La solitude augmente, et avec elle, le besoin de relations intimes. Depuis le début de la pandémie, des femmes présentes sur le réseau social OnlyFans, où le contenu est en grande partie érotique, voient leur revenu augmenter comme jamais.

Véronique Lauzon Véronique Lauzon
La Presse

Jade Lavoie gagne sa vie grâce à son compte OnlyFans, où elle publie notamment de la nudité totale ou partielle. Les abonnés déboursent 9,98 $ par mois pour recevoir du contenu exclusif de sa part. Avec ces abonnements, qui ne représentent qu’une fraction de ses revenus, elle gagne pourtant régulièrement plus de 18 000 $ par mois.

Car en privé, les usagers peuvent aussi payer pour obtenir des photos ou vidéos supplémentaires, ce qui est fréquent. Et payant.

PHOTO FOURNIE PAR JADE LAVOIE

Jade Lavoie gagne sa vie grâce à son compte OnlyFans, où elle publie notamment de la nudité totale ou partielle.

Depuis le début de la crise de la COVID-19, Jade Lavoie a vu le nombre de ses abonnés et ses revenus bondir : 

Juste dans les deux premiers jours, j’ai eu plus de 200 nouveaux abonnés [ce qui représente une entrée d’argent de plus de 2000 $]. Et ça n’arrête pas de monter ! Je pense vraiment que c’est le fait que les gens n’ont rien à faire.

Jade Lavoie 

« C’est sûr que si j’étais danseuse, en ce moment, je ne pourrais pas travailler. Mais là, pour moi, c’est le contraire : je fais plus d’argent. Financièrement, c’est très positif pour nous », ajoute Jade Lavoie, une résidante de Québec de 29 ans. Elle affirme d’ailleurs que « des amies danseuses se sont ouvert un OnlyFans » dans la dernière semaine pour avoir un minimum de revenus, en cette période difficile.

La situation est la même pour Miadolls, son pseudo sur OnlyFans, qui vit dans le nord-est de la France. En une semaine, elle nous dit avoir « gagné une centaine d’abonnés ». « J’ai un pic incroyable de nouveaux abonnés et d’interactions sur mes réseaux sociaux. Tant mieux pour nous ! », explique l’utilisatrice de ce réseau social, avec enthousiasme.

Au cours des derniers jours, la Française à la crinière rouge, tatouée de la tête aux pieds, a entre autres mis une photo d’elle avec un masque : « Et j’ai demandé aux gens de m’écrire ce qu’ils font pour passer le temps en isolement. » Elle décrit son compte comme une sorte de « communauté » où les gens interagissent, un peu comme Facebook.

PHOTO FOURNIE PAR MIADOLLS

Pour augmenter ses revenus, Miadolls mousse les ventes de ses photos envoyées en privé.

Pour augmenter ses revenus, elle fait mousser les ventes de ses photos envoyées en privé. Et en temps de pandémie, cette demande est forte : 

Je peux par exemple mettre une photo de moi, nue, de dos, sur mon OnlyFans. Et je dis à ma communauté que s’ils veulent voir la photo de face, je peux leur envoyer en privé. Ils doivent payer, disons 10-15 euros pour l’avoir.

Miadolls, aussi playmate de Playboy

Avant les contraintes imposées par les gouvernements en ces temps où sévit le coronavirus, Klaudy Bégin refusait d’offrir le service « girlfriend experience » (l’expérience petite amie), c’est-à-dire d’accorder plus de temps à un abonné, entre autres en lui envoyant plusieurs messages écrits au quotidien, ou encore en lui parlant au téléphone ou par vidéoconférence.

PHOTO FOURNIE PAR KLAUDY BÉGIN

Klaudy Bégin a vu le nombre de ses abonnées bondir dans les derniers jours.

Or, elle a changé d’idée depuis. « J’ai eu beaucoup de demandes, parce que les gens veulent de la compagnie et passer le temps », explique la femme de 27 ans, qui est retournée aux études récemment et dont le nombre d’abonnés a lui aussi bondi dans les derniers jours.

Qu’est-ce qu’OnlyFans ?

Bien des gens ont entendu parler pour la première fois du site OnlyFans lorsque l’influenceuse québécoise Lysandre Nadeau a annoncé qu’elle s’ouvrait un compte sur cette plateforme, à la fin de février. En 24 heures, elle avait amassé plus de 40 000 $, grâce notamment à des photos d’elle partiellement nue.

Mais le réseau social OnlyFans n’est pas offert seulement à des personnes qui souhaitent proposer du contenu érotique ou pornographique, même si on en retrouve beaucoup.

En fait, ce service d’abonnement payant, créé en 2016 à Londres, s’adresse aux influenceurs (autant dans le milieu de la mode, de l’entraînement, des arts, etc.) qui veulent offrir du contenu exclusif.

Chaque utilisateur choisit le prix que ses abonnés doivent payer par mois : 80 % des revenus vont au créateur de contenu et 20 % au réseau social.

« Depuis que j’ai 15 ans, je suis influenceuse sur les réseaux sociaux. Je montre ma vie. Mais je n’avais jamais gagné d’argent avec ça. Alors quand j’ai découvert OnlyFans, j’en ai fait un métier », raconte Jade Lavoie, qui fait aussi l’école à la maison à son enfant de 8 ans, en ce moment.

Klaudy Bégin aime beaucoup cette plateforme où elle fait ce qu’elle désire et qu’elle « respecte ses limites » : « Pour les filles, je trouve que c’est de l’empowerment. On prend le pouvoir de notre contenu », conclut celle qui est aussi danseuse burlesque.