La Presse vous propose chaque semaine un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes.
Cette semaine : Céline, 45 ans.

Silvia Galipeau
La Presse

Céline * est une femme « ben ordinaire » : trois enfants, un travail, un conjoint. En prime : elle joue au hockey, son chum a son sport, et chacun des enfants également. Une belle grande famille de sportifs, avec un agenda de ministre. Bref, la fameuse vie de fou. D’où le hic : elle n’a pas du tout de temps (ni d’énergie !) à consacrer à sa vie sexuelle. Au grand dam de son conjoint. Récit.

« Je vais te donner mon horaire : on est cinq dans la maison, et on est sportifs les cinq. On a une quinzaine de parties sportives par semaine. Les enfants ne conduisent pas encore, et les parties sont sur toute l’île de Montréal… »

La semaine, après le travail, il y en a toujours un qui a une activité sportive, quelque part, aux quatre coins de la ville. « Hier, on a fini à 23 h… »

La fin de semaine ? Idem. Un samedi de l’été, tous les cinq avaient une partie, un tournoi en région pour l’un, un tournoi ailleurs pour l’autre. « Et le soir, on avait un spectacle ! pouffe-t-elle de rire. Ça, c’est notre horaire ! »

Céline a 45 ans. Les cheveux coupés courts, sans une once de maquillage, elle respire la santé. Franche, directe, avec de l’énergie à revendre, elle est tout sauf malheureuse. Sa vie, elle l’aime. Et ça se voit. « C’est un choix que j’ai fait. Je ne suis pas une victime ! », confirme-t-elle, entre deux gorgées de smoothie. Seulement, il y a un hic. Évidemment. Parce que, aux yeux de son conjoint, la sexualité fait défaut : « On ne baise pas assez. C’est notre seule chicane. Pour le reste, on trouve toujours des solutions. »

La semaine précédant notre rencontre, le couple a d’ailleurs explosé. Une chicane solide, qui revient régulièrement. Annuellement. Et pour laquelle Céline cherche activement des solutions. Parce que, vous l’aurez deviné, Céline est une femme d’action.

Pas cette énergie

Mais commençons par le commencement. Il faut savoir que Céline n’a jamais été trop portée sur la chose. Jamais. Son tout premier chum, à l’adolescence, le lui reprochait d’ailleurs déjà : « Va consulter, on ne fait pas l’amour assez souvent. » « Mais moi, ça ne me dérange pas, c’est mes chums que ça dérange ! pouffe-t-elle. Je ne suis pas la bête de sexe. » Élevée dans la religion, d’une mère plutôt puritaine, Céline n’a tout simplement jamais eu ce « besoin » ni cette « énergie », résume-t-elle.

« Moi, mon énergie, je la dépense ailleurs : je suis sportive, alors mon énergie, je la canalise là. »

C’est son mode de vie. Ce qui ne veut pas dire qu’elle ne soit pas « willing ». Au contraire. Elle se revoit, célibataire, dans un bar, avec un verre dans le nez : « Je n’avais aucun problème à partir avec un gars. » Elle a aussi eu une bonne vingtaine d’aventures avant de rencontrer le père de ses enfants.

Et puis ? Avec lui, les premiers temps, ç’a été plutôt « agréable », dit-elle, avare de détails. On comprend que le sexe, ce n’est pas son sujet de prédilection. Elle finit par confier qu’elle a longtemps mis du temps à atteindre l’orgasme. « J’avais un blocage. Quand ça prend des heures, tu te tannes. » Son chum, lui, ne s’est pourtant jamais « tanné ». « Lui ? Jamais ! Lui, il est très patient ! » C’est d’ailleurs toujours lui qui est l’instigateur de la chose. « Je ne ressens pas ce besoin, alors ce n’est pas moi qui fais les avances. Mon chum, lui, il a une libido très forte… » Et paradoxalement, c’est ça qui l’a séduite chez lui. « Les gars virils, avec de la testostérone, c’est ça qui m’attire… »

C’est finalement après ses accouchements (et grâce à ses nombreux jouets) que son fameux « blocage » s’est réglé. « Oui, depuis les enfants, ça a débloqué. Plus de trouble pour atteindre l’orgasme ! », confirme-t-elle. Sauf qu’elle n’a pas davantage d’élan pour autant. « Je n’ai pas ce besoin, je n’ai pas le temps, et pas l’énergie ! »

Précision : Céline sait toutefois très bien que son copain, lui, si. « Si je vois qu’il a des besoins, je vais m’arranger pour le combler et y prendre plaisir. Mais pas tous les jours. » Généralement, une fois toutes les deux semaines, voire trois. Si ça s’étire, c’est là que ça pète. « Et mon couple a explosé la semaine passée. Ça arrive une fois par année. Il pète sa coche… »

Des solutions

Mais Céline a confiance. « Oui, oui, oui. Certainement. Parce qu’on a les deux la volonté et la capacité de trouver des solutions. » La preuve : ils ont consulté plusieurs fois, et chaque fois, ils ont trouvé de nouveaux outils. Cette fois-ci ? Elle a réalisé récemment qu’au cours de la journée, elle manquait d’attention. « Quand j’ai 30 secondes, j’aimerais ça qu’on se colle. Mais lui, il n’est pas capable, parce qu’il a 26 000 trucs à gérer. » D’où l’incompréhension : « Il veut qu’on baise le soir, mais le jour, il n’a pas le temps de me donner de l’attention. Mais moi, le soir, je dors ! » Ils en ont discuté et, depuis, les choses ont changé. Il lui donne plus d’attention, l’accompagne aux matchs des enfants, range son cellulaire. Elle lui a dit : « Plus tu donnes de l’attention aux enfants, plus tu me donnes de l’attention, plus mon désir pour toi augmente. »

Résultat ? Le matin de notre rencontre, il est venu la rejoindre dans sa douche. Ça a très bien fini. Et il est ressorti heureux. « Moi, ça me fait plaisir de le faire, je sais qu’il va être de bonne humeur, c’est un investissement », sourit-elle, d’un air entendu.

Parce que Céline est lucide : un jour ou l’autre, « les enfants vont partir ». « Et quand ils ne seront plus là, je veux que mon chum, il reste… »

* Prénom fictif, pour préserver son anonymat.