Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Marc*, 42 ans

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Non, ils ne font pas des orgies chaque fin de semaine. Avec n’importe qui. N’importe quand. Tout n’est pas non plus permis. Qu’on se le dise : l’échangisme, ce n’est pas ça. Témoignage d’un gars doux et surtout amoureux fou.

« Je ne suis pas non plus tout le temps en érection ! », dit en souriant Marc, 42 ans, de Joliette, rencontré virtuellement au début de l’été. Le ton est donné : l’entretien au complet se fera ici dans la légèreté, entre deux ou trois blagues et autres clichés à déboulonner.

Précisons-le tout de suite : il ne fait pas l’amour tous les jours, et il n’achète pas non plus ses condoms à la caisse, à coups de centaines. « C’est pas ça, la vie ! »

Par contre, sachez-le : il est en couple depuis 13 ans, père d’une poignée d’enfants, et surtout très amoureux de sa blonde. Ça paraît et ça s’entend. « On file le parfait bonheur depuis 13 ans et 5 mois », sourit-il à la caméra.

« L’échangisme, ça veut juste dire que tu as une ouverture. Pas tous les jours. J’en passe aussi des soirées plates sur Netflix, insiste-t-il. Il n’en demeure pas moins : une soirée, si les enfants ne sont pas là, on est open. Et ça se peut que ça finisse en party… »

« Des hormones sur pattes »

Mais avant d’y arriver, voyons voir où et comment tout cela a commencé. Marc se prête au jeu des questions avec amusement : il a découvert la sexualité à 16 ans, avec sa première blonde, une relation qui a duré un an, se souvient-il : « La première, celle pour qui tu pleures quand ça finit, tu crois que ta vie est fichue… », dit-il en riant. Ont suivi quelques courtes fréquentations, avant qu’une blonde du moment ne finisse par tomber enceinte. « Ma première conjointe. J’avais 18 ans, se souvient-il. Et moi, j’étais des hormones sur pattes… » Sans hésitation, il enchaîne : « Je me suis retrouvé papa à 19 ans, et comme la fidélité et moi, c’est pas super, je l’ai trompée autant de fois que j’ai pu. » On ne pourra pas lui reprocher son manque de sincérité. Combien de temps a duré la relation ? « Neuf ans. » Pourquoi si longtemps ? « Pour l’enfant. » Précision : « Cette personne était zéro sexuelle. » Fin de l’histoire.

Fin vingtaine, donc, notre « infidèle notoire » se sépare et se retrouve célibataire. Il s’inscrit machinalement sur un site de rencontres. Et c’est là que contre toute attente, il tombe sur la femme de sa vie, pour laquelle, d’emblée, il a un coup de foudre. Violent. Comme un adolescent, à ne plus en dormir la nuit. « Pour son sourire », précise-t-il. Oui : en photo !

Un premier rendez-vous plus tard (un vendredi soir), et ils ne se lâcheront plus. Mieux : dès leurs premiers ébats, ils vont se confier leurs fantasmes. Et pour Marc, c’est là une révélation : « Je me suis rendu compte qu’il y avait des femmes qui ressemblaient aux hommes, qui avaient aussi des envies. Moi, ma blonde avait envie de faire l’amour à une autre femme ! » Toute une découverte pour un gars qui, jusqu’ici, croyait que l’« appétit sexuel » des femmes n’existait que dans la fiction de la porno…

C’est donc de ces premières confidences qu’ont découlé leurs toutes premières expériences, au début de leur vie de couple : d’abord aux danseuses (pour satisfaire madame, qui rêvait d’une femme), puis dans des salons de massage, avant de se rendre dans des clubs échangistes, pour pratiquer le « mélangisme » entre femmes toujours (« des relations côte à côte où les filles se touchent », résume simplement Marc).

Et puis ? « Puis ça a accéléré graduellement et en harmonie. »

Si quelqu’un a envie de faire quelque chose, mais l’autre n’a pas envie, ça s’arrête là. Ni l’un ni l’autre ne met de pression.

Marc, 42 ans

Tranquillement, avec le temps, leurs « barrières » sont tombées, pour arriver à un « échange complet » au bout de quelques années. « Ça a pris quatre ans avant qu’on soit à l’aise et assez confiants pour que ma blonde se fasse pénétrer. Au début, elle ne voulait pas… », précise-t-il.

À travers les années, ils ont « parlé, parlé, parlé », à la fois de leur quête de « piment » mutuelle, de la difficulté d’être monogame et de leur ouverture à « beaucoup de choses ». Précision : « toujours en présence de l’autre », glisse ici Marc. Une précision assez typique des couples échangistes, précise-t-il.

Ouverts certes, mais pas toujours à de la tendresse envers un tiers. Ni à des regards langoureux. « J’ai déjà pété une coche pour un flattage de bras, dit Marc en riant. Tu suces des queues, mais tu ne flattes pas des bras, ma belle », résume-t-il, en riant de plus belle.

« Ma conjointe a toujours vu ça comme un jeu. On s’amuse, et après on redevient un papa et une maman, limite dépendants affectifs… », poursuit celui qui se décrit lui-même comme un gars très « colleux ». « Je suis un koala, on est très, très fusionnels. »

Un équilibre à trouver

Au début, « quand on a commencé à ouvrir la machine », comme il dit, « on a eu une période de trois mois plus tumultueuse, je n’étais pas rassasiable. Et elle aussi, raconte-t-il. Jusqu’à ce que ça se calme. »

Et comment ça s’est « calmé » ? « Ça a pris l’intervention de madame : elle ne sentait plus de désir pour elle. On n’avait plus de moments privés », résume-t-il. Pour elle, entre les aventures avec une voisine ou une copine, cela prenait aussi des moments à eux, à deux. Un équilibre, quoi. Pour revenir à la métaphore du jeu : « on peut jouer, mais la vie au complet n’est pas un jeu », disait-elle. Et dit-elle toujours.

Et visiblement, Marc a compris : « Moi, je ne suis pas un vrai gars, enchaîne-t-il, le plus sérieusement du monde. Je suis sentimental à fond. J’ai compris. Et on a espacé les relations. L’idée, c’est d’avoir des moments à nous. »

À quelle fréquence, leurs « relations », justement ? À deux, plusieurs fois par semaine : « Elle est difficile à satisfaire, je ne pensais pas que ça existait ! » Pas peu fier, il en remet : « Et je n’en rencontrerais jamais une autre. Je vais rester toute ma vie avec elle ! C’est la meilleure mère, blonde, confidente ! »

Et les « relations » plus « party », disons ? Une fois par mois, avance Marc. Sans compter toutes les sorties perdues, qui ne débouchent sur rien. Parce que ça aussi, ça arrive. Même aux échangistes, tiens. « Les fois où ça ne fonctionne pas, il y en a beaucoup plus que les fois où ça fonctionne ! », confirme-t-il.

Sans compter, surtout, le confinement. Autre cliché : non, les couples échangistes ne sont pas des bêtes. Oui, ils respectent le confinement. « Ça fait six mois qu’on n’a rien fait dans ce domaine, confirme Marc. On a été très respectueux, pandémie oblige. »

Et puis sans rien nous cacher, il confirme que leurs ébats se sont aussi espacés avec les années « par la force des choses ». « Plus tu fais quelque chose, plus ça devient ordinaire. Voir deux filles s’embrasser, disons que j’ai dépassé ça… » Il faut dire qu’il n’y a pas grand-chose qu’il n’a pas essayé. « Pas ben ben, et j’ai longtemps pensé que ce n’était pas une bonne chose. Parce que j’allais être désabusé. Et finalement : non. J’aime autant me retrouver avec ma blonde. » La preuve : « On a fait l’amour hier. Et elle m’excite encore comme au début. Sinon plus ! »

Leur « ouverture d’esprit » est d’ailleurs une des clés de leur succès, conclut-il : « Les fameux trois C : communication, confiance et cul ! Mais peut-être que j’ai inventé le troisième ! »

*Prénom fictif, pour protéger son anonymat