Bien des couples se sont séparés dans la foulée de la pandémie, mais heureusement, la grande majorité ont tenu le coup. Et les amoureux qui ont traversé cette épreuve ensemble peuvent en sortir encore plus unis, croit Yvon Dallaire, psychologue et auteur spécialisé en relations conjugales sa spécialité. Entrevue.

Catherine Handfield
Catherine Handfield La Presse

Q. Parlons d’abord séparation. Les statistiques officielles ne sont pas encore disponibles, mais les avocats et les médiateurs rapportent une hausse importante des cas de divorce et de séparation dans la foulée de la pandémie. En quoi le contexte pandémique peut-il être difficile en amour ?

R. Pour les couples qui avaient déjà des tensions, des conflits et du stress, c’est sûr que la pandémie est venue exacerber ces tensions-là. Avant, on était au bureau 8 heures par jour ; on pouvait s’éloigner de sa source de stress. Alors que là, ceux qui font du télétravail sont 24 heures sur 24 avec l’autre, et on ajoute à cela les enfants, qui sont aussi une source de stress. C’est compréhensible que les avocats constatent une augmentation des taux de divorces.

Q. Le stress lié à la pandémie n’a pas dû aider non plus…

R. La pandémie est venue exacerber les six grandes sources de conflit dans un couple, dont l’argent. Si un des deux a perdu son travail, c’est sûr que ça crée un problème. Il y a aussi l’éducation des enfants, les relations avec les belles-familles, les tâches ménagères, la séparation entre le travail et la vie privée, et la sexualité.

Q. Évidemment et heureusement, la majorité des amoureux sont restés en couple. Qu’est-ce qu’ils avaient pour bien traverser cette crise, ensemble ?

R. Probablement qu’ils avaient déjà une bonne entente et qu’ils avaient déjà négocié des ententes à double gagnant sur les sources de problème insoluble, comme l’éducation des enfants. Parmi les couples qui avaient une plus grande harmonie, certains ont même pu vivre une deuxième lune de miel, parce qu’ils ont eu plus de temps à passer ensemble et qu’ils ont pu faire plus d’activités ensemble et en famille. […] Les couples heureux qui ont survécu au confinement se sont quand même réservé du temps personnel, dans un espace personnel.

Q. Est-ce que la pandémie peut avoir solidifié des unions ? Est-ce que des couples s’en sortent plus fort ?

R. Oui. Le couple se construit à travers les moments critiques, à travers les crises. Beaucoup de gens pensent que l’amour et la passion, c’est synonyme, mais ça ne l’est pas. La passion, c’est au début. L’amour, c’est ce qui va se construire au fur et à mesure qu’on découvre qui est réellement l’autre et au fur et à mesure qu’on passe au travers des moments difficiles. La pandémie, c’est un moment difficile. Toute crise surmontée renforce le couple pour la prochaine crise, surtout si on voit la pandémie comme un ennemi commun.

Q. Après pratiquement un an de restrictions, l’heure est au déconfinement. Comment négocier cette nouvelle étape pour que tout se fasse en harmonie dans le couple ?

R. Les couples heureux ont toujours des projets en cours, à court, moyen et long terme. Le fait de se projeter dans un avenir agréable augmente la confiance et l’amour réciproque, surtout si les projets qu’on a se réalisent. Ça peut être de retourner à son restaurant préféré, où on a vécu des moments très agréables par le passé, ou de repartir en voyage, par exemple. Justement, avant de vous parler, j’ai rencontré un couple, à Paris, qui part deux mois en vacances et qui me consultait parce que la tension avait augmenté entre les deux. Et je leur ai dit ceci. Dans un couple, il y a toujours quatre personnes : deux amants intimes et deux ennemis intimes. Avant de partir en voyage, assurez-vous de laisser les deux ennemis intimes à Paris. Les couples heureux, ce sont deux amants qui réussissent à contenir les deux ennemis. La réalité d’un couple, ce n’est pas je t’aime OU je t’en veux. C’est je t’aime ET je t’en veux.