« L’Halloween est la seule soirée de l’année où une fille peut s’habiller comme une vraie dévergondée sans qu’aucune autre fille dise quoi que ce soit. »

Catherine Handfield
Catherine Handfield La Presse

Dans le film Mean Girls, sorti en 2004, le personnage interprété par Lindsay Lohan fait cette réflexion en arrivant à un party d’Halloween. Elle s’est déguisée en zombie « ex-femme », avec une robe de mariée et de fausses dents, tandis que les autres adolescentes ont toutes revêtu des costumes dignes de l’univers de Playboy. Oups. La pauvre Cady ne connaissait pas la slut rule – la règle de la dévergondée.

Quinze ans plus tard, les déguisements d’Halloween destinés aux femmes sont-ils toujours aussi révélateurs ?

Cette semaine, un ami a publié sur les réseaux sociaux des photos prises dans un magasin d’Halloween du Plateau Mont-Royal qui tendent à démontrer que rien n’a changé. Du côté des hommes, des habits de médecin, de chevalier, de prisonnier, de matelot. Du côté des femmes, des lutins sexy, des prisonnières sexy, des infirmières sexy, même des charpentières sexy.

  • La boutique Halloween Party Centre propose de nombreux costumes révélateurs.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    La boutique Halloween Party Centre propose de nombreux costumes révélateurs.

  • La policière sexy côtoie le chaperon rouge sexy.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    La policière sexy côtoie le chaperon rouge sexy.

  • La déesse égyptienne et l’aide ménagère, versions coquines

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    La déesse égyptienne et l’aide ménagère, versions coquines

  • Un étalage à la boutique Halloween Party Centre

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Un étalage à la boutique Halloween Party Centre

  • La section des hommes

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    La section des hommes

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Sur place, au magasin Halloween Party Centre, on constate en effet qu’une bonne proportion des costumes dans la section des femmes sont très révélateurs. Selon le gérant, Mohamed Moutaoukil, il s’agit surtout du stock non vendu de l’an dernier. « Les sorcières et les zombies sont les plus populaires », assure-t-il.

Un regain d’intérêt ?

Ce ne sont pas les détaillants, mais bien les grands manufacturiers américains qui guident les tendances. Certains, comme Rubies, proposent des costumes pour femmes diversifiés. D’autres, comme Leg Avenue, font des costumes sexy leur marque de commerce.

Au Québec, l’appétit pour les costumes révélateurs a diminué au cours des cinq dernières années, indique-t-on chez Oya Costumes et au groupe Party Expert, deux entreprises québécoises.

La présidente du groupe Party Expert, Lynda Bouvier, sent néanmoins un regain d’intérêt cette année, tant chez les clientes que du côté des fournisseurs. « Les costumes produits à la dernière minute étaient tous sexy, dit-elle. On a embarqué, mais avec des frissons, parce que ça fait quelques années que les filles ne veulent pas être trop découvertes. Mais non, elles veulent être découvertes, elles veulent être belles, elles veulent être sexy. Et il n’y a pas de mal là-dedans. » Lynda Bouvier attribue cet engouement aux réseaux sociaux, mais aussi à la pandémie. « Les gens veulent sortir et s’amuser », résume-t-elle.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Jérémy Chénier et Maude Pilon Lauzon magasinent un costume.

À la succursale de Party Expert du Marché central, Maude Pilon Lauzon arpentait les rangées avec son amoureux Jérémy Chénier, à la recherche du costume parfait pour un souper entre amis. À vue de nez, environ la moitié des costumes pour femmes étaient révélateurs : soit moulants, soit très courts ou décolletés. « Tout est super sexualisé, a dit en soupirant Maude en regardant les habits de Batgirl en minijupe et de poupée “Chucky sexy". Dans la section des gars, on ne trouve pas ça. »

Annie Viau, pour sa part, cherchait un costume comique pour porter dans la résidence pour personnes âgées où elle travaille. Sexy ou pas, ça lui est égal. « Avec un bon collant, il y a toujours moyen de moyenner », a souligné la cuisinière avant de jeter son dévolu sur un costume de sorcière.

Choix ou hypersexualisation ?

Chez Oya Costumes, une boutique en ligne, on ne sent pas d’intérêt grandissant pour les costumes sexy cette année. Ils représentent une beaucoup plus petite portion des ventes qu’il y a 10 ans, indique la présidente de l’entreprise, Faten Hodroge. Ils ne sont pas particulièrement mis en valeur sur son site internet.

« Ce sont les jeunes qui voulaient le super sexy ; ça a évolué et on en est bien contents », dit Mme Hodroge. Selon elle, la femme ne veut plus être hypersexualisée.

On le voit dans des films, on le voit dans la mode. On peut être super belles et attrayantes sans avoir à tout montrer.

Faten Hodrog, présidente d’Oya Costumes

La sexologue Laurence Desjardins jette un regard critique sur les manufacturiers de ces costumes révélateurs et sur la promotion qui les entoure. Ils ne sont destinés qu’aux femmes, souligne-t-elle, et ils véhiculent une façon unique d’être sexy. Laurence Desjardins se questionne aussi sur la manie des manufacturiers de produire des versions sexy de tous les costumes possibles et imaginables. Métiers, personnages pour enfant, combinaison de la série Squid Games : tout y passe.

« Le distributeur répond à la demande, mais à la base, qui a demandé de fabriquer un costume du poisson Nemo en version sexy ? ‟SVP, mettez-moi un croisement entre l’image stéréotypée d’une porn star et d’un personnage pour enfant. ” On va faire de l’argent en vendant du sexe. Et c’est de l’hypersexualisation à l’état pur. »

PHOTO JOËLLE LUPIEN, FOURNIE PAR LAURENCE DESJARDINS

La sexologue Laurence Desjardins

Quand les fillettes vont magasiner avec leurs parents, souligne-t-elle, elles reçoivent le message que leurs options de costumes à elles « sont en talons hauts avec des bas en résille ». « Est-ce que c’est notre consentement, notre désir ? Ou est-ce un désir un peu acquis à travers une culture globale ? »

Lynda Bouvier, du groupe Party Expert, convient que des jeunes filles veulent aussi porter des costumes sexy. Elle comprend que ça ne fait pas l’affaire des parents, « avec raison ». « On leur suggère de mettre des collants en dessous et un tutu pour rendre le costume plus acceptable », dit-elle.

Laurence Desjardins ne juge pas les jeunes femmes qui veulent porter des costumes très révélateurs. Faten Hodroge non plus, d’ailleurs. « L’Halloween, c’est une journée pour faire ce qu’on veut faire, souligne cette dernière. Si c’est ce que vous voulez, allez-y ! »