Arts et être vous propose chaque dimanche un témoignage qui vise à illustrer ce qui se passe réellement derrière la porte de la chambre à coucher, dans l’intimité, loin, bien loin des statistiques et des normes. Cette semaine : Joannie*, mi-vingtaine

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

Joannie n’a pas d’amoureux. Et c’est très bien comme ça. Parce qu’elle n’en veut pas. Cela dit, elle multiplie les aventures d’un soir ou d’une nuit. Entretien avec une jeune femme décomplexée et surtout assumée, pour qui la sexualité est un jeu. Ni plus. Ni moins.

Mi-vingtaine, assise à la terrasse d’un pub, dans le coin de l’Université de Montréal, la jeune blonde en robe longue et aux épaules dénudées respire l’été. La confiance. L’assurance. « Je suis célibataire depuis un an et je n’ai pas l’intention que ça change dans les prochaines années, confie-t-elle d’emblée. Mes études, c’est beaucoup de travail. » On la devine déterminée. Fonceuse au cube.

Il faut dire que jusqu’à maintenant, la vie de couple ne l’a pas non plus comblée. « Je n’ai jamais été si heureuse que ça en couple. Je pense avoir des amis plus rentables à long terme… », laisse-t-elle tomber.

Son histoire ? Joannie a perdu sa virginité à 16 ans, avec son copain de l’époque. « C’était correct, résume-t-elle. Je voulais que ça se fasse. Que ce soit fini. » Mais non, ça n’a pas été « tant plaisant » ni franchement mémorable. Elle est ensuite tombée très amoureuse d’un type qui, lui, ne l’était pas. Ou qui l’était mal. « Il n’était vraiment pas correct avec moi. Il était difficile d’accès. Froid. Distant. Il ne me donnait aucune preuve d’attention », se souvient-elle. La preuve : en deux ans, il ne lui a dit qu’une seule fois qu’il la trouvait jolie. Une déception qui a « teinté » sa vie, croit d’ailleurs Joannie.

La chasseuse

Il faut dire qu’ensuite, elle a multiplié les conquêtes. Finies les peines d’amour. Joannie ne serait plus jamais victime. « Cette relation m’a vraiment fait mal et je me suis dit que je n’accepterais plus qu’on me fasse ça. » Était-ce pour se protéger (« je ne suis plus jamais sortie avec un gars de qui j’étais amoureuse »), ou pour se prouver (« j’ai longtemps été mal dans ma peau »), toujours est-il que Joannie a alors couché avec un nombre « considérable » de gars. « Plusieurs dizaines », dit-elle, souhaitant ici demeurer vague. « Je n’en fais pas une fierté, précise-t-elle. Mais je ne me fais pas souffrance. » Surtout : « J’ai découvert ma sexualité comme ça, fait-elle valoir. Et, encore aujourd’hui, je suis très assumée. »

Comment fait-elle ? Elle fait la fête. Elle sort. Profite de Tinder (« allègrement ») et « chasse », parce qu’elle n’aime pas « être chassée ». « Les gars sont surpris. Je leur paye des shooters », illustre-t-elle. Concrètement, elle les ramène ensuite chez elle, ou alors va chez eux. Ils passent la nuit ensemble. Parfois ils se revoient. Parfois pas. Il n’y a jamais de malaise. Et ça se passe « relativement » toujours bien. Parce que pour elle, tout cela, c’est un jeu. Un thrill. Un défi, quoi.

C’est une game : tu vas passer la meilleure nuit, tu vas me rappeler. Tu vas te rendre compte que je suis une fille intelligente. Que je ne suis pas juste ça…

Joannie, mi-vingtaine

Longtemps, Joannie a visé les plus beaux gars de la soirée (« j’avais une fixation sur les gars très beaux, mais j’ai réalisé qu’ils sont aussi très narcissiques »). Mais c’est chose du passé. « Avec les années, je vais vers les gars fins », dit-elle.

Longtemps, Joannie a aussi couché avec eux sans trop se poser de questions. Sans vraiment savoir si, elle, elle en avait vraiment envie. « Parce que ça allait de soi », comme on dit, « c’était la suite logique des choses ». Mais plus maintenant. « Je ne fais plus d’effort. Si ça me tente, je le fais. Si ça ne me tente pas, je ne le fais pas, résume-t-elle. C’est plus sain. Et peut-être que j’ai plus de plaisir aujourd’hui qu’avant. »

Étrangement, parlant de plaisir, non, elle ne jouit jamais. Ou, du moins, très rarement. « De moi-même, oui. Mais sinon, c’est extrêmement rare, confie-t-elle. Mais ça ne change rien pour moi. » On comprend qu’elle tire plutôt son plaisir de la conquête. Mais pas vraiment de l’acte. « On pense que le plaisir, c’est l’orgasme, mais il n’y a pas que ça. » D’ailleurs, cette obsession de l’orgasme la fatigue. « Il y a des gars qui ont tellement essayé, ça me turn off. Ils en font une mission […]. Moi, je suis habituée, je n’y pense même plus. » N’empêche. Un gars, rencontré récemment, y est parvenu, lui. « Oui, c’est le fun, rougit-elle. C’est sûr que ça me donne envie de le revoir ! » Mais sans plus. Joannie n’est pas du tout amoureuse. Et elle a surtout d’autres priorités, et de la suite dans les idées : « mes études », rappelle-t-elle.

La morale

Cela fait une heure qu’elle se confie et on devine que Joannie a ici un message à passer. Ou des comptes à régler. « On a tendance à dire aux jeunes filles [et seulement aux jeunes filles, précise-t-elle] que la sexualité est quelque chose de précieux. Mais ce n’est pas si précieux que ça. »

D’ailleurs, elle se demande parfois comment elle élèverait une petite fille, si un jour elle en a une. Chose certaine : « J’aimerais la faire grandir dans un climat d’égalité… »

D’où la question : son mode de vie serait-il une quête égalitaire, d’une certaine manière ? « Peut-être, concède-t-elle, mais pas consciemment. Je le fais parce que ça me fait plaisir. C’est empowering… »

Elle aimerait finalement qu’on retienne une chose de son récit. Une seule : « Il y a plein de modèles différents. Et c’est pas vrai que parce que tu as une sexualité assumée, tu es pas une fille bien. » À méditer…

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat

Derrière la porte fait relâche quelques semaines. De retour en septembre. Bon été !