Les adolescentes du secondaire font moins de sport que leurs camarades masculins. L’une des raisons évoquées ? Leurs seins. D’ailleurs, selon une étude, près de la moitié des filles âgées de 11 à 18 ans mentionnent que leur poitrine influence à la baisse leurs pratiques sportives à l’école.

Maude Goyer
Collaboration spéciale

Publiés dans le Journal of Adolescent Health par des chercheurs anglais, les résultats de cette étude démontrent que 73 % des 2000 adolescentes interrogées sont préoccupées par leurs seins lors de la pratique d’un sport. Parmi les inquiétudes nommées par les jeunes filles : le fait de se changer devant leurs pairs (34 %) et le mouvement de leur poitrine pendant l’activité sportive (38 %). Il faut dire que 50 % d’entre elles ne portent pas de soutien-gorge adapté, comme un soutien-gorge sportif.

« Je ne suis pas du tout surprise ! s’exclame Guylaine Demers, professeure au département d’éducation physique à l’Université Laval. Parler des seins des filles, c’est tabou. Et puis, on ne sait plus où en parler ! Il y a un énorme besoin d’éducation pour les athlètes, les parents, les enseignants d’éducation physique et les entraîneurs. »

Au Québec, selon l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2016-2017, l’écart entre le taux d’activité physique chez les filles et celui chez les garçons est marqué : 22 % des garçons du secondaire pratiquent un sport en dehors de l’école ; ce taux chute à 13 % chez les filles. Celles-ci ont un mode de vie plus sédentaire (36 %) que leurs confrères (31 %).

Ce fossé, Geneviève Leduc, conseillère principale aux programmes chez Fillactive, le constate. « Il y a plusieurs raisons qui expliquent l’inactivité des filles, dit-elle. Leurs expériences antérieures lors de pratiques sportives peuvent jouer, particulièrement si les filles ne viennent pas de familles sportives. Quand tu es toujours choisie en dernier, ta perception change. Tu peux finir par te sentir inadéquate ».

Parmi les autres motifs qui freinent les filles dans leurs élans sportifs, il y a la présence des garçons, le souci de leur apparence après avoir fait du sport et leur relation à leur corps. 

La perception de leur corps change à cet âge. Les jeunes filles peuvent avoir une insatisfaction liée à leur image corporelle, surtout si elle ne correspond pas aux standards des filles qui bougent.

Geneviève Leduc, conseillère principale aux programmes chez Fillactive

Elle cite en exemple l’impact des influenceuses sur les réseaux sociaux. « Elles disent qu’elles viennent de courir 10 km et elles n’ont même pas l’air d’avoir sué ! Je pense que ça peut rebuter les filles ensuite. »

L’autre obstacle dont on parle peu : le développement de la poitrine. « On aime dire que ça ne prend pas d’équipement pour aller courir ou marcher, glisse Mme Leduc, mais on néglige de dire que ça prend un bon soutien-gorge sport. » Elle ajoute que cela n’est pas « obligatoire », le plus important étant que chacune des filles se sente à l’aise de bouger avec aisance, sans se restreindre.

Or, ce n’est pas toujours le cas dans les gymnases des écoles du Québec. « Combien je vois de filles qui courent avec les coudes pliés, appuyés le long du corps avec les avant-bras devant ? », demande Julie Lemay, enseignante d’éducation physique depuis 10 ans à l’école secondaire Armand-Corbeil, à Terrebonne. « Je sais que certaines filles s’en servent comme excuse pour ne pas faire de sport mais pour certaines, il y a un vrai inconfort. Elles ne savent pas comment gérer ça. »

Marie-Eve Bouchard enseigne l’éducation physique aux élèves de secondaire 3 à 5 à l’école L’Odyssée Dominique-Racine, au Saguenay. Elle remarque la même chose : les jeunes filles sont peu outillées, peu équipées et peu informées. « Elles se remontent les bretelles de brassière pendant les cours, ça dérange leur pratique sportive, dit-elle. Je ne crois pas que les parents sont assez conscients de cet aspect, qu’ils saisissent bien les enjeux. Il y a encore beaucoup de gêne entourant ce sujet ! »

Jessica Patricia Lacoste, professeure d’éducation physique depuis 12 ans à l’école primaire Sainte-Bernadette-Soubirous, à Montréal, a pris le taureau par les cornes : elle aborde le début de la puberté et ses impacts sur le sport avec tous ses groupes. 

Je fais des sous-groupes de filles et de garçons. Je suis soutenue par le psychoéducateur et une infirmière. Je ne parle pas que de l’apparition des seins, je parle des règles aussi.

Jessica Patricia Lacoste, professeure d’éducation physique 

L’an passé, devant une élève en manque de ressources, l’enseignante a fait ses recommandations : « J’ai écrit quatre noms de magasins dans l’agenda de la jeune fille pour l’achat de son premier soutien-gorge sportif. »

Guylaine Demers croit que la situation est préoccupante pour les filles, surtout lorsque l’on considère que le sport est reconnu comme étant excellent pour la santé psychologique et physique, pour la santé mentale et le bien-être général.

L’une des solutions, selon Mme Demers, est de mieux former tout l’entourage des jeunes sportives, des professeurs d’éducation physique aux entraîneurs en passant par les animateurs de camps. C’est là la mission d’Égale Action, un organisme dont elle fait partie et qui veut rendre le système sportif québécois équitable et égalitaire.