Naguère tendance de niche, la beauté verte se démocratise, un changement provoqué par des consommateurs de plus en plus soucieux du contenu de leurs produits cosmétiques. En ce Jour de la Terre, regard sur un mouvement qui est en train de chambouler les façons de faire de l’industrie.

Iris Gagnon-Paradis Iris Gagnon-Paradis
La Presse

Le marché de la beauté verte explose. On ne compte plus les marques indépendantes, ici et ailleurs, qui lancent des produits aux ingrédients naturels, biologiques, véganes, issus de sources durables et du commerce équitable, tout en se souciant de réduire leur empreinte environnementale de mille et une façons.

11,5 milliards: valeur du marché de la beauté verte aux États-Unis en 2017

11,1%: taux de croissance annuel prévu du marché pour 2018-2026 aux États-Unis

Source: Research and Markets

Grâce aux consommateurs qui s’inquiètent des effets potentiellement néfastes des ingrédients chimiques et synthétiques sur leur santé et celle de la planète, le mouvement est en train de gagner les plus grands acteurs de l’industrie de la beauté.

Passer au vert

Des exemples? En mai 2018, le géant Sephora a lancé l’initiative «Clean at Sephora», un sceau apposé sur des produits jugés «propres» (sans sulfates SLS, parabènes, formaldéhyde, phtalates ou huiles minérales…), et comptant moins de 1% de fragrances synthétiques.

PHOTO FOURNIE PAR L'ORÉAL PROFESSIONNEL

La nouvelle gamme de soins capillaires de L'Oréal Professionnel, Source Essentielle

Le mois prochain, L’Oréal Professionnel lancera simultanément deux nouveautés: Source Essentielle, une gamme de soins capillaires dont les formulations contiennent de 80% à 100% d’ingrédients d’origine naturelle et Botanea, la toute première ligne de coloration végétale (de type «henné») de l’histoire de l’entreprise.

«Il y a une demande des consommatrices et il faut suivre le marché, on ne peut pas aller à contre-courant. Présentement, l’ensemble des marques pro en salon s’engagent vers cet univers de la naturalité», remarque Joanne Turgeon, consultante en développement professionnel pour L’Oréal Professionnel.

Les grandes maisons de luxe ne sont pas en reste. Témoin de cette mouvance, Guerlain a lancé en février le fond de teint L’Essentiel, avec une formulation à 97% naturelle, du jamais vu pour la marque.

«Nous célébrons aujourd’hui ce formidable chemin sur lequel Guerlain s’est engagée il y a 10 ans pour réinventer le luxe de demain avec des créations éco-conçues, agir pour le climat en visant la neutralité carbone d’ici 2028, […] et préserver la biodiversité et en particulier les abeilles», a déclaré à La Presse, par l’intermédiaire de son attachée de presse, Laurent Boillot, PDG de la maison française.

Laver plus vert que vert

Les grandes entreprises peuvent de moins en moins courir le risque d’ignorer les demandes des consommateurs, à défaut de quoi leur image – et aussi leur chiffre d’affaires – risque d’en pâtir. Mais l’opportunité commerciale créée par l’engouement autour de la beauté verte peut donner lieu à de la désinformation au sujet des bienfaits pour la santé et l’environnement, communément appelée «greenwashing».

PHOTO FOURNIE PAR GUERLAIN

Le nouveau fond de teint L'Essentiel, par Guerlain, offre une formulation à 97% naturelle.

«Le mouvement autour de la "clean beauty" est définitivement plus fort qu’il y a 10 ans, ou même 5 ans. Les consommateurs demandent des produits plus sains et le marché change afin de s’adapter à ces exigences», remarque Nneka Leiba, directrice du programme scientifique sur les modes de vie sains pour l’Environmental Working Group (EWG), une organisation américaine qui milite pour la divulgation des ingrédients chimiques dans les produits de soins personnels.

«C’est très facile pour les entreprises de "greenwasher" leurs produits. Aux États-Unis, les entreprises peuvent affirmer librement sur les étiquettes que leurs produits sont "naturels", "non toxiques", "à base de plantes", "sans", etc.», déplore Mme Leiba.

La solution passe par davantage de transparence de la part des entreprises et par un encadrement plus serré sur le plan législatif. Aux États-Unis, EWG milite avec plusieurs autres entreprises et membres du Congrès pour l’adoption du Personal Care Product Safety Act, un projet de loi qui « donnerait à la FDA le pouvoir de garantir la sécurité des produits chimiques utilisés dans les cosmétiques et le pouvoir de rappeler les produits nocifs», détaille Mme Leiba.

Au Canada, selon le site de Santé Canada, les «allégations concernant les cosmétiques doivent être exactes». Quant aux termes de marketing comme «hypoallergène», «sans parfum» ou «biologique», ils ne sont pas réglementés par Santé Canada mais par le Bureau de la concurrence, qui «peut prendre des mesures en cas d’indications fausses ou trompeuses».

> Consultez la page de Santé Canada sur la publicité, l’étiquetage et les ingrédients des cosmétiques

Deux nouvelles collections d'Herbal Essences ont reçu le sceau d'approbation EWG Verified.

Encourager les bonnes pratiques

En février dernier, Herbal Essences a annoncé avoir reçu, pour ses deux nouvelles gammes bio: renew sans sulfates, le sceau d’approbation de EWG, ce qui fait de la marque une des premières vendues en grande surface à afficher la marque EWG Verified. Les produits sont aussi certifiés «Cruelty-Free» par PETA.

«Nous avons développé EWG Verified il y a trois ans pour aider les consommateurs à identifier rapidement et facilement les produits qui répondent à nos normes les plus strictes en matière de santé et de transparence», détaille Mme Leiba.

Rachel Zipperian est scientifique dans le domaine de la beauté depuis 17 ans, et depuis 7 ans, elle est la scientifique principale chez Herbal Essences, une marque qui appartient au géant P & G (Olay, Pantene Pro-V, Gillette). Elle a donc été témoin des changements qui s’opèrent chez les grandes entreprises commerciales, citant au passage l’engagement de P & G de dévoiler tous les ingrédients contenus dans les parfums de ses marques d’ici 2020 et l’objectif, annoncé le 10 avril, d’utiliser pour ses emballages des matériaux 100% recyclables ou réutilisables d’ici 2030.

«Les consommateurs demandent plus de transparence et nous devons absolument prendre en compte leurs intérêts ! Nous avons travaillé fort pour atteindre les standards de EWG; si nous avons pu le faire, les autres peuvent y arriver aussi. Si les grosses entreprises s’engagent sur le bon chemin, elles peuvent vraiment faire une grande différence à l’échelle planétaire», conclut-elle.

> Consultez le site d'EWG (en anglais)

> Consultez le site d'Herbal Essences

> Consultez le site de L'Oréal Professionnel

PHOTO JUSTIN TANG, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le chien Luna et quelques-uns de ses copains à quatre pattes ont participé à une manifestation contre les tests sur les animaux à Ottawa, en mai dernier.

Bientôt la fin des tests sur les animaux au Canada?

Le 12 avril dernier, le projet de loi sur les cosmétiques sans cruauté a été déposé à la Chambre des communes par la députée du Parti conservateur Marilyn Gladu. Ce projet, d’abord lancé au Sénat en 2015, est le fruit de plusieurs années de mobilisation menée par Humane Society International, l’Alliance animale du Canada et Lush cosmétiques, et ayant reçu l’appui de 750 000 Canadiens. Si le projet est adopté, le Canada est donc en passe de devenir le 40e pays au monde à interdire l’expérimentation animale en cosmétique.

Des références pour se guider

La lecture des listes d’ingrédients des produits cosmétiques vous donne des maux de tête? Cherchez sur leur emballage ces sceaux d’approbation, qui sauront vous guider dans vos choix.

EWG Verified

Pour obtenir ce sceau d’approbation, les entreprises doivent passer par un processus serré, en divulguant un grand nombre d’informations quant aux ingrédients qu’elles utilisent – incluant ceux qui composent leurs mélanges de parfums – afin de s’assurer que les produits sont exempts des substances apparaissant dans la longue liste d’ingrédients inacceptables de EWG, comme les parabènes, les phtalates et le talc. EWG a aussi développé la base de données Skin Deep et l’application Healthy Living, où les consommateurs peuvent rechercher différents produits et voir comment ils sont cotés.

> Voyez la liste d’ingrédients inacceptables d'EWG

Ecocert

Organisme de contrôle et de certification, Ecocert garantit le respect des normes spécifiques à la production, la préparation et la distribution d’aliments biologiques. Au Canada, c’est Ecocert Canada qui donne la certification pour les entreprises et producteurs canadiens. Un produit qui affiche le logo Ecocert contient un minimum de 95% d’ingrédients végétaux issus de l’agriculture biologique.

> Consultez le site d'Ecocert Canada

Cosmébio

Vous retrouverez parfois le label Cosmébio sur des produits européens. Lancé en 2002, il certifie plus de 9000 produits, dans différentes catégories. Le logo Cosmétique Bio – Charte Cosmébio signifie notamment un minimum de 95% d’ingrédients d’origine naturelle et un minimum de 95% d’ingrédients biologiques pour l’ensemble des végétaux.

> Consultez le site de Cosmébio

Cruelty-Free par PETA

L’organisme PETA travaille activement à la protection des animaux. Sa base de données et son application Beauty Without Bunnies recensent les entreprises et marques qui ne pratiquent pas l’expérimentation animale. Le logo Cruelty-Free atteste que les entreprises ne font pas de tests sur les animaux pour des ingrédients, formulations ou produits finis.

> Consulter la base de données Beauty Without Bunnies (en anglais)