Tests, quarantaines, filtrages frontaliers, inquiétude pour les proches… Avant de se déplacer à l’étranger, on y pense désormais à deux fois. Mais pour certains Québécois, la famille, c’est sacré. En prenant toutes les précautions nécessaires, ils ont bravé les obstacles pour rejoindre les leurs au-delà des frontières. Récits.

Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Portugal : « Peut-être la dernière chance de voir ma grand-mère »

Habituellement, Ismael Neiva effectue une grande tournée familiale dans la région de Minho, dans le nord du Portugal, tous les deux ou trois ans. Cette année, en dépit d’une situation internationale incertaine, il avoue ne pas avoir tergiversé des semaines durant. « J’attendais d’avoir l’opportunité de partir, c’était prévu depuis longtemps. C’est peut-être la dernière chance de voir ma grand-mère, alors je voulais absolument y aller cette année », explique celui qui est arrivé au Québec avec ses parents à l’âge d’un an. Signe de sa détermination : il a même pris son billet dans la demi-heure qui a suivi l’annonce de la reprise des vols par Transat. Il passera donc deux semaines au pays des Œillets, en compagnie de sa conjointe, à la fin du mois d’août.

Même si le Portugal a été relativement épargné par la pandémie et que les modalités d’entrée depuis le Canada sont peu contraignantes, il compte toutefois prendre toutes les précautions possibles pour protéger ses proches et lui-même.

« C’est sûr que j’y ai pensé, je vais prendre le maximum de mesures avec mes grands-parents », explique , lance ce professionnel en marketing et communication.

Je préfère voir ma grand-mère à deux mètres de distance avec un masque que de ne pas la voir et perdre cette chance-là.

Ismael Neiva

Voyageant généralement en mode improvisation, il devra cette fois-ci se plier aux lois de la planification. Au programme, outre la visite de sa famille, assez élargie du côté paternel, il prévoit également une escapade en autocampeur vers le sud de la péninsule ibérique.

Ses frères et ses parents – ces derniers s’y rendent chaque année – ont quant à eux préféré passer leur tour. « Ils sont moins à l’aise avec le risque, mais pour ma part, ça ne me stresse pas. Je n’ai pas vraiment de personne à risque dans mon entourage et je compte prendre toutes les précautions », insiste-t-il.

Tunisie : revoir sa famille… et l’agrandir

PHOTO FOURNIE PAR BAYREM BEN LARBI

Le Montréalais Bayrem Ben Larbi est parti visiter sa famille en Tunisie, notamment pour lui présenter sa fiancée… et demander sa main dans la foulée. Le couple a suivi toutes les consignes imposées aux voyageurs, dont un confinement de six jours et deux tests de dépistage.

Chaque année depuis 12 ans, Bayrem Ben Larbi fait un saut estival à Tunis pour retrouver les membres de sa famille. Jadis étudiant étranger au Québec, aujourd’hui professionnel dans le secteur bancaire et citoyen canadien, il passe habituellement deux ou trois semaines auprès des siens. En cette année très particulière, il fut d’abord hésitant à partir, mais au moins trois histoires de cœur ont pesé dans la balance : les fiançailles de sa sœur, le mariage de l’un de ses meilleurs amis – qui insistait pour l’avoir à ses côtés – et… sa propre histoire d’amour. En effet, pour la première fois, M. Ben Larbi allait visiter sa famille avec à son bras sa fiancée, une Québécoise d’origine marocaine.

Elle ne connaissait pas ma famille, il fallait qu’elle la voie et je me suis dit que, tant qu’à y être, autant faire d’une pierre deux coups et la demander en mariage !

Bayrem Ben Larbi

Les choses se sont passées à merveille. D’une part, sa fiancée lui a dit oui (« heureusement ! », rit-il) devant un magnifique coucher de soleil sur l’île de Djerba. D’autre part, le voyage depuis Montréal s’est déroulé sans anxiété ni accrocs. Les voyageurs en provenance du Canada doivent subir un test de dépistage de la COVID-19 72 heures avant le départ, puis, une fois à destination, ont le choix de passer 14 jours en quarantaine ou bien de rester confinés 6 jours avant de repasser un test. « On était un peu hésitants parce qu’il fallait sacrifier au moins une semaine de vacances, mais j’ose estimer qu’on est un peu privilégiés, puisque nous sommes restés dans notre maison de vacances avec ma fiancée, confinés avec piscine et soleil », reconnaît-il.

M. Ben Larbi s’avouait tout de même confiant, la crise ayant été bien gérée par les autorités tunisiennes. « Tout le monde avait un peu peur pour tout le monde, mais cela a été bien contrôlé dès le début et le pays reste toujours à l’affût », dit-il, précisant que leur température et leur adresse à Tunis ont été prises à l’aéroport. Le futur mariage, dont la date n’a pas encore été fixée, mais qui pourrait avoir lieu à Montréal l’an prochain, sera l’occasion de nouvelles retrouvailles familiales, dans un contexte que l’on souhaite moins épineux.

Un besoin affectif depuis la Suisse

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

Ariane Bernier et ses trois enfants, qui habitent en Suisse, ont visité leur famille au Québec cet été.

Il y a certes les Québécois partis retrouver leur famille à l’étranger, mais aussi les expatriés qui reviennent au Québec saluer leurs proches. C’est le cas d’Ariane Bernier, établie en Suisse depuis 17 ans avec son conjoint et leurs trois enfants. Chaque été, elle vient retrouver sa mère à Brossard ainsi que sa fratrie, ses oncles, ses tantes et ses nièces, le temps d’une parenthèse estivale.

Dès janvier, elle avait mis la main sur des billets abordables en prévision de son séjour au Québec pour 2020. Puis est arrivé ce que l’on sait. « On a évalué la situation. J’ai appelé le gouvernement, qui nous a confirmé que nous avions tous le droit de venir. Ce qui nous posait problème, c’était plutôt la quarantaine de deux semaines », raconte-t-elle.

Considérant les risques a priori minimes, la Confédération helvétique ayant efficacement maîtrisé l’épidémie, et le fait que toutes les options de prévention ont été respectées, Mme Bernier a finalement décidé de maintenir ce voyage avec ses enfants, prévu dès la mi-juillet. Priver sa mère de leur visite aurait causé beaucoup de tort.

Elle ne nous voit pas de l’année. Si on n’était pas venus, ça aurait été très difficile pour elle.

Ariane Bernier

Mme Bernier en a aussi discuté avec sa maman pour s’assurer qu’elle soit à l’aise.

Son mari a cependant passé son tour au dernier moment, refroidi par la procédure de quarantaine de deux semaines et l’éventualité d’une seconde quarantaine au retour. Un contexte anxiogène pour leurs enfants, âgés de 12, 10 et 5 ans ? Pas vraiment. « On les a tenus au courant de la situation, on leur disait que le départ était incertain. Mais ils étaient plus inquiets qu’on ne vienne pas au Québec que d’autre chose ! », relate leur mère.

Confinée dans la maison de banlieue, heureuse de se retrouver réunie, la famille a toutefois passé un début de vacances légèrement terni. « Il a beau y avoir une piscine, on a trouvé la quarantaine un peu longue… », lâche-t-elle d’un ton doux-amer. Pour les « divertir », il y eut quand même quelques appels de contrôle du gouvernement fédéral. Malgré ses demandes répétées, impossible de parler à un agent en français, déplore Mme Bernier. Mais cela est une autre histoire ; l’important, c’est de pouvoir se parler en famille, se rencontrer en personne.