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Infertilité et grossesse: les montagnes russes

Voir un petit coeur battre sur le moniteur. C'est tout ce que désiraient Karine... (PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE)

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PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Voir un petit coeur battre sur le moniteur. C'est tout ce que désiraient Karine Cartier et Luc Constantineau après être passés à travers une série d'épreuves dans la lutte contre l'infertilité. L'échographie de datation le confirme : le couple attend un enfant pour Noël.

La première fois que Karine Cartier a vu un « plus » sur un test de grossesse, elle et son amoureux essayaient de concevoir un enfant depuis trois ans. « Nous étions plus qu'heureux ! témoigne-t-elle. Le jour où nous l'avons annoncé à ma famille, ma petite soeur nous apprenait qu'elle aussi attendait un enfant. Nous allions vivre cette expérience ensemble ! » En raison de saignements à sa 11e semaine de grossesse, elle s'est dirigée vers l'hôpital, pour apprendre sèchement de la bouche d'une infirmière qu'il n'y avait aucun bébé dans son ventre. Effondrée, la jeune femme a appris ce jour-là ce qu'était un oeuf clair.

Malgré sa peine immense, l'éducatrice spécialisée est retournée travailler, mais pour son mari, c'en était trop. « Je ne supportais plus d'écouter les plaintes des abonnés alors que nous traversions une crise », témoigne Luc Constantineau, 33 ans, qui travaille pour un câblodistributeur. Dépressif, il a été mis en arrêt de travail par son médecin.

SURMONTER L'INFERTILITÉ

Près du quart des couples infertiles rapportent un niveau de détresse psychologique cliniquement significatif, selon la Dre Katherine Péloquin, psychologue et professeure en psychologie à l'Université de Montréal.

« L'infertilité et ses traitements génèrent énormément de stress. »

« À la suite du diagnostic, certaines personnes sont profondément atteintes dans leur féminité ou leur masculinité. L'incapacité de concevoir vient jouer dans toutes sortes d'enjeux fondamentaux tels que la confiance en soi, l'identité et les valeurs personnelles. »

Six mois après la fausse couche, Karine et Luc sont allés consulter en clinique de fertilité. Le diagnostic est tombé : syndrome des ovaires polykystiques, un trouble hormonal qui touche entre 6 et 10 % des femmes. « Je me doutais que quelque chose n'allait pas, mais ç'a été un coup dur à encaisser, relate la femme de 30 ans. J'ai dû apprendre à pardonner à mon corps. » Pour Luc, c'était enfin une lueur au bout du tunnel : « Cette condition se traitait sans trop de danger. Nous pouvions enfin agir sur la situation ! »

Ajustement de la médication pour stimuler l'ovulation et perte de poids pour elle, prescription de vitamines pour lui, la première insémination a non seulement été retardée, mais elle a échoué. La deuxième tentative a débouché sur un résultat positif.

« Je faisais des tests de grossesse maison compulsivement. Au bout de quelques jours, les résultats pâlissaient de plus en plus », dit Karine Cartier

Le couple a alors appris ce que signifie une grossesse biochimique : l'oeuf fertilisé ne s'est jamais implanté dans la paroi utérine. « On y a cru moins longtemps, alors on s'accrochait à l'idée que la prochaine fois serait la bonne », raconte Luc Constantineau.

La troisième insémination a réussi. « Cette fois-ci, on aurait pu avoir 75 000 résultats positifs, tant qu'on ne voyait pas le coeur battre, on n'arrivait pas à se rassurer, raconte la future maman. Et encore, on se gardait une réserve comme pour se protéger. »

À 20 semaines, soit à la mi-grossesse, le couple s'est enfin donné le droit de se réjouir. « On devait toujours se répéter : c'est notre tour, tout va bien se passer, se souvient-elle. Même si la peur demeurait présente, on se donnait enfin le droit d'en parler, de commencer la chambre de bébé. »

« Si j'avais pu emballer mon amoureuse dans du papier bulle, je l'aurais fait ! dit le conjoint. La voir partir travailler enceinte me rendait fou. Je voulais la protéger à tout prix. »

MANQUE DE SOUTIEN

Tout au long du processus, les deux amoureux ne se souviennent pas que le personnel leur ait demandé une seule fois comment ils se portaient. « Il y a un sentiment de perte de contrôle très fréquent chez les personnes qui me consultent, révèle la Dre Péloquin. Les couples ont l'impression d'être bousculés, d'être peu informés ou de recevoir beaucoup d'information sans avoir le temps ni l'espace pour y réfléchir. On leur dit : "Voici le diagnostic, voici le traitement. On peut commencer dès le prochain cycle." Si bien que les couples ne savent pas réellement dans quoi ils s'embarquent. Cela contribue à engendrer beaucoup de stress et d'anxiété, mais aussi de la colère et de l'insatisfaction. »

C'est finalement vers un groupe sur Facebook qu'ils se sont tournés pour aller chercher le soutien dont ils avaient tant besoin. « C'était très difficile de parler de ce qu'on vivait à nos proches, constate le futur père. On a même dû s'éloigner de certaines personnes temporairement. C'est déplorable qu'on chuchote encore lorsqu'il s'agit de parler de procréation assistée, qu'on soit embarrassés ou qu'on ait honte, alors que nous sommes tellement nombreux dans le même bateau ! »

VERS UN DÉNOUEMENT HEUREUX

Dans un journal qu'elle destine à son enfant à naître, Karine Cartier a écrit leur histoire afin de pouvoir un jour lui dire à quel point il était désiré. « L'infertilité nous a rendus plus lucides, plaide-t-elle. La joie, la peur et l'inquiétude se sont manifestées tout au long de ma grossesse. Maintenant, je ne suis pas pressée d'accoucher. Je me suis inscrite pour ça ! J'ai l'intention de profiter au maximum ! »

« Dernièrement, je suis nerveux, car je veux être le meilleur papa possible, confie Luc Constantineau. Juste de dire le mot, ça me fait capoter. C'est en train de se produire vraiment ! »

Fille ou garçon ? La surprise sera complète. À trois semaines de la date prévue d'accouchement, les futurs parents accrochaient un premier ornement au sapin : une boule de Noël sur laquelle il est inscrit « Baby's First Christmas ». « Nous sommes en amour avec ce bébé depuis tellement longtemps ! disent-ils. Tenir cet enfant dans nos bras sera certainement irréel. Nous aurons de la difficulté à réaliser que nous l'avons finalement eu, notre dénouement heureux ! »

CONSEILS PRATIQUES

La quête de fertilité entraîne un stress considérable, et parfois même des conséquences sur la santé mentale et sur la vie conjugale. Comment tenir le coup ? Quelques conseils.

Soigner son couple

Dans toute démarche de traitement de fertilité, les couples doivent se donner le droit de limiter les stresseurs additionnels, comme les réunions de famille, s'ils occasionnent trop de chagrin, énonce Katherine Péloquin, psychologue et professeure de psychologie à l'Université de Montréal. La psychologue recommande à ces couples de passer des moments agréables où l'attention est orientée vers d'autres objectifs positifs. « Je les encourage à créer d'autres projets communs, comme la planification d'un voyage, l'adoption d'un animal ou la pratique d'activité physique en couple, par exemple. »

S'accorder des pauses

Considérant les deuils et déceptions encourus à la suite des traitements de fertilité, les couples sont appelés à mettre en place des stratégies pour gérer leur stress. « Je donne souvent l'image d'une personne qui souhaite compléter une course. Elle devra s'économiser en cours de route afin d'arriver au bout. C'est la même chose pour les couples en traitements de fertilité. Ils doivent être à l'écoute des signes et s'accorder des pauses lorsque c'est nécessaire, voire un arrêt pour envisager d'autres options comme l'adoption ou une vie sans enfant. »

Consulter

L'aide psychologique offerte aux couples infertiles varie d'une clinique de fertilité à une autre. Certaines d'entre elles comptent un psychologue au sein de leur équipe, alors que d'autres dirigent leurs patients vers l'extérieur. Il revient alors aux patients de faire les démarches. La perte d'intérêt généralisée, la culpabilité excessive, la perturbation du sommeil, le stress incontrôlable ou la fatigue chronique sont quelques pistes pour déceler une détresse nécessitant l'aide d'un professionnel de la santé. « On peut aussi consulter un psychologue si on vit une hausse de conflits dans le couple, qu'on manque de soutien de l'entourage ou qu'on a tout simplement besoin d'être accompagnés dans notre démarche afin d'éclairer nos choix », précise la Dre Péloquin.

Autres ressources

Service de marrainage-parrainage de l'Association des couples infertiles du Québec : aciq.ca

Rencontres d'information et d'échange par le Laboratoire d'étude du couple : etudeducouple.ca




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