La Presse vous propose chaque semaine un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Aujourd’hui : Michèle*, 22 ans

Publié le 3 déc. 2021
Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Non, il n’est pas normal d’avoir mal : mal avant, mal pendant, mal après la pénétration. Pourtant, Michèle n’a longtemps connu (presque) que cela : la douleur. Entretien avec une jeune femme en voie de guérison.

Michèle nous a donné rendez-vous à mi-chemin entre Québec et Montréal, pour raconter son « calvaire ». Et à l’entendre raconter ses souffrances, ses pleurs et son cercle vicieux de douleurs, disons que le mot semble tristement bien choisi.

Dès sa toute première relation, en fait, elle a souffert. « Je savais que ça risquait de faire mal, commence-t-elle, en sirotant un chocolat chaud. Je savais que ça ne serait pas nécessairement le fun pour moi. » Mais à ce point ? « J’en ai pleuré. »

Il faut dire que son tout premier (elle avait 17 ans, lui 19) était particulièrement bien membré, si vous voulez tout savoir. « Il portait des condoms extra-larges. Alors pour une première expérience... », dit-elle en grimaçant. À la même époque, de son côté, Michèle n’était toujours pas assez à l’aise pour mettre un tampon. Ça vous donne une idée du décalage, disons.

À chaque tentative, les douleurs persistent. « Et puis, ça n’a pas été long que j’ai perdu le goût, dit-elle. J’ai fini par associer sexe et douleurs... »

Une association qui a fini par avoir raison de son couple. D’autant plus que monsieur lui a grandement manqué de respect, ajoute-t-elle. « J’ai essayé de le satisfaire autrement. Et il s’en est vanté à ses colocs. Comme quoi je faisais de bonnes fellations... » Elle ne l’a jamais digéré, et ainsi s’est terminée la relation, au bout d’une dizaine de mois environ.

Quelques semaines plus tard, à 18 ans sonnés, Michèle s’inscrit sur Tinder et y rencontre son deuxième amoureux. « Soulagement total, précise-t-elle, il était beaucoup plus petit que le premier. Ça va peut-être mieux fonctionner ! »

Les premiers temps, c’est effectivement le cas. « Ça allait super bien. J’avais toujours un peu de douleur après, mais pas pendant. » Et y trouvait-elle du plaisir ? « Oui ! »

Câline de bine, c’était l’autre, le problème. On n’y pense plus !

Michèle

Problème réglé ? « Jusqu’à ce que les douleurs reviennent... » Un petit peu au début, pendant, après les relations. « Et le cercle vicieux recommence... » Le mal, puis la peur d’avoir mal, et ainsi de suite.

Elle finit par consulter un médecin en CLSC, qui lui conseille de trouver des moyens pour se détendre. Exemple ? « Prendre un petit verre de vin », illustre-t-elle, en levant les yeux au ciel. Et est-ce que ça marche ? Michèle éclate de rire. « Un gros non ! »

Pire : elle perd tout désir d’intimité et met carrément une croix sur sa sexualité. « Vers la fin, il ne se passait plus rien. Je dormais habillée de la tête aux pieds, illustre-t-elle. Je dois avoir quelque chose d’anormal ! Ce n’est pas normal, à 19 ans, de ne pas avoir de libido ! »

Fin de la relation.

Puis, coup de théâtre : contre toute attente, Michèle tombe sous le charme d’un collègue de travail. « Une connexion qui est arrivée sans que je l’aie vue venir, s’exclame-t-elle, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Et là, ça va faire trois ans et demi ! »

Au lit ? Leur première expérience est sa plus belle à vie. « Spontanée, pas du tout prévue. On s’est embrassés, puis une chose en a amené une autre. Je suis tellement à l’aise avec lui ! [...] Je n’avais jamais eu du plaisir comme ça. Oh mon Dieu ! C’est ça que c’est censé être ! »

Et ses douleurs ? « Zéro, pantoute, absolument rien ! »

Les premiers mois sont carrément « incroyables ». « On a fait l’amour quatre fois en 36 heures, ça fournissait ! illustre-t-elle. OK, après quatre fois, j’étais un peu irritée, mais sinon, je n’avais pas de douleur, ça allait super bien. [...] On fittait ensemble. Comme deux morceaux de casse-tête. »

Sauf que « malheureusement », la « lune de miel » n’a pas duré. Pour des raisons à ce jour difficiles à expliquer. Était-ce simplement « l’adrénaline des débuts » ? Toujours est-il que tranquillement et sournoisement, les douleurs sont revenues. « Ç’a été vraiment progressif. » D’une relation sexuelle par jour, Michèle n’a plus enduré qu’une relation tous les deux, puis trois jours, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus capable du tout. « Je déchirais ! Oui ! J’ai une cicatrice ! C’est visible ! »

J’étais complètement découragée. Ça y est : c’est moi, le problème !

Michèle

C’était il y a un an. Elle en parle à un deuxième médecin, qui lui prescrit cette fois une crème pour s’attaquer à sa sensibilité. « Échec total. »

Avec son amoureux, le sexe est désormais « inexistant ». Heureusement que par ailleurs, « le couple va bien ! On est quand même solides ». N’empêche. Elle ose lui demander : « As-tu envie de voir ailleurs ? Je voulais tellement préserver mon couple. C’est tellement précieux, ce qu’on a. Si tu veux voir ailleurs pour te soulager, je vivrais avec », lui dit-elle. Mais ce dernier a refusé.

Et puis voilà qu’en pleine pandémie, Michèle entend une publicité à la radio, vantant les mérites du laser pour traiter les douleurs vaginales (vestibulites, sécheresses et autres atrophies). « Ça pique ma curiosité, vous n’avez pas idée à quel point. »

Et puis ? Elle fait des recherches, et fonce. « J’ai pris une chance. [...] Rendue là, je n’avais rien à perdre. » À part quelques milliers de dollars pour le fameux traitement, peut-être.

Résultat ? Outre quelques séances de laser, donc (« pour permettre à mes muqueuses de se régénérer », nous explique-t-elle, on n’en saura pas davantage), Michèle fait aussi plusieurs séances en physiothérapie périnéale. « On m’a donné des exercices d’étirement de l’entrée du vagin, à faire avec un dilatateur tous les jours. »

Et Michèle, motivée, on l’aura compris, décide de les faire carrément avec son copain. « Ensemble ! Ce n’est pas très sensuel, mais ça nous a permis de retrouver cette intimité perdue. »

Et devinez quoi ? Tranquillement, mais sûrement, « ça marche ! »

« On retrouve une certaine complicité qu’on n’avait plus. On ne se couche plus dos à dos... »

Mieux : ils ont même réussi à avoir une relation sexuelle complète. « Évidemment, pas la plus belle. Mais on a quand même réussi sans que je pleure ! Et sans que j’aie mal après ! »

Michèle se sent enfin « délivrée ». « C’est rassurant, dit-elle. Réconfortant ! Câline, je ne suis pas toute seule là-dedans ! »

Elle se sait entourée d’une équipe de professionnels. Elle a des ressources. Et en prime un amoureux qui l’épaule. « Je sais qu’il est à côté de moi. C’est le plus beau des cadeaux. »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

Le point sur le laser

Mélanie Morin est professeure à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke. Spécialiste des problématiques sexuelles, elle vient de réaliser une étude pilote auprès de 40 femmes sur l’efficacité du laser sur les douleurs à la pénétration. Jusqu’à maintenant, s’il « semble » y avoir un effet, d’autres études seront nécessaires pour le confirmer scientifiquement. Elle est justement en attente de subventions en ce sens. Par ailleurs, une étude de l’Université Laval, publiée le mois dernier dans le Journal of the American Medical Association et réalisée auprès de femmes ménopausées, a conclu que le laser n’avait ici pas plus d’effet qu’un placébo. « Si des femmes sont tentées d’essayer le laser, il faut qu’elles sachent que cela implique beaucoup d’argent, que ça ne se fait qu’en clinique privée, et que présentement, il n’y a pas d’étude qui démontre son efficacité, dit-elle. Moi, j’irais vers d’autres traitements, éprouvés scientifiquement, comme la physiothérapie. »

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