L’UQAM a lancé hier une série de courtes capsules vidéo pour expliquer, clarifier et surtout illustrer le b.a.-ba du consentement. Et du même coup dénoncer la violence sexuelle, plus subtile et sournoise qu’on ne le croit.

Silvia Galipeau Silvia Galipeau
La Presse

« Si tu dois insister ou convaincre pour avoir des relations sexuelles, pose-toi des questions » : tel est l’un des messages clés des 24 capsules, qui seront diffusées à coup de trois ou quatre par semaine, sur les réseaux sociaux, afin d’alimenter — on l’espère — les enseignants, en mal de matériel pédagogique en matière d’éducation à la sexualité.

Que ce soit par des dessins animés minimalistes et humoristiques (qui ne sont pas sans rappeler la fameuse métaphore britannique de la tasse de thé) ou carrément par des témoignages véridiques d’adolescents de tous les horizons (évidemment moins légers, voire carrément sombres, dans leurs propos), les courtes capsules visent à passer plusieurs messages : « le consentement est une chose essentielle », « c’est la clé pour se sentir respecté », « en étant respectueux et à l’écoute de l’autre, la relation sera aussi plus agréable ». En prime, plusieurs mythes sont ici déboulonnés : non, les filles ne sont pas les seules victimes ; oui, la manipulation, les garçons en vivent aussi. Surtout : le consentement, ça se valide. Et ça se valide encore.

Une question omniprésente

L’idée du projet est née d’une recherche réalisée par Mylène Fernet, professeure titulaire au département de sexologie de l’UQAM, soutenue par le Secrétariat à la condition féminine du Québec. Depuis trois ans, elle sonde des adolescents et jeunes adultes de 14 à 25 ans sur leurs trajectoires amoureuses et sexuelles. À la suite d’une centaine d’entrevues, un constat s’est imposé : « La question des violences sexuelles est omniprésente », dit-elle.

20 % des jeunes femmes et 6 % des garçons sondés disent avoir eu des « relations sexuelles sous pression ». — D’après une recherche réalisée par Mylène Fernet, professeure titulaire au département de sexologie de l’UQAM

Or, dans l’imaginaire populaire, qui dit violence dit coups et bleus. Mais la violence psychologique peut être tout aussi toxique : pensez chantage, manipulation, « si tu ne couches pas avec moi, je te quitte… » D’où l’idée de ces capsules de sensibilisation qui, espère-t-on, serviront de base à la discussion. En classe, en famille ou ailleurs.

À noter : pour une rare fois, les outils n’ont pas été conçus par des adultes, mais bien par les jeunes, pour les jeunes, se félicite aussi Mylène Fernet. Et même s’ils ne sont pas les meilleurs comédiens et si leur diction laisse à désirer, si leurs propos sont lourds à la longue (« il y aura aussi des messages positifs », promet la chercheuse), le verdict est sans équivoque : « Avoir des relations sexuelles […] à cause de menaces, ce n’est pas du consentement… » Qu’on se le dise.