Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.
Cette semaine :  Frédéric*, mi-cinquantaine

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Frédéric* n’a jamais été un homme fidèle. Plutôt coureur de jupons, « gidoune » de son propre aveu, il a toujours cru qu’il était ainsi fait : pas physiquement constitué pour vivre ou survivre en couple. Or voilà qu’il y a peu, fraîchement divorcé, il a rencontré une nouvelle femme. Et depuis, pour toutes sortes de raisons, il n’a plus du tout envie d’aller voir ailleurs. Zéro. Rencontre avec un homme transformé, épanoui, fou amoureux, enfin heureux.

« Je suis monogame à 100 %, sourit-il. C’est l’épanouissement total ! » Attablé dans un joli café de Rosemont, l’homme assis devant nous rayonne. Mi-cinquantaine, cheveux grisonnants coupés court, vêtu d’une chemise noire cintrée, il a tout l’air d’un homme alpha, à qui la vie a réussi. La voix grave et le débit accéléré, il a aussi visiblement très envie de se raconter. De nous parler de « SA » femme, sa nouvelle flamme, de faire le récit de leurs folies, et surtout de révéler le secret de sa libido tout à coup entretenue, et surtout assouvie. « Je n’ai jamais été aussi heureux que ça en couple, déclare-t-il. Je n’ai jamais cru que ça pouvait être si incroyable ! J’ai toujours été cynique face à la vie de couple ! »

Vous doutez de cette monogamie tout à coup adoptée ? Et que dire de lui ! « Je suis un gars infidèle. J’ai été infidèle pendant une grosse partie de ma vie. J’ai une libido extrêmement forte, et je n’ai jamais été heureux dans un contexte fixe », confirme-t-il. Pour cause : « J’adore les filles, enchaîne-t-il, d’un air entendu. J’ai toujours eu des pensées sexuelles quotidiennes. » Et ce, même en ayant été marié 30 ans, et en trompant la mère de ses enfants pendant des années. S’il s’est senti coupable ? « Complètement ! Et tordu ! »

J’ai été persuadé toute ma vie que j’étais tordu. Que jamais une seule femme ne pourrait me satisfaire.

Frédéric, mi-cinquantaine

La preuve : en se séparant, il a même franchement dit à son ex que le dossier était clos : il n’aurait plus jamais « une blonde », mais bien « des blondes ». S’il avait su.

Le revirement

Il y a deux ans, fraîchement divorcé, Frédéric s’est inscrit sur un site de rencontres. Il a repéré quelques filles, et il n’a fallu qu’une réponse pour qu’il ferme illico son profil. L’élue, à peine plus jeune que lui, ne portait pas de maquillage sur sa photo, précise-t-il, visiblement toujours sous le charme. Et tout de suite, ça a cliqué. « We hit it off », comme on dit. Plusieurs textos chauds plus tard (« j’ai tout de suite senti une chimie »), ils se sont donné rendez-vous dans un restaurant. Et crac, à peine arrivés, direct dans le stationnement, les deux tourtereaux se sont embrassés à pleine bouche. « Comme si on se connaissait depuis mille ans, sourit-il. Wow. »

Précision : Frédéric a tout de suite été franc. Pas question ici de se faire passer pour un autre. « Je lui ai dit dès le départ : je suis en couple depuis toujours, et c’est un cadre qui ne fonctionne pas pour moi, résume-t-il. Si tu attends un gars pour vivre avec toi, ça ne marchera pas. J’ai l’intention de rester seul. » Et devinez quoi ? « Elle a accepté ça. » Mieux : « Elle a embrassé ça ! », sourit-il de plus belle.

Concrètement, cela signifie que depuis, non, ils ne vivent pas sous le même toit. C’est d’ailleurs le secret de leur succès, croit-il. « Si on n’a pas d’enfant ensemble, quel est le but d’être ensemble tout le temps ? », s’interroge-t-il. « Parce que ce n’est pas vrai que quand tu vois une personne toute nue tous les jours, elle demeure un objet sexuel aussi vif. […] Moi, quand ça fait deux jours, je veux juste la baiser ! Il y a quelque chose de sulfureux d’avoir du recul ! » La preuve : « On s’aime comme des fous ! Moi qui déteste le téléphone, on s’appelle tout le temps. On se texte tout le temps, et la moitié de nos textos sont pornographiques ! »

Pour être artistique, inspiré, sensuel, j’ai besoin d’avoir faim !

Frédéric

Mais il y a plus. C’est que Frédéric et sa flamme semblent aussi totalement compatibles sexuellement. « C’est une fille qui n’a aucune frontière. L’homosexualité, les jouets, les positions, les endroits, la fréquence, elle n’a aucune pudeur, poursuit-il. Et je suis pareil ! Je n’ai jamais de ma vie rencontré une fille aussi fuckée qu’elle », pouffe-t-il. Que ce soit le matin au réveil (« pas une petite vite, mais du gros cul sale ! ») ou à distance, quand ils s’envoient des vidéos pornos de leurs fantasmes respectifs, ils sont sur la même longueur d’onde. Sodomie, double pénétration, trip à trois, ils nomment tout, et réalisent (presque) tout. « On a zéro secret, zéro interdit ! » Parce que « plus c’est incongru, et plus c’est le fun » !

« Et c’est super excitant de se planifier une pointe de folie, poursuit-il. C’est une déviance de façon positive, on est fuckés, pas conventionnels, on a décidé d’être en dehors de la norme, explique-t-il, on parle de tout librement ! Je n’ai jamais eu de relation avec une femme où je pouvais tout dire. Il n’y a pas de cloisonnement, on est des partners, on fait les affaires ensemble ! »

Conséquence ? Vous l’aurez deviné : « Je ne regarde plus ailleurs, j’ai tout ce que je veux à la maison ! »

Frédéric est si heureux qu’il en devient par moments émotif. « C’est une femme facile à rendre heureuse, et veux, veux pas, c’est excitant pour un gars. Ça décuple l’énergie sexuelle d’être devant une femme qui fond devant toi… […] Wow. Comment on a fait pour se trouver ! C’est un fuckin’ miracle ! » Notre homme n’en revient toujours pas.

Comme quoi, oui, il y a des histoires de rencontres en ligne qui finissent bien.

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat.