Il y a huit ans, la petite-fille de Lise Chagnon a frôlé la mort. À la suite de cet évènement, la grand-mère s’est donné la mission d’amasser des fonds pour les enfants malades. Sa méthode : vendre des milliers de livres usagés.

Publié le 14 févr. 2021
Samuel Larochelle
Samuel Larochelle Collaboration spéciale

Sur le point d’avoir 75 ans, la dame originaire de Longueuil a amassé 22 700 $ en sept ans, grâce aux livres qu’elle vend entre 1 et 10 $ chacun. Elle remet ensuite l’argent à Opération Enfant Soleil. « Les gens des environs savent que je récupère les livres pour une bonne cause, alors ils m’apportent leurs livres usagés, explique Mme Chagnon. J’annonce chaque œuvre et son prix sur Facebook. Les intéressés me font signe, ils viennent les récupérer chez moi ou je leur envoie par la poste à leurs frais. »

La dame investit en moyenne 40 heures par semaine de manière entièrement bénévole. « Je suis toute seule à m’occuper de toutes ces étapes. Ma fille s’occupe des virements Interac et elle vient parfois m’aider à placer les livres. J’en ai tellement ! Quand les gens commencent leur ménage du printemps, j’en reçois pratiquement tous les jours. » Dans son appartement, on retrouve neuf bibliothèques pleines de livres et des bacs remplis dans le couloir.

Après 20 ans à travailler dans une entreprise de sondages téléphoniques, elle a pris sa retraite. Elle était désormais à la recherche d’un projet pour s’occuper. Sans qu’elle s’y attende, un drame familial lui a permis d’en trouver un.

Quand l’une de ses petites-filles a attrapé la varicelle, après tous les enfants de sa garderie, ses parents l’ont gardée à la maison pour qu’elle se remette. Un soir, une plaque rouge est apparue sur son ventre, donnant l’impression qu’elle s’était simplement grattée vigoureusement. Le lendemain, sa peau était très enflée. « Sa mère est allée avec elle chez le pédiatre et celui-ci leur a dit de se rendre sur-le-champ à Sainte-Justine, se souvient-elle. Dès leur arrivée, les médecins l’attendaient. La petite avait la bactérie mangeuse de chair. »

Le plaisir de redonner

Les professionnels de la santé ont sauvé la petite fille, qui a passé 15 jours à l’hôpital. « Quand j’allais la visiter dans sa chambre, je voyais plusieurs machines sur lesquelles était inscrit Don d’Opération Enfant Soleil. Tout de suite, j’ai compris que je venais de trouver mon projet de retraite. »

Elle encourage d’ailleurs tous ceux qui peuvent aider à amasser des sous à en faire autant.

Si chaque parent ou grand-parent dont l’enfant a été sauvé par le système de santé faisait quelque chose, ne serait-ce qu’un peu, ça pourrait aider la recherche.

Lise Chagnon

Elle ajoute que l’activité lui fait grand bien à elle-même. « Quand je reçois les livres, je mets ceux qui m’intéressent dans ma chambre, je les lis et je les offre ensuite. Mes amies me demandent souvent ce que j’ai aimé, pour avoir mes conseils. »

Au cours de la dernière année, la bénévole a réalisé que les bouquins rendaient les acheteurs encore plus heureux qu’avant. « Avec les bibliothèques et les librairies qui ont été fermées durant des semaines, mes livres permettaient aux gens de s’occuper et de s’évader, au lieu de déprimer. J’en connais même certains qui ne lisaient pas beaucoup avant et qui sont maintenant de grands lecteurs ! Il faut simplement faire un pas à la fois. »

L’habitude d’aider

Lise Chagnon offre aussi son écoute à ses proches. « Pratiquement tous les jours, il y a des gens qui m’appellent pour que je leur remonte le moral. Avec la COVID-19, les gens sont démoralisés. Ils ne savent plus quoi faire. Ils ont juste le goût de pleurer et des idées noires. »

Son moral à elle semble bien peu affecté par la pandémie. « Je reste positive en me gardant occupée ! Je pense davantage à rendre service aux gens que je pense au virus. »

Il faut dire que ce réflexe d’entraide est naturel chez elle. « Je suis née dans une grosse famille, alors j’ai l’habitude d’aider autour de moi. Quand mes enfants fréquentaient la petite école, j’allais à la bibliothèque scolaire pour réparer les livres et j’aidais au comptoir familial une fois par semaine. C’est dans ma nature. »