Bien des petits (et des grands !) ont passé une bonne partie du temps des Fêtes devant un écran. Comme parent, on se dit qu’au moins, les émissions éducatives favorisent le développement du langage des enfants qui les regardent. Après tout, c’est Passe-Montagne qui nous a jadis appris à bien prononcer le mot électricité… Est-ce démontré ?

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Tania Tremblay, enseignante au collège Montmorency et chercheuse associée à l’équipe Qualité des contextes éducatifs de la petite enfance à l’UQAM, a voulu le savoir. Elle a étudié une cohorte de 149 enfants québécois âgés de 7 ans, tirée de l’étude longitudinale Jeunes enfants et ses milieux de vie 4, 5 et 7 ans.

Émissions préférées

PHOTO FOURNIE PAR NICKELODEON

Dora l’exploratrice

Les six émissions ou films préférés de ces enfants ont été identifiés par leurs parents, puis divisés en deux catégories : éducatifs (par exemple, Dora l’exploratrice) ou de divertissement (Ninjago). Les parents ont également indiqué si les enfants avaient accès à une chaîne spécialisée, comme Yoopa ou la chaîne Disney.

PHOTO FOURNIE PAR WARNER BROS.

Ninjago

Les habiletés langagières des enfants ont été évaluées selon l’échelle d’intelligence de Wechsler (WISC-IV) pour la compréhension verbale, et avec la Children’s Communication Checklist (CCC2) pour les difficultés pragmatiques.

Résultat

Résultat ? « Même si l’enfant écoute du contenu éducatif, ça ne favorise pas son développement du langage, dit Tania Tremblay. Aucun résultat significatif ne ressort. » Petit baume pour les parents, « on ne peut pas dire non plus que regarder du contenu éducatif défavorise le développement du langage », ajoute la chercheuse.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Tania Tremblay, chercheuse associée à l’équipe Qualité des contextes éducatifs de la petite enfance à l’UQAM

Malheureusement, regarder une chaîne destinée aux enfants (dont le contenu est plus souvent du divertissement) a plus de répercussions. « Là, c’est très clair : quand l’enfant regarde une chaîne spécialisée, ça nuit à sa compréhension verbale, tranche Tania Tremblay. Ça perturbe vraiment le développement du langage. »

Aussi des difficultés pragmatiques

Aussi, plus les enfants regardent des émissions de divertissement à 7 ans, plus grandes sont leurs difficultés pragmatiques. Qu’est-ce que cela veut dire ? Qu’ils tiennent moins compte du contexte de communication, sont moins sensibles à leurs interlocuteurs, ont moins de contacts visuels avec les autres, respectent moins les tours de parole, saisissent moins bien l’ironie, etc.

Fait à noter – cela peut paraître contre-intuitif –, plus le revenu d’une famille est faible et plus ses enfants ont accès à une chaîne spécialisée. Par contre, Tania Tremblay a « contrôlé statistiquement » le statut socioéconomique des enfants de l’étude, pour être certaine « que la plus faible compréhension ne soit pas due au statut socioéconomique, mais bien à l’accès aux chaînes spécialisées et destinées aux enfants », précise-t-elle.

Explications

Comment expliquer que la télé, même éducative, ne soit pas un bon professeur de langue ? « La télévision ne va jamais offrir des conditions aussi propices au développement du langage que les interactions sociales ou les activités de littératie, répond Tania Tremblay. Le temps que l’enfant passe devant la télévision ou l’ordinateur le prive d’interactions avec son entourage et d’activités comme la lecture. Ce sont ces deux activités qui sont essentielles au développement du langage. »

Cette recherche a été subventionnée par le Fonds de recherche du Québec – Santé (FRQS) et par le Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH) du Canada.

Recommandations

Que faire, si on n’ose pas lancer tablettes et téléviseurs dans un banc de neige (à ne pas essayer à la maison, c’est nocif pour l’environnement) ? « Ce qu’on peut dire aux parents, c’est de respecter les recommandations des instances en santé publique », conseille Tania Tremblay.

La Société canadienne de pédiatrie recommande que les bébés de moins de 2 ans évitent tous les écrans et que le temps d’écran soit réduit à moins d’une heure par jour pour les enfants de 2 à 5 ans. Ensuite, les parents doivent limiter le temps d’écran et s’assurer d’être présents et de participer lorsque les enfants et adolescents utilisent des écrans. Si vous n’avez toujours pas pris de résolution en ce début d’année, voilà qui devrait vous donner des pistes…