Il n’y a pas d’âge pour trouver l’amour. Le bonheur. L’« âme sœur ». La preuve : « Vous voulez qu’un homme heureux vous en parle ? », nous a écrit récemment un certain Jocelyn*. Récit d’un septuagénaire qui revient de loin, aujourd’hui enfin épanoui.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Son message faisait écho, comme tant d’autres avant lui, au témoignage du fameux Philippe*, ce quadragénaire célibataire en mal de blonde, qui s’est confié ici l’automne dernier. Mais oubliez cette fois la complainte : notre Jocelyn rayonne. Son visage entier sourit. Au point où, par moments, ses yeux s’emplissent d’eau. De bonheur, vous l’aurez compris. « Je suis heureux ! Je le suis ! J’ai les yeux mouillés souvent, mais c’est que je suis un homme tendre ! », confie-t-il, attablé devant un allongé à une table isolée du Café Cherrier.

Tendre, il en a effectivement tout l’air. Pourtant, il en a bavé au fil des années. Dans son témoignage-fleuve, il se raconte presque comme un poème. « La vie est faite de hauts et de bas, dira-t-il. De creux et de vagues. Je suis reconnaissant à la vie. J’ai beaucoup aimé. Et j’ai été beaucoup aimé. Peut-être que je n’ai pas toujours été à la hauteur. La vie étant ce qu’elle est, on se casse la gueule. Et c’est à travers les pertes qu’on grandit. »

On n’arrêtera pas une minute de prendre des notes pendant l’entretien. C’est que l’homme a enseigné toute sa vie. Et on devine qu’il a l’habitude, et l’aisance, de la langue.

Un « ingénu »

Comme bien des hommes de cette génération, c’est avec celle qui allait devenir sa femme que Jocelyn a découvert la sexualité. Il s’en souvient encore. « C’était dans le quartier, sur le Plateau Mont-Royal, dit-il. Dans un vestibule. Sa famille regardait la télé, et elle était venue me reconduire à la porte… »

Mais là se sont toutefois arrêtées les folies. S’ils ont été mariés 18 ans, amoureux longtemps, sexuellement, ça ne collait pas. Mais pas du tout. Pour cause : Jocelyn souffrait d’un problème d’éjaculation précoce. 

« J’étais un ingénu. Je n’avais pas eu de relation sexuelle avant. Mais à tous les autres points de vue, ça allait bien. Quand on s’est quittés, étrangement, c’est là qu’on a eu les relations sexuelles les plus satisfaisantes. Comme si on n’avait plus d’inhibitions, comme si elle était devenue une étrangère… »

— Jocelyn, 71 ans

Il ne s’épanche pas sur la question et poursuit avec son récit. Fraîchement séparé, autour de 40 ans, donc, Jocelyn s’installe ensuite en banlieue, et retrouve une ancienne élève, de 20 ans sa cadette, avec qui il passe 14 autres années. « Il y avait quelque chose de rajeunissant, résume-t-il. Quelque chose pour me redonner espoir. » Et sexuellement ? « Beaucoup plus facile, beaucoup plus agréable. Par contre, elle avait, je ne sais plus comment on appelle cela, des douleurs à la pénétration. Il a fallu une intervention. » 

On ne saura pas laquelle, mais toujours est-il que leur vie intime allait bien surtout sur le plan oral, précise Jocelyn. « Je vais avoir besoin de toute votre humanité pour le dire, poursuit-il tout bas, mais peu à peu, j’ai découvert que j’avais des problèmes d’érection. C’est ben plate : après avoir été éjaculateur précoce, j’avais maintenant des problèmes d’érection… J’y reviendrai plus tard… »

Ils se sont finalement laissés, et Jocelyn, à travers sa peine, a beaucoup appris de ce nouvel échec. « J’allais dire on, mais non, je, insiste-t-il, je n’ai pas assez fait attention au couple. C’est fort, un couple. Mais c’est fragile, aussi. Je vieillissais, je devenais bougonneux… » Bref, il n’a pas soigné sa relation, constate-t-il.

Il rencontre ensuite une troisième femme, une relation qu’il qualifie ici de « go-between », intermède qui dure tout de même 13 ans. « Ça allait très bien, sauf évidemment… sexuellement. » Résigné, notre Jocelyn ? Il ne le nie pas. Si vous voulez tout savoir, la dame parlait encore beaucoup de son défunt mari. Notamment de son « gros pénis ». Ça ne s’invente pas. « C’est venu toucher ma confiance en moi… »

Toujours est-il qu’ils ont fini par se séparer. « Je me raconte pour donner du courage aux autres », précise à ce moment-ci Jocelyn. Car le meilleur reste à venir. Et nous y arrivons enfin…

La « perle »

C’était il y a très exactement trois ans. À 71 ans, Jocelyn se retrouve à nouveau seul. « Comment se fait-il qu’à votre âge, on divorce encore ? », lui demande son entourage. La question le hante longtemps. « Je me suis dit que ça devait arriver pour que je me retrouve moi-même. » Les premiers mois sont « terriblement tristes » : « J’avais l’impression d’être tombé dans un tunnel. Pas une dépression, mais une grande tristesse. » Citant Christophe Fauré, il explique être ensuite passé de la « solitude anxieuse » à la « solitude confortable ».

Mais Jocelyn, aussi bien soit-il seul, est aussi un homme qui aime les femmes. Un homme qui aime la vie de couple, avant tout. Il s’est donc inscrit sur des sites de rencontres, a rencontré une dizaine de femmes, sans jamais trouver exactement ce qu’il recherchait. Il cherchait l’« âme sœur », justifie-t-il. « La perle rare… »

C’est finalement par l’intermédiaire d’une amie commune qu’il a fini par la trouver. « Elle avait une amie seule. Tannée d’être seule. » Tout comme lui, note-t-il. Exactement comme lui. La dame a joué l’entremetteuse, et les deux âmes esseulées se sont un soir donné rendez-vous. 

Non, ça n’a pas été le coup de foudre. Pas du tout. « Il n’y a pas eu d’étincelles. » Sauf qu’une fois assis ensemble, ils se sont parlé, et parlé encore. Et ce, pendant deux heures. Pas d’étincelles. Mais de la connivence. Des affinités. Et bref, enfin, ça a cliqué. Au moment de se quitter, il s’est penché, et l’a carrément embrassée. C’était cet été.

Depuis, ils filent le parfait bonheur. Oui, même au lit. « C’est merveilleux », sourit-il. Rayonne-t-il. Croyez-le ou non, ça marche enfin. « C’est une femme de grande qualité. Une femme vorace, une femme de 72 ans vorace qui aime la sexualité. Et elle répond extrêmement bien à toutes mes caresses. Elle sait à quel point j’ai faim de féminité, de sexualité. Et elle accepte aussi mes faiblesses sur le plan sexuel. » En prime, elle jouit vite. Comme lui.

Il faut savoir que si Jocelyn a essayé le Viagra, puis le Cialis, durant sa vie, ça n’a jamais réglé ses soucis. C’est qu’au-delà de la machinerie, il manquait le désir. Ce qui est désormais résolu. « Dès que je la touche, je bande, sourit-il de plus belle. N’ayons pas peur des mots, pouffe-t-il : après m’être si longtemps senti dans les plates-bandes… »

Pas de doute : Jocelyn est un nouvel homme.

* Nom fictif, pour protéger son anonymat