Le commissaire de la LCF, Randy Ambrosie, continue de perdre des points et, surtout, l’estime des membres les plus importants de sa ligue : les joueurs.

Miguel Bujold Miguel Bujold
La Presse

Il y a de plus en plus de grogne au sein des joueurs de la Ligue canadienne de football, qui commencent à s’impatienter. Ils veulent obtenir des réponses et savoir un peu plus à quoi s’en tenir au cours des prochains mois.

Pour l’instant, l’Association des joueurs obtient très peu d’informations de la part de la ligue. Ce n’est pourtant pas ce qu’a prétendu Ambrosie cette semaine.

PHOTO ANDREW VAUGHAN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Randy Ambrosie, commissaire de la LCF

« Je parle assez régulièrement avec Brian Ramsay et Soloman [Elimimian] », a affirmé Ambrosie lors d’une entrevue sur les ondes de TSN. Ramsay est le directeur de l’Association des joueurs, tandis qu’Elimimian en est le président. Ramsay a rapidement publié un message sur les réseaux sociaux afin de contredire Ambrosie.

« Je veux être clair en réponse aux commentaires de M. Ambrosie lors d’une récente entrevue. L’Association des joueurs n’a reçu aucune information concrète de la part de la LCF quant à une convention collective pour 2020, contrairement à ce que celle-ci nous avait promis, ni de plan concret quant à une potentielle saison. Je suis consterné que la LCF a évoqué le contraire », a écrit Ramsay.

Nombre de joueurs, dont le quart-arrière des Alouettes Vernon Adams fils, ont exprimé leur frustration au cours des derniers jours. En visioconférence, vendredi après-midi, Tyrell Sutton a abondé dans le même sens.

« C’est notre gagne-pain, alors on ne peut pas simplement rester assis et attendre. On ne va pas continuer de s’entraîner pour disputer une saison sans savoir ce qui se passe en arrière-scène. Je pense que la plupart des gens souhaitent seulement qu’il y ait plus de transparence », a dit le porteur de ballon des Alouettes.

« Sans nous, il n’y aurait évidemment pas de ligue ni de saison. On veut simplement être informés de ce qui se déroule. S’il n’y a pas de saison, bien des joueurs devront se trouver un autre travail. Je pense qu’obtenir que des fragments d’information ou pas du tout nuit à la ligue en entier. »

Lorsqu’on lui a demandé quelle était l’opinion des joueurs sur Ambrosie, Sutton a hésité quelques secondes et a pesé ses mots.

« Je ne veux pas parler au nom des autres joueurs, mais je dirais qu’il y a de la rancœur à son égard parce que nous ne sommes pas impliqués dans certains aspects du processus afin de garder cette ligue en vie. »

« [Ambrosie] a demandé de l’argent au secteur privé sans que l’on soit impliqué. Il s’est présenté devant le Parlement pour obtenir une aide sans nous en avoir parlé auparavant. Et c’est une histoire qui se répète : au début de notre convention collective, en 2018, ils [la ligue et les équipes] ont retenu nos bonis. Alors il n’y a pas beaucoup de confiance en ce moment », a dit Sutton.

« On ne nous a pas donné les informations et les outils nécessaires pour mener la bataille ensemble. Je pense que les joueurs, les propriétaires et la ligue ne font pas front commun. »

S’il n’y a pas de saison, Sutton devra se mettre à la recherche d’un autre boulot. « Je devrais assurément me trouver un autre emploi. Ce n’est pas comme si j’avais obtenu plusieurs contrats dans les six chiffres au cours de ma carrière. 

« J’ai une famille à nourrir, et c’est pour cette raison qu’il est si important de savoir à quelle date nous pourrons être fixés à savoir s’il y aura une saison ou non, et quand elle s’amorcerait. »

Le demi offensif de 33 ans ne sait pas si la LCF a une date butoir pour prendre une décision quant à une potentielle saison écourtée, qui ne commencera pas avant septembre au plus tôt. Il a toutefois rappelé qu’il n’y avait plus beaucoup de marge de manœuvre.

« Je ne pense pas que ce soit une très bonne idée de jouer un match de la Coupe Grey en décembre au Canada », a-t-il lancé.

Mais même s’il devait y avoir du football l’automne prochain, Sutton n’est pas convaincu que tous les joueurs accepteraient de jouer pour une fraction de leur salaire.

« Des joueurs comme Mike Reilly, Bo Levi Mitchell et Vernon Adams fils toucheraient probablement plus de 200 000 $, même pour une demi-saison. Mais certains joueurs ne gagneraient peut-être que 30 000 $. La question devient donc de savoir si ça vaut vraiment la peine de risquer sa santé et de quitter sa famille pour une telle somme. »

Racisme au Canada, aussi

Lors d’une entrevue avec La Presse il y a quelques semaines, Sutton avait commenté la situation actuelle et les tensions raciales aux États-Unis. C’était notamment avant que des manifestations aient lieu aux quatre coins du monde.

Vendredi, Sutton a insisté sur un élément en particulier lorsqu’il a été question de racisme. « Je pense qu’il est très important que les gens comprennent que le problème existe au Canada, aussi. Il n’a pas la même magnitude qu’aux États-Unis, mais ce serait une erreur de croire qu’il n’y en a pas. »

Sutton est cependant optimiste de voir des changements substantiels germer grâce aux nombreuses et soutenues manifestations des dernières semaines.

« C’est juste un peu dommage qu’il ait essentiellement fallu que le monde arrête de tourner [durant la pandémie de COVID-19] pour qu’il y ait une prise de conscience et afin que les gens comprennent que ces problèmes existent depuis très longtemps. »

Sutton a participé à la marche contre le racisme de dimanche dernier à Montréal. Il était accompagné de sa femme, Émilie Desgagné, et de leur poupon, Tyson Éli, né en avril.

« C’était une sensation douce et amère. Mais j’ai versé des larmes, tant c’était beau de voir autant de gens d’autant d’ethnies différentes réunis. »