Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Victoria*, 44 ans

Silvia Galipeau
Silvia Galipeau La Presse

Victoria a joué à la sensuelle et sulfureuse maîtresse pendant deux ans. Une aventure certes riche en émotions fortes, qui l’a toutefois détruite. Littéralement achevée. Témoignage d’une « décente aux enfers ».

« J’ai une forte impression que de publier mon histoire [...] serait thérapeutique et en aviserait certains de choisir un autre chemin pour se sentir en vie », nous a-t-elle écrit, laconique, en guise d’introduction à son récit.

En entrevue virtuelle dernièrement, la bonde platine quadragénaire aux lèvres dessinées, publicitaire de métier, en remet : « Je suis tombée très bas, ajoute-t-elle. On ne traite pas une femme comme ça. On ne devrait pas entretenir de maîtresse. Oui, c’est glorifié, or c’est tout le contraire : c’est souvent une descente aux enfers ! » Elle est d’ailleurs là pour en témoigner.

Mais avant d’y venir, commençons par sa découverte de la sexualité, heureusement plus joyeuse. « Sur le tard, se souvient-elle en souriant. J’étais ballerine, et ma vie était pas mal concentrée autour de ça. »

Une danse

Précision : « Je suis une fille de bonne famille, avec de bonnes valeurs », tient-elle à souligner, en tout début d’entretien. Bref, elle n’aurait jamais couché avec le premier venu. « J’attendais le bon. »

À 18 ans, donc, et sur un plancher de danse (sa « passion »), elle fait la rencontre d’un planchiste de Vancouver. « Il était photographe professionnel, raconte-t-elle en riant, et on a fini par faire la chose la veille de son départ. » Verdict ? « Exactement comme je m’y attendais. Un peu awkward. » Mais néanmoins sensuel, ajoute-t-elle.

Moi, j’exprimais beaucoup [ma sensualité] sur un plancher de danse. Mise à nue, ça prenait toute une autre dimension. Au lit : je danse.

Victoria

Ce n’est pas tout : outre la chorégraphie, sexe rime aussi pour elle avec musique. C’est non négociable. « Et pas n’importe laquelle. Vous allez rire, mais pour moi, ça prend du R&B. [...] Ça me permet de bouger mon corps comme je le veux au lit. » Même la première fois ? Affirmatif. On l’avait deviné, elle le confirme : « Bien sûr ! Je suis une femme de caractère, de tête. Et je l’étais à 18 ans aussi ! »

Suite à cette première aventure (« très bon ! »), ça ne s’invente pas, elle rencontre un deuxième planchiste, avec qui elle passe cette fois 10 ans. « C’est l’amour de ma vie. [...] On est tombés fous amoureux, on avait une complicité indéniable. » Dans la vie, mais aussi au lit. « C’est un homme excessivement sexué et moi aussi. On s’exprimait beaucoup par le sexe : make-up sex, morning sex, etc. »

À ce jour, elle n’arrive pas trop à expliquer ce qui a bien pu leur arriver. Est-ce l’âge, une « crise de la trentaine », toujours est-il qu’avec le temps, et les années, ils ont fini par s’éloigner. « On était jeunes, au début de nos carrières, et la publicité est un monde vicieux », laisse-t-elle tomber. « Quand on s’en reparle [et on s’est parlé il y a deux jours], on a encore de la difficulté à mettre le doigt sur ce qui s’est passé. » Reste qu’ils ont tranquillement cessé de s’aimer, tout en gardant une vie sexuelle active, toutes ces années. Les derniers temps, ils en étaient à « trois fois par semaine, pour nos besoins physiques », point barre.

Après la rupture, Victoria passe un an célibataire. Une année à explorer et à vivre un « épanouissement sexuel amplifié ». Elle ose vivre tout ce qu’elle a toujours eu envie de vivre, et faire toutes les expériences possibles. « J’aimais surprendre, arriver en lingerie, préparer, on dirait que je scénarisais les soirées. J’étais en contrôle de mes moyens », résume-t-elle. Avec qui ? Des collègues et autres hommes du milieu. Et c’est là qu’elle tombe des nues.

C’est à ce moment que j’ai compris que la plupart des gens trompaient. La plupart des hommes qui m’approchaient étaient en relation !

Victoria

Au bout d’un an de « fréquentations » (une demi-douzaine d’hommes, sans plus), elle fait alors la rencontre du père de son enfant. « Je l’ai trouvé très beau, se souvient-elle. Et c’est rare pour moi. Mon attirance est normalement très animale : c’est l’odeur, la façon de bouger. » Mais pas avec lui. Lui, c’était un très bel homme, et en prime un « bon garçon ». « Je le voyais comme le père de mes enfants. »

C’était écrit : « Avec lui, malheureusement, je n’ai jamais eu de connexion sexuelle », confirme-t-elle. Pire : après son accouchement, ils passent six ans sans se toucher. « J’ai vécu une sécheresse, résume-t-elle. Six ans sans sexe. Mais moi, je ne trompe pas dans la vie, alors pour ma fille, je suis restée le plus longtemps que j’ai pu. »

Crise de la quarantaine ?

Sauf qu’à 40 ans, par ailleurs au sommet de sa carrière, ça lui rentre dedans : « Je ne peux pas passer le reste de ma vie sans sexe. » Et même si pour monsieur, ça ne semble pas être une priorité, pour Victoria, ça l’est. Et ils se séparent.

Tout naturellement, elle tombe alors dans les bras d’un type qui lui « tourne autour » depuis des années. Un grand et costaud collègue, marié, comme tant d’autres.

« Et ç’a été facile. Très vite, je suis devenue sa maîtresse. » Mieux, ou plutôt pire, puisqu’on connaît déjà le dénouement : « Je me sentais comme un paon. Encore une fois, j’étais dans la scénarisation. J’arrivais dans mes plus beaux atours et je le baisais. Parce que c’est pas mal moi qui faisais le travail. Lui, il n’avait jamais vécu ce sexe-là. » Et de son côté, Victoria exultait. Une exultation qui s’est transformée en déception, puis carrément en dépression.

Parce que c’était à prévoir, l’exubérante et passionnée Victoria (de son propre aveu) a fini par tomber amoureuse. De lui ? Ce n’est pas clair.

Mais suite à un burn-out, une dépression et une consultation avec mon psychologue, j’ai compris que j’étais en fait en amour avec le sexe qu’on avait !

Victoria

Parce que c’est indéniable, ils avaient un « fit », comme elle dit. « Une connexion animale. [...] J’étais beaucoup dans la théâtralité de la chose. Et lui était ébloui par le spectacle... »

L’aventure, à coup de nuits torrides, arrosées de champagne dans des hôtels de luxe, a fini par lui monter à la tête. Au sens propre : « Je pensais à lui 24 heures sur 24. »

C’est qu’il lui a fait des accroires, pendant près des deux années qu’a duré l’aventure : « Il a tellement joué avec ma tête : je t’aime, je ne t’aime pas [...], tu es la plus belle créature au monde [...], je vais laisser ma femme... »

Mais non, il ne l’a jamais laissée. « Jamais une maîtresse ne sort victorieuse, tranche-t-elle. Je sentais qu’il acceptait mon corps mais refusait la personne que j’étais... » Et ce rejet a fait mal. Très mal. En témoigne sa longue dépression, qu’elle qualifie de véritable « descente aux enfers ». Elle n’en voit toujours pas le bout. « Je ne sais pas si je vais de nouveau être capable de m’abandonner... »

C’est d’ailleurs la morale, s’il en faut une, de cette histoire. « Être numéro deux, c’est une position très inconfortable, conclut-elle. Et je ne le souhaite à personne... »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

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