« Annuler » Noël aurait eu des conséquences très sérieuses sur les plans social et psychologique.

Sylvain Sarrazin Sylvain Sarrazin
La Presse

Alors que de grands sacrifices, notamment scolaires, ont été faits sur l’autel de la COVID-19 en 2020, épargner autant que possible le temps des Fêtes semble particulièrement important, tant pour les familles que pour les autorités. Pour quelles raisons ? La psychologue Christine Grou nous rappelle l’impact de cette tradition sur notre bien-être social et familial.

Le gouvernement provincial et de nombreuses familles québécoises se débattent comme des diables dans l’eau bénite pour tâcher de sauver la période de Noël, menacée elle aussi par les chamboulements de 2020. Jeudi, le couperet est tombé : après mûre réflexion, les rassemblements de 10 personnes maximum seront autorisés. Le problème paraissait épineux et délicat : on n’allait quand même pas couper Noël comme un vulgaire sapin, si ? C’est que derrière les dindes et les guirlandes se nichent des enjeux sociaux et psychologiques notables.

C’est probablement l’une des traditions collectives les plus fortes, et celles-ci sont assez importantes dans la définition de notre identité.

Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec

Et sachant que l’incertitude vis-à-vis de l’avenir a souvent été pointée comme une source majeure de détresse cette année, Noël peut jouer un rôle de solide bouée. « Ça nous sécurise. Tout au long de notre vie, on évolue, on change de lieu, d’emploi, de conjoint. Mais la tradition, c’est ce qui est stable, à peu près tout au long de notre vie, même si elle se module un peu », avance la Dre Grou, faisant remarquer que l’effet ne se cantonne pas à décembre, puisque l’effervescence de l’anticipation et les projets aux douces senteurs de sapin se profilent dès octobre.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec

Outre qu’il marque la stabilité, il s’agit aussi d’une parenthèse dans notre train de vie frénétique, même en temps normal. « Noël est très associé à la réunion de famille élargie, aux réjouissances, où on s’arrête et on fête. Là, on est particulièrement privés de ça, et depuis particulièrement longtemps. Le répit cet été a été relativement court, d’où l’importance d’avoir un autre moment de répit, surtout que l’hiver s’annonce long », poursuit la psychologue. Il est de surcroît important de voir le verre (de lait de poule) à moitié plein ; par exemple, les préparatifs pourraient être moins longs et complexes que les années précédentes.

Contraintes de se scinder, les grandes familles devront s’adapter aux restrictions annoncées par le gouvernement. Que pense la psychologue du Noël-Zoom ? « Ça dépend des individus. Pour des adultes quadragénaires, c’est une chose. Si on a 85 ans, que l’on ne sait pas combien de Noëls il reste devant nous et que l’on n’est pas forcément à l’aise avec Zoom, c’est une autre chose. Mais un contact par Zoom, ça reste beaucoup mieux que pas de contacts du tout », juge Christine Grou, préconisant la créativité pour maintenir les liens et les gestes de partage, ne serait-ce qu’une boîte de biscuits laissée sur le palier.

Pour elle, il ne faut pas sous-estimer le coût des efforts d’adaptation qu’a entraînés cette année, sur tous les plans, et on doit plus que jamais profiter des vacances du temps des Fêtes pour « trouver refuge et se donner comme objectif d’avoir du répit, du bonheur, de se détendre et de s’amuser ». Certainement le plus beau cadeau que l’on puisse s’offrir cette année.

Noël coûte que coûte

De nombreuses familles québécoises ne resteront pas les bras croisés devant cette pandémie qui s’invite jusque dans leurs tables des festivités. Chez les Charest-Savoie, à Sainte-Julie, on reçoit chaque année 16 convives au bas mot, en plus des survenants de dernière minute. Les cartes sont brouillées cette année, mais la famille a décidé de prendre la situation à bras-le-corps.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Mimi Charest et son mari sont déterminés à sauver les festivités de Noël, extrêmement importantes dans leur famille.

« On sonne déjà le glas de la grande tablée où chacun apporte sa contribution culinaire et se trouve un petit bout de table pour festoyer ensemble. Qu’à cela ne tienne, je suis déterminée à “faire avec” en faisant un pied de nez à la pandémie tout en respectant les restrictions. Nous prévoyons des Noëls en petits groupes », tranche Mimi Charest, impliquée dans l’organisation des réjouissances.

Et voici qu’elle nous sert la créativité et le répit prônés ci-dessus par la psychologue, puisqu’elle fera appel cette année à un chef cuisinier pour préparer le souper, afin de soutenir le secteur de la restauration durement éprouvé, tout en accordant un « congé-popote » aux membres de la famille exténués par 2020. « Comme chez nous Noël est le temps de partager, de penser aux autres et d’ouvrir notre maison, j’ai cherché un moyen de faire vivre ces valeurs, alors même que la COVID-19, qui nous vole beaucoup de beaux moments, nous offre aussi une occasion toute spéciale d’exprimer notre solidarité », explique-t-elle, concluant sur un cri du cœur résonnant dans de multiples foyers de la province : tout pour sauver Noël !