Non, ne s’improvise pas dominant qui veut. Encore moins expert en nœuds. Le BDSM est une pratique qui s’apprend, avec des règles, des codes, et surtout des limites à respecter. Un mode d’emploi, quoi. Sauf que jusqu’ici, ce mode d’emploi n’existait pas.

Publié le 15 mai
Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Ou du moins, pas en français. C’est désormais chose faite, avec la publication ce dimanche d’une véritable formation, sorte de BDSM 101, à la fois théorique (ce qu’est le bondage, la domination/soumission ou le sadomasochisme, et ce que ça n’est surtout pas) et pratique (les fameux « jeux », « rôles » et « jouets » expliqués), sans oublier les règles de sécurité, grille de limites téléchargeable incluse.

Baptisé « Découvrir le BDSM » et signé par deux chercheuses en sexologie de l’UQAM, Jessica Caruso (rare universitaire à s’être intéressée au sujet au Québec) et Marie Latendresse (agente de recherche en développement de programmes en éducation à la sexualité), l’outil vient ici combler un véritable vide en la matière.

« Il existe très peu de formations pour les gens qui ont envie de débuter, voire aucun, en français », confirment en effet les chercheuses.

Certes, le titre détonne, aux côtés des formations plus généralistes, sur l’estime de soi ou la masturbation, disons. Mais avec la popularité grandissante du phénomène (il n’y a qu’à faire un tour dans un sex-shop pour en avoir le cœur net), et sa normalisation dans l’univers du porno, ce mode d’emploi tombe à pic. « Aujourd’hui, tu peux être sur Tinder et te chercher un partenaire BDSM, fait valoir Jessica Caruso. Sans aucune expérience ! Et c’est là qu’il y a risque d’abus. »

Parce que, mettent en garde les chercheuses :

Ce n’est pas parce que c’est plus accepté que tout le monde devrait le faire, ou de n’importe quelle façon. Il y a des enjeux de sécurité physique et psychologique. C’est quand même un échange de pouvoir.

Jessica Caruso, chercheuse et autrice, experte en BDSM

« Dans les règles du BDSM, les notions de consentement sont hors pair, précise la chercheuse. Il faut comprendre que tout doit être négocié. Cela demande une éducation, un travail sur soi, être capable de dire non, et définir ses limites. »

Le mot clé, ici : éducation. Et dans le sous-texte : communication. Malheureusement, et l’actualité le rappelle régulièrement, « si c’est mal fait, ça peut mener à des abus. Et c’est un problème grandissant ».

Le guide se veut d’ailleurs un outil de réflexion sur la question, pour aider les lecteurs à exprimer leurs besoins, leurs craintes et leurs limites, et surtout distinguer un jeu « sain » d’un jeu « malsain ».

« Si tu n’es pas capable de mettre tes limites ou de les nommer, ce n’est pas pour toi, conclut Jessica Caruso. Vraiment pas pour toi. Parce que ça peut être dangereux. Notre programme ne vise pas du tout à pousser les gens à le faire. » Mais plutôt à « bien » le faire, le cas échéant seulement.

À propos de Jessica Caruso

Jessica Caruso a commencé à s’intéresser au BDSM après son bac en sexologie, en 2009. « J’ai découvert ça à travers quelqu’un qui était dedans, et je ne pouvais pas croire que je n’en avais jamais entendu parler, de tout mon bac en sexologie ! » D’où ses études plus poussées, dans le cadre de sa maîtrise, sur le sujet. « Il faut qu’on en parle ! J’avais envie de démystifier tout ça. Je ne pouvais pas croire qu’il y avait cette communauté à Montréal que je ne connaissais pas ! » Un sujet qui, à l’époque, a franchement détonné auprès de ses collègues universitaires, c’est le moins qu’on puisse dire. « En plus, j’ai fait de l’observation, ce qui n’est pas une méthode qu’on utilise en sexologie, c’était vraiment champ gauche. On est définitivement rendu ailleurs aujourd’hui… » Elle publie son mémoire en 2012 (La communauté BDSM de Montréal : enquête sur la culture BDSM et les codes et scénarios sexuels qui la constituent), puis un livre de théorie, en 2016 (BDSM – Les règles du jeu, VLB éditeur). Cet outil de formation est son premier du genre. Mais peut-être pas le dernier.

Consultez le site Sexualis, portail de ressources sexologiques, pour accéder à la formation (payante)