Parmi les idées véhiculées dans son point de presse de lundi, Marc Bergevin est revenu à quelques reprises sur son « noyau », qu’il ne voulait pas défaire, du moins pas en cette date limite des transactions.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Chacun a son opinion sur le noyau, et l’idée selon laquelle ce noyau ne devrait pas être intouchable, vu le manque de résultats, n’est pas farfelue. Peut-être aussi que ce noyau est tout simplement trop petit, et devrait inclure au moins un défenseur de premier plan et un attaquant d’impact supplémentaires.

Un fait demeure : les coups d’éclat touchant le noyau se font généralement pendant la saison morte. C’est ainsi que procède Bergevin depuis quelques années, et c’est dans cette direction que va la Ligue nationale.

Dans les circonstances, la fin de saison sera fort intéressante, car elle permettra à Bergevin de déterminer qui fait partie dudit noyau, et qui pourrait être sacrifié dans l’espoir de l’améliorer.

C’est cette phase de la saison qui s’est amorcée hier, à l’occasion d’une défaite de 4-3 du Canadien en prolongation, aux mains des Canucks de Vancouver.

« Dans des saisons comme ça, tu veux montrer que tu peux faire partie de la solution pour la suite. Les jeunes veulent montrer qu’ils ont leur place dans la ligue. Le jeu se resserre, chaque but est encore plus important. Ce sont des expériences importantes à vivre pour les jeunes », a rappelé Paul Byron, après la rencontre.

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Carey Price (# 31) fait l’arrêt devant Tyler Toffoli (# 73).

Byron, justement, est au cœur d’une situation intéressante, celle de Max Domi. Certains soirs cette saison, Domi n’avait pas exactement l’air d’un membre du noyau. Il paraissait individualiste, ses replis manquaient d’énergie, et on se demandait bien où était le joueur de 72 points de l’an dernier. Car celui-là, il faisait assurément partie du noyau !

Or, depuis le retour de Byron, il y a quatre matchs, c’est ce Domi impliqué et productif que l’on revoit. Il compte six points à ses cinq dernières sorties. Samedi, à Ottawa, il s’est payé la tête de Brady Tkachuk, déployant une arrogance qui le rend si détestable pour l’adversaire. Mardi, Domi s’est distingué autant offensivement qu’en dérangeant les Vancouvérois, assez pour recevoir la visite du joueur d’énergie Antoine Roussel.

Il ne fait aucun doute que Carey Price, Shea Weber, Jeff Petry, Brendan Gallagher et Phillip Danault (la liste n’est pas exhaustive) font partie du noyau. Certains cas, comme celui de Domi, sont plus complexes. « Je n’ai aucune idée. Ce n’est pas à moi de répondre. Notre équipe est un noyau de 20 joueurs », a simplement répondu le numéro 13, quand on lui a demandé où il se voyait par rapport à ce groupe.

« Il a été très bon depuis le jour 1. L’an passé, il a amassé 72 points. Il a été bon au centre de nos deux premiers trios. Il apportait beaucoup d’enthousiasme. Il est encore jeune », a souligné Byron, pour qui la réponse semble claire.



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Christian Folin (# 32) et Adam Gaudette (# 88)

La situation de Domi demeure particulière, car son sort pourrait bien se décider sans égard à ses performances. Si Bergevin juge que Danault et Nick Suzuki sont prêts à piloter les deux premiers trios, le contrat que Domi devra négocier ce printemps pourrait devenir lourd par rapport à ses responsabilités.

Quoi qu’il en soit, il n’a rien à perdre à accumuler plus de performances comme celle de mardi. Soit qu’il en bénéficiera dans sa négociation de contrat, soit que son DG recevra des offres plus intéressantes si les pourparlers se compliquent.

Le dossier Kovalchuk

C’était un premier match pour le Tricolore depuis les départs d’Ilya Kovalchuk, Nate Thompson et Nick Cousins. Plusieurs s’attendaient à un CH à plat, mais les Montréalais ont livré un effort inspiré, bien qu’imparfait. « L’attitude était bonne. L’effort était quand même là », a jugé l’entraîneur-chef.

Le match a toutefois connu une fin appropriée, dans les circonstances. Avant l’arrivée de Kovalchuk, le Canadien présentait une fiche de 3 victoires et 6 défaites en prolongation. Pendant son séjour à Montréal, cette fiche a été de 4-1. Kovalchuk a marqué deux des buts gagnants, et était sur la patinoire pour celui de Ben Chiarot la semaine dernière à Washington. Dans une équipe en manque de talent offensif de pointe, la présence de Kovalchuk a fait pencher la balance.

À 36 ans, bientôt 37, Kovalchuk ne peut plus faire partie du noyau d’une équipe. Il devient plutôt une pièce complémentaire, qui peut aider dans des rôles bien définis, la prolongation en étant un. Avec un classement toujours aussi serré en fin de saison, les points gagnés ou perdus à 3 contre 3 peuvent faire toute la différence.

Dans un monde idéal, le Tricolore aurait ses propres tireurs d’élite pour donner un coup de pouce dans ces situations. Mais le Canadien des dernières années est tout sauf un monde idéal, comme on se l’est trop souvent fait rapp

Dans le détail

Weal, de la passerelle au fond du filet

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Jordan Weal, Loui Eriksson et Oscar Fantenberg

Avec les récents départs, certains joueurs se retrouvent en audition, si on veut, et ce sera sans doute le cas de Jordan Weal d’ici à la fin de la saison. Weal, qui avait été laissé de côté lors du match de samedi soir à Ottawa, a profité de la visite des Canucks mardi soir pour marquer un gros but en début de troisième période, qui donnait à ce moment une avance de 3-2 au Canadien (ça n’a pas été suffisant, mais bon, ça, c’est une autre histoire). Pour l’ailier, il s’agissait d’un septième but depuis le début de la saison, et si jamais son trio, complété par Max Domi et Paul Byron, pouvait jouer ainsi assez souvent, peut-être que Claude Julien tiendrait quelque chose en vue des prochaines semaines. « J’essaie toujours de jouer de cette façon, a expliqué celui qui porte le maillot au numéro 43 après le match de mardi soir. La différence, c’est que cette fois-ci, la rondelle est allée au fond du filet ! Mais je dirais que j’ai été capable de créer des occasions de marquer comme ça cette saison. »

Evans en audition

Un autre qui sera en audition au cours des prochaines semaines, c’est Jake Evans, qui va avoir sa chance (du moins, pour l’instant) à titre de centre du quatrième trio. C’est donc ce que l’on a vu mardi soir, quand Evans a piloté cette unité en compagnie d’Artturi Lehkonen et Dale Weise. Pour Evans, c’était le septième match de sa carrière dans la LNH, et le deuxième seulement à titre de centre. Au final, il a conclu sa soirée avec seulement 9 minutes et 59 secondes de temps de jeu, et n’a pas été en mesure de lancer au filet une seule fois. Reste à voir maintenant si ça va durer ou non, mais en même temps, ce n’est pas comme si le Canadien avait des options à la pelle pour cette position bien précise. « Avec les gars qui ont été échangés (lundi), il faudra que d’autres répondent à l’appel, et Jake fait partie de ceux-là », a expliqué l’attaquant Brendan Gallagher.

Un autre chandail pour Domingue

À peine arrivé au Centre Bell avec sa nouvelle équipe mardi, Louis Domingue a eu le temps de s’entraîner une première fois avec les Canucks en matinée avant de prendre place sur le tabouret du réserviste en soirée. Le gardien québécois en est déjà à son quatrième maillot différent depuis qu’il joue dans la LNH, et honnêtement, il trouve que ça commence à bien faire. « Un peu de stabilité, ce serait bon !, a-t-il admis mardi matin au Centre Bell. Pour moi, c’est une saison très difficile, pour ma famille aussi. » On peut de plus présumer que Domingue ne sera que de passage chez les Canucks, qui l’ont acquis des Devils du New Jersey suite à la blessure au gardien numéro un Jacob Markstrom. Avec tout ça, ajoutons que Domingue est sans contrat en vue de la prochaine saison, et que le Canadien, justement, va fort probablement se lancer à la recherche d’un autre gardien à l’été. « Si un jour ça arrive, je vais être heureux », s’est-il contenté de répondre à ce sujet.

Ils ont dit

Regarde les meilleures équipes, comme Washington ou Pittsburgh. Elles ont plusieurs vétérans et savent comment gagner. On peut beaucoup apprendre de ça. On veut être une équipe comme ça, mener 3-1 ou 3-2 en troisième période et savoir que c’est fini. Avant, tu menais 3-1 et c’était fini. De nos jours, le jeu est tellement nord-sud. Ce n’est pas une excuse, c’est la réalité. On ne peut plus s’asseoir et jouer la trappe.

Max Domi, au sujet des problèmes du Canadien à jouer avec l’avance

On a passé beaucoup de temps sur la glace lors de la prolongation sans pouvoir effectuer un changement, mais ça arrive. C’est ça, le hockey en prolongation. Ce n’est pas facile, mais il faut trouver une façon. On n’obtient pas deux points, seulement un. On aurait préféré que ce soit deux points.

Max Domi

En prolongation comme ça, à trois joueurs contre trois, j’essaie seulement de bien lire le jeu sur la glace. Et puis il y a eu une mêlée devant le filet et ils ont pu marquer ensuite.

Carey Price

Il faut jouer de manière intelligente en prolongation. Ce ne fut pas facile pour nous parce qu’ils ont attaqué sans arrêt, ils ont obtenu un surnombre aussi à la fin. On n’y pouvait rien.

Paul Byron

C’était un jeu super intelligent. Peu de gens vont remarquer ce genre de jeu. Le résultat est malheureux, mais il a connu un bon match.

Byron, au sujet du jeu de Jordan Weal sur le premier but du match

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En hausse

Jeff Petry

Peu d’erreurs, du soutien à l’attaque, de bons coups d’épaule : le genre de prestation nécessaire de la part d’un des membres du noyau de l’équipe, dans les circonstances des derniers jours.

En baisse 

Nick Suzuki

Pas qu’il ait été atroce, mais l’attaquant est moins visible depuis quelques matchs. Des hauts et des bas compréhensibles pour une recrue.

Le chiffre du match

11

C’est le nombre de défaites du Canadien quand il détient l’avance après une période. Sa fiche dans les circonstances : 16-7-4. Ça fait beaucoup de points perdus…