Devinette : « Il y a celui qui passe, le perdu et le bon vieux. » Réponse ? Le temps, évidemment. Voilà un exemple de jeu proposé dans Cerveaux actifs, de Gilles Bergeron, publié aux éditions Bravo ! Alors que bien des gens sont confinés à la maison, ce livre tombe à pic pour ne pas s’isoler idiot – comme on disait « bronzer idiot » à une autre époque, avant le coronavirus…

Marie Allard Marie Allard
La Presse

Ateliers de stimulation cognitive

Spécialiste de la psychologie cognitive et détenteur d’un doctorat de l’Université de Montréal, Gilles Bergeron a fait carrière comme enseignant, chercheur et concepteur de systèmes informatiques. « En parallèle, je suis fanatique de jeu sous toutes ses formes, dit-il. J’en pratique, j’en fais, j’en mange, des jeux. »

Avec sa conjointe Lise Harberc, Gilles Bergeron a mis sur pied le programme d’ateliers de stimulation cognitive Cerveaux actifs. « J’ai rassemblé un tas d’exercices qui font appel à toutes les fonctions cérébrales : la mémoire, l’attention, l’observation, le raisonnement, la capacité qu’on a de se représenter les choses et de manipuler ces représentations pour faire des rotations d’un objet, énumère le spécialiste. Je trouvais ça triste que ça reste seulement à l’usage des participants aux ateliers. »

Succès de vente

Résultat : le livre Cerveaux actifs, riche de 285 jeux variés — et de capsules d’information sur le fonctionnement du cerveau —, a été publié le 19 février. C’est un gros succès. Après un premier tirage de 10 000 exemplaires, il y a eu une réimpression de 14 000 autres.

IMAGE FOURNIE PAR LE GROUPE MODUS

Cerveaux actifs, de Gilles Bergeron, publié aux éditions Bravo !

« Nous prévoyons déjà une deuxième réimpression », indique Camille Marsan, responsable des communications et des stratégies numériques au Groupe Modus (qui comprend les éditions Bravo !). « Notre distributeur nous a indiqué avoir beaucoup de commandes d’Amazon, ce qui indique que les gens commandent beaucoup en ligne », précise-t-elle. Avis aux intéressés : Gilles Bergeron élabore un deuxième tome.

Est-ce que ça fonctionne ?

« N’importe quelle stimulation cérébrale est bénéfique au sens large, répond le Dr Christian Bocti, neurologue et professeur agrégé à l’Université de Sherbrooke, après avoir regardé un résumé de Cerveaux actifs. Si on s’entraîne à faire une tâche particulière, on va s’améliorer dans cette tâche particulière. Le grand défi, c’est la transférabilité des aptitudes acquise à la vie de tous les jours. Notre vie est généralement plus complexe et variée que le type d’exercice cognitif proposé dans ce livre. »

Ce qui donne les meilleurs résultats, « ce sont des jeux sur ordinateur qui sont adaptés à notre niveau de performance et qui représentent un défi significatif », précise le Dr Bocti. Il ne faut pas espérer de miracle. « On parle ici d’amélioration des fonctions cognitives intactes ou encore légèrement atteintes par le vieillissement, mais on n’a jamais fait la preuve que ceci pouvait retarder une maladie dégénérative avec la maladie d’Alzheimer », souligne-t-il.

Avoir du plaisir

« Je ne voudrais pas me lancer dans ce débat-là, à savoir si les jeux ont un effet réel ou plus grand que l’exercice physique ou une autre activité, fait valoir Gilles Bergeron. Je propose des jeux pour avoir du plaisir. Je suis pas mal convaincu que s’amuser à résoudre des problèmes, c’est plus motivant et plus intéressant pour se faire aller le cerveau que se forcer à faire son sudoku chaque jour ou écouter la télévision de manière passive. Maintenant, je ne voudrais pas prétendre que ça va éloigner l’alzheimer ou protéger de quoi que ce soit. Mon message, c’est : amusez-vous donc, pour vous entretenir le cerveau de manière agréable. » Dans les circonstances, se changer les idées est déjà un exploit — si c’est ludique en plus, pourquoi s’en priver ?

Comment garder son cerveau en forme ?

« En plus d’une activité cognitive, conseille le Dr Christian Bocti, il faut pratiquer une activité aérobique régulière, appliquer de façon stricte les recommandations pour la prévention et le traitement de l’hypertension artérielle, réduire sa consommation d’alcool et avoir une alimentation de type méditerranéenne, probablement bénéfique pour le cerveau. »