autonomie complète le 1er juillet. Il n’y a pas vraiment de relève devant le filet.

La jeune défense offre une perspective d’avenir intéressante. À 22 ans seulement, Filip Hronek, un choix de deuxième ronde en 2016, est déjà le meilleur défenseur de l’équipe. Dennis Cholowski, choix de première ronde en 2016, a un bon potentiel en relance, même si on vient de le renvoyer dans la Ligue américaine. On espère beaucoup du premier choix de 2019, sixième au total, le défenseur droitier de 6 pieds 4 pouces Moritz Seider, 20 points en 46 matchs cet hiver dans la Ligue américaine et leader de la formation allemande au Championnat mondial junior.

Il y a de bons éléments à l’attaque. Dylan Larkin, Anthony Mantha, Tyler Bertuzzi. Filip Zadina, sixième choix au total en 2018, trois rangs après Jesperi Kotkaniemi, a montré quelques beaux flashs lors de son rappel de la Ligue américaine, avant de se blesser. On laisse Joe Veleno, Michael Rasmussen mûrir dans la Ligue américaine. Peut-être l’un des cinq choix de deuxième ronde lors des deux dernières cuvées percera.

PHOTO ANDY MARLIN, USA TODAY SPORTS

Dylan Larkin et Anthony Mantha

On espère évidemment un sort favorable à la loterie du repêchage. Detroit aura 18,5% de chances d’obtenir le premier choix et ainsi repêcher Alexis Lafrenière, et 49% de choisir dans le top 3 et ainsi mettre la main sur un Quinton Byfield ou un Tim Stützle.

Mais il en faudra plus avant de relancer les Red Wings et les succès ne viendront pas avant quelques années. « C’est difficile à vendre, dit Yzerman. Il faut montrer du progrès. J’espère qu’on verra le progrès l’an prochain, pas seulement au plan des victoires, mais du développement de nos jeunes. »

Ce progrès, Marc Bergevin l’espérait après une saison de 96 points l’an dernier. Il est en principe à une étape plus avancée que celle d’Yzerman. Une autre exclusion des séries l’an prochain ne sera pas acceptable, contrairement aux Red Wings.

Mais faut-il peindre un portrait si sombre quand votre deuxième centre, Nick Suzuki, a 20 ans, et figure parmi les meilleures recrues de la Ligue nationale ? Quand Jesperi Kotkaniemi, l’un des plus jeunes joueurs de la LNH et de la Ligue américaine, amasse dix points à ses dix premiers matchs à Laval, dans une ligue où les jeunes de 21 ans et moins n’obtiennent pas un point par match ? Quand le meilleur défenseur junior en Russie, Alexander Romanov, est sur le point de rejoindre l’équipe l’an prochain. Quand Cole Caufield « brûle » la NCAA avec 34 points en 32 matchs à 19 ans ?

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Nick Suzuki et Jesperi Kotkaniemi

On s’attendait à plus de Ryan Poehling, même s’il en est à sa première année chez les pros. Son tour du chapeau à son premier match, l’an dernier, et son début de camp d’entraînement prometteur, avant de subir une commotion cérébrale, ont contribué à hausser les attentes.

Certains interprètent le renvoi dans la Ligue américaine de Cale Fleury comme un échec, mais il compte parmi les cinq joueurs seulement repêchés à compter du 23e rang en 2017 à avoir disputé 40 matchs dans la LNH.

Le noyau actuel, celui auquel est attaché Bergevin, ne fera pas gagner l’équipe. Mais le noyau actuel, auquel on greffera ces jeunes mentionnés ci-haut, offre au CH des perspectives intéressantes.

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