Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.
Cette semaine : Madeleine*, 35 ans

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Non, la sexualité ne meurt pas forcément avec le temps. Les enfants ne tuent pas tous les couples ni leur intimité au passage. Certains durent. Perdurent. Et pour le mieux, mesdames et messieurs. Entretien avec une trentenaire épanouie, malgré la conciliation jeunes enfants-télétravail-pandémie.

Épanouie et fière de l’être, Madeleine*, 35 ans, en couple depuis près de 20 ans avec le premier homme de sa vie, un homme qu’elle n’échangerait pour rien au monde, faut-il le préciser, a tenu ici à témoigner. Pour mettre les pendules à l’heure. Et donner un peu d’« espoir », elle ne s’en cache pas.

« Il faut parler de ces exemples qui vont bien pour que les gens y croient ! », dit la coquette blonde aux yeux pers à la caméra. On comprend qu’elle en a un peu assez d’entendre toujours les mêmes histoires de « vieux couples » qui finissent mal. Comme si tous les couples de longue date s’éteignaient avec le temps. « Comme si ceci expliquait cela », déplore-t-elle. « Pourtant, avec mon chum, on se le dit : c’est tellement pas nous ! »

Je ne me rappelle pas la dernière fois où je n’ai pas eu d’orgasme ni la dernière fois où on n’est pas venus en même temps. Je te jure ! […] Ma vie sexuelle n’a jamais été aussi bonne que maintenant !

Madeleine, 35 ans

Bien sûr que ça n’a pas toujours été si fluide, il a fallu apprivoiser cette synchronicité, ils ont dû s’ajuster, et surtout « nourrir » leur intimité. Mais visiblement, ils y sont arrivés, et pas à peu près. Vous verrez comment.

Avant d’y venir, il faut savoir que Madeleine (enceinte d’un énième enfant de surcroît) a une « forte libido pour une femme », confie-t-elle d’emblée. « À l’adolescence, j’avais des besoins de plaisirs solitaires tous les jours. » Son premier orgasme (en solo), elle ne l’a pas oublié. « J’écoutais un vieux film avec Roy Dupuis, et il s’est passé quelque chose dans mon corps. […] OK, j’ai quelque chose à combler, je ne sais pas ce qui se passe, mais j’ai une montée de libido, je vais aller gérer ça ! » se souvient-elle en riant.

Avec son Roméo, rencontré à 16 ans, au secondaire (« très tôt, j’ai su que c’était avec quelqu’un comme ça que je voulais être, glisse-t-elle. Il me faisait rire, il était doux, il m’écoutait »), ça n’a évidemment pas été le nirvana du premier coup. « À deux, tu dois te réapprendre, d’une certaine manière. Ç’a été un apprentissage. »

Leur première fois ? « Douloureux pour moi, et précoce pour lui », dit-elle en riant, « mais c’était parfait comme ça, je ne voulais pas que ça s’éternise ! » Puis, avec le temps, ils ont appris à se « comprendre », donc, ont trouvé un bon « rythme ensemble » et au bout de six mois, ils ont atteint leur « rythme de croisière », comme elle dit, la « symbiose ». « Moi, on va se le dire, poursuit-elle, je suis vaginale. Ce n’est pas un défi de plus, mais tu dépends de ton partenaire, de sa cadence. S’il n’y arrive pas, je vais juste être frustrée, alors on a appris à se comprendre. » À tout coup, en prime, ce qui n’est pas rien. Si vous voulez tout savoir, non, elle « n’atteint pas l’orgasme à l’amour oral, mais vraiment à la pénétration ».

À ce moment-ci de la conversation, Madeleine s’arrête et pouffe de rire :

Tu dois en entendre, hein ! Mais ça ne devrait pas être tabou ! On n’a pas peur de dire que le chocolat, c’est bon, que c’est un plaisir. L’apogée de tous les plaisirs, c’est l’orgasme, et c’est en réduisant les tabous qu’on va y parvenir !

Madeleine

Elle le sait, leur connexion sexuelle est au « cœur » de la bonne entente de son couple. « C’est important parce que c’est là que tu te rapproches, ça donne une complicité, mais il faut nourrir ça, précise-t-elle, ça prend du travail, des fois ! »

Alors, parlons-en, justement : comment nourrissent-ils donc leur intimité ? De toute évidence, ils ont une facilité à se parler. Ça semble un réflexe naturel. Avant d’avoir des enfants, par exemple, ils ont franchement abordé la question. « Complètement, confirme-t-elle. Penses-tu qu’on va continuer notre bonne vie sexuelle ?, se sont-ils dit. C’est quoi, les menaces ? Comment on gère la fatigue ? »

Plaisirs à deux

Un truc (outre les rendez-vous, les petites vites pendant la sieste et le flirt vivant au quotidien) : donner la priorité au couple. Mais pas au sens philosophique du terme. Plutôt pratico-pratique. Elle s’explique : « Avec les enfants, si ta montée de libido, tu la gères de ton côté, peut-être que tu vas être fatigué rendu au soir. Alors que si tu attends au soir, peut-être que ça va se passer ! » Elle insiste : « Chaque couple a sa recette, mais si la communication est là, et que tu décides de mettre la priorité aux plaisirs à deux, et non aux plaisirs solitaires, quand tu es fatigué et stressé, tu as plus de chances que ça arrive ! […] On en a parlé dans notre couple, et j’ai vu une différence ! »

Bien sûr que comme tout le monde, il lui arrive d’être effectivement fatiguée et stressée, mais Madeleine affirme ne jamais avoir de mal à s’abandonner. « J’arrive vraiment à être dans le moment présent. Et je sais que ça prend ça pour avoir le plaisir ultime. […] Plus tu nourris ça, plus ton corps en demande ! »

Est-ce qu’elle n’a pas besoin, après s’être occupée de tous ses enfants toute la journée, d’un peu de temps pour elle une fois tout ce beau monde couché ?

Pour moi, ça fait partie du temps pour moi ! Je me sens plus complète, femme, désirable ! La sexualité, ce n’est pas du temps qu’on me prend, mais du temps qu’on me donne !

Madeleine

Et croyez-le ou non, mais avec sa grossesse et la pandémie, leur « cadence » s’est carrément accrue. « Les enfants ne sont pas à la maison, on est en télétravail les deux, au lieu de prendre une pause avec un collègue, on se retrouve tous les deux, ensemble ! On est comme des ados ! », dit-elle en souriant de plus belle.

Tout cela semble presque trop beau pour être vrai. Et elle le sait. « Je me pince ! », nous a-t-elle aussi écrit. « Moi, j’ai la chance de vivre le plaisir ultime avec mon chum. […] J’en suis consciente ! » Mais non, elle n’a jamais voulu aller voir ailleurs. Non seulement parce qu’elle a toujours envie de lui, mais aussi parce qu’elle sait qu’elle aurait trop à perdre. Ne serait-ce qu’au lit. « On se connaît si bien, je suis sûre que je serais déçue avec quelqu’un d’autre, avance-t-elle. Je ne vais pas risquer toute la complicité qui, selon moi, est notre recette, qu’on a travaillée pendant tellement de temps – et elle est parfaite. Est-ce que je vais vraiment tout foutre à la poubelle pour en essayer une nouvelle ? »

Morale ? « C’est possible, conclut-elle. Malgré les enfants, la fatigue, le tourbillon de la trentaine, c’est possible, une vie sexuelle saine, dans la communication et la complicité. »

Ah oui, et savez-vous quoi ? Madeleine n’a jamais « mal à la tête » non plus. « Il n’y a rien de mieux pour guérir un mal de tête qu’un orgasme ! Ça fait du bien, c’est vasculaire ! »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat.