« Cette semaine, je me suis dit : je pense que je suis habitué. »

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

À l’émission La soirée est (encore) jeune, dernièrement, le chroniqueur Olivier Niquet a fait cette réflexion au cours d’un échange sur le confinement. Une réflexion qui a sans doute résonné chez une part de ses auditeurs.

Oui, plusieurs n’en peuvent plus des mesures de confinement, plusieurs en souffrent, même, mais d’autres ont fini par s’adapter à cette nouvelle normalité et à la rendre relativement confortable. C’est le cas d’Olivier Niquet, que nous avons joint.

« Je suis d’un tempérament plutôt introverti et, dès le début, je n’ai pas trop souffert des confinements, a-t-il précisé d’emblée. C’est juste que là, on dirait que c’est normal et que je ne me pose plus trop de questions sur la façon d’adapter ma vie à tout ça. »

Au début, « comme tout le monde », le confinement l’a « fait ch*** ». Ce qui lui manque le plus ? Le hockey — le sien et celui de ses fils — et les soupers entre amis. Il se rabat aujourd’hui sur des entraînements à la maison, de la marche, de la course et des soirées télé en famille.

Ressent-il encore un pincement au cœur, le vendredi soir ? « Non, parce qu’on ne s’attend plus à faire quelque chose d’extraordinaire la fin de semaine », dit-il.

Quand on n’a plus vraiment d’attentes, c’est plus difficile d’être déçu.

Olivier Niquet

Olivier Niquet se considère comme chanceux d’être entouré par sa famille et de voir des collègues sur une base régulière. « Pour les gens seuls, ça doit être une tout autre réalité. »

Un peu « sauvage »

Diane Beaudry est préretraitée et elle vit seule, à Saint-Bruno-de-Montarville. La pandémie l’a privée de presque toutes les activités qui rythmaient sa routine : ses dîners entre copines, ses sorties au cinéma et au centre culturel, ses visites à son cheval à l’écurie (qui ont pu reprendre en mai) et, surtout, ses journées avec ses petits-enfants.

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Diane Beaudry a trouvé son erre d’aller en confinement.

Malgré tout, Diane le constate : même si ça lui semble « contre nature », elle s’est habituée au confinement. Elle fait des petites tâches à la maison, marche avec une amie, cuisine pour ses filles. Diane a aussi accepté avec bonheur un contrat d’accompagnement d’un jeune homme présentant une déficience légère qui apprend à monter à cheval. Elle s’est découvert une passion pour le Scrabble en ligne.

« Je m’en viens un peu sauvage, confie la sexagénaire en riant. Des fois, quand j’ai un FaceTime à 17 h, je me dis : “Ah, une obligation. Diane, ressaisis-toi, voyons donc !” »

La seule chose à laquelle elle ne s’habitue pas, c’est de ne pas pouvoir garder ses petits-enfants. « Mon Dieu que j’aimerais offrir à mes filles deux dodos tranquilles… », dit Diane Beaudry, qui a hâte, tout de même, de retrouver sa vie d’avant.

Adaptation ou résignation

Quand on ressent moins de tristesse ou de frustration à l’idée d’être séparés de nos proches et privés des activités qu’on aime, ou quand on attend le déconfinement avec moins d’urgence, est-ce bon ou mauvais signe ? Ça dépend, répond Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec.

« C’est bon signe quand c’est signe qu’on s’est adapté, qu’on a développé d’autres plaisirs et façons de faire, estime-t-elle. La pandémie a été aussi une période de prise de conscience du rythme de vie qu’on avait. »

À l’opposé, « c’est moins bon signe quand c’est de la résignation », enchaîne Christine Grou. En psychologie, le concept d’impuissance acquise est associé aux gens qui ont cessé d’espérer après avoir été privés de contrôle longtemps.

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Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues du Québec

Les gens s’adaptent, mais ils perdent le sentiment qu’ils sont capables de combattre, de faire quelque chose.

Christine Grou

Les personnes qui ont perdu une vie d’efforts et d’investissements dans la pandémie sont sans doute davantage dans la résignation que dans le bonheur, dit-elle.

Directrice du Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, Sonia Lupien rappelle que le propre de la nature humaine, c’est de s’adapter, et qu’on le fait toujours pour une bonne raison. Elle évoque différentes hypothèses pour expliquer l’adaptation au confinement, dont l’adaptation au stresseur que représente la pandémie (qui devrait cependant être accompagnée d’une augmentation des colères spontanées) et un effet d’entraînement qu’elle compare à une locomotive.

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Sonia Lupien, directrice du Centre d’études sur le stress humain de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal

« Une locomotive, c’est long à partir, illustre-t-elle. Avant la pandémie, la locomotive roulait à 150 km/h. Et elle s’est arrêtée. Quand la locomotive roulait à 150 km/h, c’était peut-être plus frustrant d’arrêter que maintenant qu’elle est stationnée dans la cour du CN. Pourquoi je me mettrais à courir quand tout le monde est assis ? »

« Si l’effet de la locomotive est vrai, quand on va vivre le grand déconfinement, ce n’est pas vrai qu’un mois plus tard, on va être revenus où on était », prévoit Sonia Lupien.

Pour ceux qui ont trouvé un confort, le retour à la normale impliquera une autre période d’adaptation, croit aussi Christine Grou. « Ça va être difficile, par exemple, de se réadapter au stress de se préparer le matin, d’affronter le trafic, d’arriver à l’heure le matin, dit-elle. La seule chose qu’on peut souhaiter, c’est que la majorité des gens qui en voient certains bienfaits puissent garder le meilleur de ce qu’ils ont appris en pandémie et de se débarrasser du pire. »

Olivier Niquet appréhende quelques difficultés de réadaptation au début, « comme ne plus avoir d’excuse pour refuser des invitations et devoir se lever à 6 h un samedi pour le hockey des enfants ». « Mais je pense que ça sera vite compensé par le plaisir de retrouver une vie normale », croit-il.