Valentina Mennesson et sa sœur Fiorella sont nées en Californie, en 2000. Elles ont ensuite été élevées en France, par leurs parents. Comme leur mère n’a pas d’utérus, les jumelles ont vu le jour grâce au recours légal à une mère porteuse. Dans Moi, Valentina, née par GPA, publié chez Michalon, la jeune femme aujourd’hui âgée de 19 ans témoigne. « Pour mettre des visages sur la gestation pour autrui (GPA) », dit-elle. La Presse l’a jointe à Londres, où elle étudie.

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Vous avez toujours su que vous étiez née grâce à la gestation pour autrui (GPA) ?

Oui, je l’ai toujours su. Mes parents ont toujours essayé de me faire comprendre — même en simplifiant par des gestes — que ma mère ne m’avait pas portée, mais que c’était ma mère. Et que la femme qui m’avait portée n’était pas ma mère. En grandissant, j’ai eu plus de détails techniques. Dans le fond, je l’ai toujours su. Ma mère ne m’a jamais dit : « Faut qu’on parle. » Pour moi, c’est super important. Parce qu’à partir du moment où on cache quelque chose, c’est comme si on se reprochait quelque chose. En fait, il n’y a rien de mal à se reprocher, puisque ce n’est pas mal d’avoir recours à la GPA.

Vous avez le sentiment qu’on veut vous faire dire que vous avez vécu un traumatisme, alors que ce n’est pas vrai ?

PHOTO BERTRAND GUAY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Dominique et Sylvie Mennesson, les parents de Valentina et de Fiorella, devant la Cour européenne des droits de l’homme en 2014. La France avait été condamnée pour avoir refusé de reconnaître les jumelles nées d’une mère porteuse aux États-Unis.

Oui. On essaie tout le temps de me faire dire que j’ai vécu quelque chose de difficile. Pour moi, ce n’est pas le cas. Le fait d’être née par GPA n’a rien changé à ma vie.

Vous n’avez jamais remis en question le fait que vos parents étaient vos parents, même fâchée, adolescente, alors que tout le monde dit des conneries ?

Oui, ça arrive de dire des conneries, mais je n’ai jamais dit celle-là, parce qu’elle ne m’est jamais venue à l’esprit. D’ailleurs, c’était la peur de ma mère et ce n’est jamais arrivé. [Le père des jumelles a fourni les gamètes et est donc leur père biologique.]

Vous considérez votre mère comme votre mère, votre gestatrice comme votre gestatrice et votre donneuse d’ovocytes comme votre donneuse d’ovocytes. Vous les connaissez ?

Oui. La donneuse d’ovocytes était une amie de ma mère, avant même que je naisse. Elle est encore dans ma vie. Je la vois à peu près une fois par an. Je connais bien ma gestatrice, parce que je la vois chaque fois que je vais aux États-Unis. Mes parents sont en très bons termes avec elle. Ils sont très reconnaissants de ce qu’elle a fait. Ils sont restés en contact.

PHOTO TIRÉE DU SITE INTERNET DE MICHALON

Moi, Valentina, née par GPA, de Valentina Mennesson, éditions Michalon.

Mary, votre gestatrice, est elle-même la fille adoptive d’une mère qui souffrait d’infertilité. On comprend qu’elle ait voulu aider un couple à fonder une famille. D’autres femmes deviennent mères porteuses pour gagner de l’argent, qu’en pensez vous ?

Pour moi, il y a deux types de GPA. Il y a la GPA industrialisée, comme on peut la voir en Ukraine ou en Inde [la pratique est désormais interdite pour les couples étrangers en Inde]. Ce sont des femmes qui ont besoin d’argent, qui sont dans des situations difficiles. Je suis totalement d’accord que ce n’est pas éthique, c’est juste pour l’argent. Aux États-Unis, c’est très régularisé. Une femme qui propose d’être gestatrice ne peut pas être en difficulté économique. L’agence doit s’assurer qu’elle a déjà un enfant et qu’elle n’a pas besoin d’argent pour sa famille.

Porter un enfant pour autrui, vous envisagez de le faire un jour ?

Pour l’instant, je n’ai même pas eu mon premier enfant. Du coup, je ne sais pas ce que ça fait d’être enceinte… La plupart des femmes gestatrices, elles aiment le fait d’être enceintes. Je pense que c’est une question que je me poserai plus tard.

La Cour de cassation française vient de reconnaître la filiation entre vos parents, votre sœur et vous, après 19 ans de batailles judiciaires ?

Oui. Aux yeux de la loi, j’ai enfin des parents. C’est quand même bien.

Témoignage essentiel

Valentina Mennesson se décrit comme « une jeune fille comme les autres », qui a la particularité d’être née grâce à la gestation pour autrui (GPA). Un fait qui n’a jamais troublé ses amis, mais qui déchire les Français. Le collectif La Manif pour tous associe les enfants nés par GPA à une marchandise résultant d’un esclavagisme, ce qui a poussé Valentina à témoigner. Bien que son ton soit parfois naïf (notamment quand elle affirme qu’une mère porteuse est toujours heureuse de rendre le bébé qu’elle a porté à ses parents), la jeune femme offre un témoignage essentiel, dans un débat qui écarte souvent les principaux concernés.

*Les propos de Valentina Mennesson ont été édités en raison d’un espace limité.