La Presse vous propose chaque semaine un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Aujourd’hui : Malcolm*, 31 ans

Publié le 24 avril
Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Malcolm est « Black ». D’origine haïtienne, élevé par une mère seule, il s’est fait inculquer très tôt que pour réussir, il devrait toujours en faire « plus ». Plus à l’école, plus au boulot, et plus avec les filles aussi. Une philosophie qui a guidé sa vie. Et visiblement pas trop mal servi.

« Quand t’es Black, t’es élevé avec cette mentalité que tu devras toujours en faire un petit peu plus, explique le jeune homme. Tu ne veux pas être un bon chum, tu veux être le meilleur chum. Je ne veux pas être bon au lit, je veux être le meilleur que tu vas jamais avoir ! », déclare-t-il dans un grand éclat de rire.

Au début de la trentaine, le jeune et volubile « Black » (comme il dit et redit), aujourd’hui informaticien de métier, se révèle sans filtre et dans la bonne humeur, malgré la petite heure de la journée. Il est à peine 7 h 30, mais à la caméra, entretien virtuel oblige (merci, COVID-19), Malcolm enfile les anecdotes avec un plaisir manifeste.

Sa première expérience sexuelle ? Avec un « match » en ligne, autour de ses 17 ans. « Sur pouchon.com, se souvient-il. C’est un Haïtien qui avait créé ça, en créole, pouchon, ça veut dire... personne d’une extrême beauté ! Plein de personnes de la communauté haïtienne vont connaître ça ! »

Et puis ? « Mauvais ! s’exclame notre exubérant interlocuteur. Comme tout le monde, ex-trê-me-ment mauvais ! »

Il est resté en couple avec la jeune fille un mois. « Et puis, j’ai fait le tour de son cercle, si je peux dire ça comme ça... » Comment ? Il faut se remettre dans le contexte, comprend-on. Il avait 17 ans. Les soirées s’enchaînaient. « J’essaye de trouver un terme qui ne va pas sonner trop misogyne, trop fendant, dit-il en souriant. C’est qu’on arrivait en tant que conquérant à chaque party ! »

À 17, 18 ans, t’es là pour quoi ? T’es là pour t’amuser !

Malcolm

Re-fou rire.

Pourtant, il n’était pas si « fendant » à l’époque. En fait, Malcolm avait même quelques complexes. Plus petit que les autres, sans un poil au visage, disons qu’il n’était pas le plus sûr de lui de la gang. Ce qui l’a aidé ? « J’étais jeune et très con ! » Mais encore ? Avec ses amis, raconte-t-il, il « chill » dans les centres commerciaux. « Et on se donne des défis. Qui suis-je pour refuser un défi ? » Le sien : trouver la meilleure technique pour draguer une fille. Il fonce, aborde les jolies filles du Centre Eaton en leur posant carrément la question. « Ça m’a donné l’oreille pour connaître les désirs de la femme ! », signale-t-il, pas peu fier. Mieux : il a lancé la conversation avec plusieurs, récolté quelques numéros, même eu quelques « conquises » (sic).

À la même époque, Malcolm travaille aussi dans un dépanneur. « Je lisais des magazines d’hommes : Playboy, Summum, etc. C’est plate ! s’exclame notre homme. Tu n’apprends pas à connaître une femme ! Puis je me suis mis à lire Cosmopolitan ! » Son visage s’illumine : c’est en effet là qu’il apprend l’importance d’embrasser, la valeur des préliminaires, et surtout la position du point G. « Alors j’ai commencé à lire le Cosmopolitan de fond en comble ! »

En tout et pour tout, Malcolm a dû coucher avec une centaine de filles. Dans des partys, aux toilettes, chez elles, dehors (!). Par contre, nous dit-il, il n’en a aimé qu’une poignée.

La première, c’était autour de ses 23 ans. Leur histoire a duré trois ans. « Ma plus longue relation à vie. » Et assurément la plus significative. « Elle étudiait en psychologie, explique-t-il, c’est un peu grâce à elle si j’ai réussi à dire : je suis capable d’aller à l’université. » Ce qu’il a fait, quelque temps après.

Au lit ? « Magique, wow. » Sans entrer dans les détails, il glisse ici qu’il a souvent fait « mal » aux filles. Malgré lui, de par sa généreuse anatomie, comprend-on. Or, pas à elle. Jamais. « Elle prenait tout comme si c’était son dernier repas ! »

Sauf qu’il le réalise aujourd’hui : elle a peut-être été trop bonne avec lui. Et il a du coup un peu trop gagné en confiance. « Le problème avec une bonne dose de confiance, résume-t-il, c’est que je l’ai trompée. » En boîte, avec des amis, et pas qu’une fois non plus. L’alcool ?

Non, blâmer l’ivresse, c’est faible et pathétique. Je l’ai fait parce que j’avais des expériences à vivre.

Malcolm

Certes, mais il les a regrettées.

Toutes ? Sauf une : un trip à trois. « Ah non, déclare-t-il, d’un nouveau grand éclat de rire ! Ça, je ne le regrette absolument pas ! Ça, c’est quelque chose que je souhaite à tout le monde ! »

Toujours est-il qu’ils ont fini par se laisser, et au lieu de « digérer » sa peine (« c’était une femme à marier ! »), Malcolm s’est « lancé dans les ébats », comme il dit. « Oui, à cette époque, j’étais une pute », dit-il en riant de plus belle, avec son éternelle légèreté. « Ce n’est pas un terme qui est réservé aux femmes ! Je ne suis aucunement misogyne, j’étais une pute ! »

Plus sérieusement, enchaîne-t-il, il finit par se faire une nouvelle copine, l’histoire dure quelques mois, et la rupture est de nouveau un « coup de massue ». « Je ne mange pas, je digère mes émotions, je bois à l’extrême... »

Une thérapie plus tard, Malcolm décide de partir voir ailleurs s’il y est, et part trois semaines en Europe. Et là, il se gâte : « Dans chaque ville, j’ai embrassé une fille, pouffe-t-il, et dans chaque pays, j’ai couché avec une fille différente. » Merci, auberges de jeunesse, boîtes de nuit et autres Tinder. Il fait aussi un brin d’éducation.

« Et si vous saviez le nombre de filles qui m’ont dit qu’elles n’avaient jamais couché avec un Black avant moi ! »

Oui, il y a des différences culturelles. Mais est-ce qu’on peut se concentrer sur ce qui nous ressemble ? At the end of the day, on est compatibles !

Malcolm

Et puis est arrivée la pandémie, et comme tout le monde, Malcolm a fait du « recyclage », un peu de Tinder ici, et quelques introspections là. « Ça ne me tente plus de donner autant, de cruiser autant qu’avant, constate-t-il. Maintenant, je veux de la qualité. »

À 31 ans sonnés, Malcolm est donc célibataire « par choix ». Aujourd’hui accompli, avec une carrière, un condo et une auto, il aimerait fonder une famille. Mais il a surtout quelques leçons de séduction à faire partager : « Il faut vivre ses expériences dans la vie, croit-il, chaque femme va t’apprendre quelque chose dans la vie. » Mais pas n’importe comment. Ce n’était peut-être pas évident pendant son récit, mais il insiste ici lourdement : « Chaque fille, même si c’est juste pour coucher, je vais toujours la traiter avec respect. L’important, c’est le respect ! [...] Moi, je suis content, ma mère m’a bien élevé ! »

À preuve, ajoute-t-il : « Je veux que vous l’écriviez ! Qu’est-ce que tu aimes mieux : coucher avec une fille qui ne te rappellera pas, ou ne pas coucher avec une fille, qui te rappelle cinq ans plus tard ? » À méditer...

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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