De l’art de faire jouir une femme à comment survivre à la ménopause (et à l’andropause), René* en a long à dire. À conseiller. À raconter. Rencontre avec un homme bienveillant qui a bien vécu. Et qui vit encore visiblement très bien. Cette semaine : René*, 71 ans.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

René, septuagénaire au look sportif, visiblement actif, nous attend dans le fond d’un café branché de Laval, un vendredi matin ensoleillé. De toute évidence, il s’est préparé. Il avoue être venu ici en « repérage » quelques jours auparavant, choisir une table à l’écart, spécifiquement pour notre entretien. Il a aussi mis ses réflexions par écrit, et même retenu plusieurs chroniques auxquelles il a réagi. On ne sait pas trop où il s’en va avec ses réflexions ni ce qu’on en retiendra. Au bout du compte, on retiendra tout. Parce que sa douceur et sa sagesse ont un je-ne-sais-quoi d’inspirant.

Première leçon de vie :

« Pour moi, il n’y a pas de femmes frigides, que des hommes maladroits. »

C’est ce qu’on appelle plonger dans le vif du sujet. Sans se faire prier, René s’explique, avec une douceur qui lui est manifestement caractéristique : « Il faut être attentif aux femmes. Ç’a toujours été pour moi très important », dit-il, en réaction, notamment, à tous ces témoignages de femmes insatisfaites au lit.

Cette sensibilité lui viendrait de sa mère, pense-t-il. « Elle carburait à l’affection. »

Ce qui ne veut pas dire qu’il ait été très habile sa première fois. « Très maladroit, se souvient-il. Mais on ne nous enseigne pas ! On ne nous dit pas ! »

Lui, il le dit : le toucher, la tendresse, la délicatesse, l’écoute, c’est « fondamental ».

Il en sait quelque chose. Marié à 20 ans (et pendant 20 ans) avec une femme dont on a abusé dans sa jeunesse (vient-il d’apprendre), il lui a fallu faire preuve d’un monde de patience et de douceur avec elle. « Je n’étais pas expérimenté, mais j’ai été très délicat avec elle, et tranquillement, je l’ai amenée à l’orgasme. »

Cela dit, penser à l’autre ne suffit pas, enchaîne René, qui a de la suite dans les idées.

« Si tu ne te concentres que sur l’autre, tu ne t’occupes pas de toi. »

C’est sa deuxième leçon de vie. « Moi, j’ai besoin de toucher, j’ai besoin d’affection, mais je n’en avais pas tant que ça. Et ça me manquait. » Vous l’aurez deviné, il est donc allé chercher ailleurs. Une fois, deux fois, trois fois. « Ce n’était pas que pour baiser, précise-t-il. C’étaient des amies. J’ai beaucoup d’amies femmes. J’ai une sensibilité de femme. »

S’il a eu des remords ? Pas vraiment. En tout cas, pas longtemps. « J’ai arrêté d’avoir des remords parce que j’allais chercher l’affection dont j’avais besoin. » Avec une deuxième femme depuis 20 autres années maintenant, il n’a d’ailleurs jamais sauté la clôture. Pourquoi ? Il a appris. « Si je ne suis pas heureux, je vais le dire. Et si ça ne change pas, je vais partir. »

Mais il le sait. Exprimer ses besoins, ses attentes, tout particulièrement quand il est question de sexualité, n’est pas chose facile. « C’est difficile pour les hommes de dire ce dont on a besoin. Ce sont mes amantes qui m’ont appris à parler… »

On comprend donc qu’il a fini par laisser sa première femme, autour de ses 40 ans. Peu après, René a rencontré la deuxième femme de sa vie, celle avec qui il est encore aujourd’hui. « C’est l’amour fou, une passion folle », résume-t-il. Tous deux ont d’ailleurs les mêmes valeurs, les mêmes priorités. Tout particulièrement en matière de sexualité. « Pour moi, dit-il, s’il n’y a pas de sexe, il n’y a pas de vie. Et elle, elle est d’accord avec ça. »

Ce qui ne veut pas dire que le couple n’a pas ses petits (et gros) défis. Ainsi, comme tout le monde, avec les années, René a vieilli. Et sa femme aussi. Leurs corps ont changé. Et les pulsions de madame, avec la ménopause notamment, ont diminué. Beaucoup diminué. Pendant un temps, le couple ne faisait plus l’amour qu’une fois par mois. Et encore. Et pour René, on devine que ce n’était pas assez. « Moi, j’ai besoin de plus que ça… », laisse-t-il tomber.

« Il faut se parler. Se toucher. Et se parler beaucoup. »

C’est sa troisième leçon de vie. Parce que malgré cette baisse de libido, sa femme a osé lui en parler. Et ça, ça a tout changé. Lui expliquer que ça ne venait plus « comme elle voudrait », résume-t-il, « mais qu’elle ne pouvait pas s’en passer ». « Juste de me dire ça, j’ai été très réceptif et accueillant… »

Il s’en félicite : ils ont en effet communiqué, et pu, ensemble, chercher (et trouver !) des solutions. « Elle aime ça le matin, moi, je ne suis pas réveillé. Le soir ? Elle est trop fatiguée. Alors on fait ça l’après-midi ! »

En prime, elle en a parlé à son médecin. Et René a parlé au sien, pour régler ses soucis à lui, associés cette fois à son andropause (et ses envies soudaines d’uriner plusieurs fois par nuit). « L’andropause, glisse-t-il, ce n’est pas drôle pour moi. Mais j’ai décidé de m’en occuper, mon médecin m’a aidé, et je prends des médicaments pour contrôler ma prostate. » Bref, ils se sont pris en main. Ensemble, et chacun de son côté.

Bilan ? « Je veux passer un message, résume-t-il, au bout d’une heure de conversation. Aux hommes et aux femmes. Si tu es délicat, tu es clair et tu parles, tu règles à peu près tout ! » C’est du moins ce que la vie lui a appris. « Et je n’ai pas fini d’apprendre ! Sourit-il. Je n’ai que 71 ans ! »

* Prénom fictif, pour protéger son anonymat.