Le Groupe de recherche et d’intervention sociale (GRIS) Montréal, c’est 25 ans à démystifier, vulgariser et, surtout, normaliser la diversité en matière d’orientation sexuelle et d’identité de genre, par l’entremise de témoignages et autres confidences dans les écoles de la métropole. Pour marquer le coup, l’organisme communautaire s’attaque à un nouveau défi dès aujourd’hui : les régions, où ce type de services, à la fois spécifiques et essentiels, sont souvent rares. Bilan, réalisations et objectifs, en compagnie de la directrice générale, Marie Houzeau.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Le GRIS, d’hier à aujourd’hui

Le GRIS Montréal est né en 1994 d’un besoin criant. À l’époque, un jeune gai de l’école secondaire Sophie-Barat se fait intimider. L’école, en mal d’outils, fait alors appel à l’organisme Jeunesse Lambda, groupe d’entraide pour les jeunes LGBTQ+, qui, faut-il le préciser, n’est pas franchement mieux outillé pour s’attaquer à ce genre de dossier. Qu’à cela ne tienne, une poignée de bénévoles se rendent néanmoins à l’école, histoire de se raconter, répondre aux questions, bref, déboulonner plusieurs préjugés. Ainsi naissait le GRIS, qui, 25 ans plus tard, avec ses 250 bénévoles, poursuit toujours la même mission : démystifier, par le témoignage, la diversité. En tout, on estime que quelque 440 000 jeunes ont été sensibilisés au fil des années.

25 ans de questionnements

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Marie Houzeau, directrice générale du Groupe de recherche et d’intervention sociale (GRIS) Montréal

Souvenez-vous : 1994, c’était bien avant le mariage gai, la fluidité ou la transidentité. « On ne parlait même pas de bisexualité, seulement de lesbiennes ! », se souvient Marie Houzeau, qui a commencé au GRIS comme bénévole il y a 16 ans. « À l’époque, il y avait surtout des jeunes hommes impliqués. On a vraiment assisté à une diversification des modèles. » Les questionnements des jeunes rencontrés ont aussi énormément évolué, et ce, en harmonie avec l’actualité. Ainsi, au tournant des années 2000, les questions entourant les droits des minorités dominaient : les gais devraient-ils avoir le droit de se marier, d’avoir des enfants (« quoiqu’on nous pose encore des questions là-dessus ! ») ? C’était avant la légalisation du mariage gai, en 2005. Puis, à l’époque des Outgames (2006), les jeunes se sont mis à s’interroger sur l’intégration des minorités sexuelles dans le sport. Aujourd’hui, ce sont les questions entourant l’identité de genre, des notions inexistantes il y a 20 ans, qui reviennent. Ultime (mais non la moindre) nouveauté : finie l’époque où les commentaires homophobes provoquaient l’hilarité en classe. Aujourd’hui, l’homophobie suscite le malaise. « Il y a une régulation qui se fait au sein du groupe. Ça, c’est la bonne nouvelle. »

Des questions qui demeurent

Même si tout semble avoir changé en 25 ans, plusieurs questionnements demeurent. De visite en visite, les bénévoles se font religieusement poser les mêmes questions, à la fois générales et existentielles : Comment tu as su ? As-tu perdu des amis ? Est-ce que c’est difficile de rencontrer quelqu’un ? Et tes parents, comment ont-ils réagi ? « C’est un peu logique, c’est leur vie ! » Autre constat, plus inquiétant cette fois : la fragilité, en matière de santé mentale des jeunes : « Les taux de dépression, d’idées suicidaires, même de tentatives de suicide, ne bougent pas, et demeurent de six à sept fois supérieurs à ceux des jeunes hétérosexuels », signale Marie Houzeau. D’où l’importance (l’urgence) de poursuivre le travail. « Oui, il faut continuer de faire de l’éducation, sans cesse. » Parce que c’est prouvé : l’un des premiers motifs d’intimidation à l’école est, encore et toujours, l’orientation sexuelle.

Mission : région

D’où, également, le nouveau défi que se lance le GRIS aujourd’hui : « le GRIS part en tournée », afin de toucher des coins plus isolés, où ces services sont rares ou absents. C’est le cas du Saguenay–Lac-Saint-Jean (entre autres), qui ne compte à ce jour qu’un seul organisme LGBTQ, avec, à son compte, un seul et unique employé à temps plein. « Je n’ai pas le temps ni les ressources pour assurer la sensibilisation dans les écoles », déplore Daniel Gosselin, coordonnateur général de l’Association des gais, lesbiennes et LGBT du Saguenay–Lac-Saint-Jean. La tournée du GRIS est d’ailleurs une « excellente nouvelle, dit-il, elle répond à un besoin important ». Pour ce faire, le GRIS lance également une campagne de financement de 500 000 $, en vue de rejoindre, dès l’an prochain, 7000 jeunes Québécois, du Saguenay à la Gaspésie en passant par la Côte-Nord. Bénévoles et dons bienvenus.

Consultez le site web du GRIS Montréal