Tant de bouleversements ont eu lieu cette année… mais il en faudra plus pour enrayer les traditions culinaires des Fêtes des familles québécoises. Nous vous en présentons cinq qui ont dû faire face à des défis organisationnels, tout en conservant ou adaptant leurs saveurs habituelles.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Cette année, chez les Charest-Savoie, Noël sonnera une trêve bien particulière. En temps normal, la famille se sépare en deux clans culinaires : les « traditionalistes », attachés à la dinde et aux bûches classiques, et les « explorateurs », prêts à tester de nouvelles recettes délicieuses. Mais en cette année pas comme les autres, c’est drapeau blanc sur les nappes blanches, et personne n’ira aux fourneaux ; un restaurateur local jouera le rôle de médiateur.

N’allez pas imaginer non plus qu’il y a de la chicane dans cette cabane, où au moins 16 personnes sont habituellement réunies. L’opposition entre les deux factions s’opère, bien sûr, dans la bonne humeur, le joyeux clivage remontant à une dizaine d’années. « Ça a commencé au moment où mes enfants ont donné leur opinion, donc assez très tôt ! », dit en s’esclaffant Mimi Charest, coordonnatrice en chef du repas annuel.

Un accord avait ainsi été conclu, sous la forme d’une alternance entre les styles de repas, un Noël sur deux. Ce qui n’empêche pas le maraudage. « On déploie des efforts incroyables avec mon fils pour aller chercher des partisans qui seraient tentés de passer de notre côté », ajoute Mme Charest, fière membre des « explorateurs ».

De toute façon, les deux options restent alléchantes. Quand le tour des « traditionalistes » vient, la dinde reprend son trône sur la table, apprêtée de diverses manières (aux marrons, ou encore farcie et aux oignons rouges). En entrée, on navigue entre le potage à la courge, les crèmes à l’échalote et les terrines ; quant aux desserts, c’est soit une marquise au chocolat, soit une bûche préparée par le mari de Mimi Charest.

MENU FOURNI PAR LA FAMILLE CHAREST-SAVOIE

Le menu mis au point par les « explorateurs » en 2014. Comme vous pouvez le constater, la famille ne manque pas d’idées… ni d’humour !

Les « explorateurs » ne sont pas en reste. Pour le plat principal, on a déjà vu défiler un faisan basquaise, un ris de veau aux morilles ou un poulet de Cornouailles. Les entrées ? Tataki de bœuf au mirin et huile de sésame, dattes au mascarpone et à la pancetta, foie gras poêlé sur réduction de jus d’orange et porto, et on en passe. Et pour le dessert, on a servi un tiramisu décadent et tant d’autres saveurs sucrées d’ailleurs.

Une pause et un soutien

En 2020, ç’aurait dû être au tour des « explorateurs » de s’installer aux fourneaux. Mais cette année, on s’en doute, a marqué un hiatus dans le cycle des clans. Avec les restrictions gouvernementales, toute la logistique habituelle s’en est trouvée compromise.

Pour les Charest-Savoie, ce fut le signe qu’une pause était nécessaire, mais la famille était bien déterminée à trouver des solutions de rechange imaginatives pour sauver Noël, quitte à le vivre en foyers éclatés. Mimi Charest a jugé l’occasion idéale pour offrir un appui à un restaurateur local, tout en donnant congé aux convives participants. Elle a ainsi demandé au chef de Nourri au beurre, un établissement de Boucherville, de lui proposer un menu des Fêtes.

On aime beaucoup ce jeune chef. Moi, ça me touche de voir toute cette énergie-là, ces jeunes restaurateurs passionnés se débattre comme des diables dans l’eau bénite pour survivre dans ce contexte. Alors, cette année, nous avons décidé d’en adopter un.

Mimi Charest

Et même si les préparatifs culinaires habituels, bien qu’exigeant une organisation quasi militaire et une répartition des tâches bien précise entre les membres de la famille, restent généralement un plaisir immense pour les Charest-Savoie, leur annulation a quand même enlevé un poids sur des épaules déjà bien chargées.

« Deux de nos trois enfants travaillent en milieu hospitalier. Avec leurs conjointes et conjoints, ils travaillent sans relâche depuis le début de la pandémie, alors ils vont être épuisés dans le temps des Fêtes. On ne demande à personne de cuisiner cette année, c’est congé pour tout le monde », a tranché Mme Charest.

Au menu de ce repas de chef étaient prévus trois services réconfortants, où l’on retrouve entre autres un torchon de foie gras brûlé avec chutney de canneberges, une crème de courge musquée, un poulet au grain farci de bacon ou de volaille au cheddar, avec pommes de terre au gras de canard et légumes rôtis, ainsi qu’une tarte au sucre aux pets-de-sœur en dessert.

De quoi réconcilier les deux clans, au moins pour cette année, même s'ils furent contraints de se régaler chacun dans diverses «bulles familiales» éclatées…