(Mahahual, Mexique) Le bonheur est rarement facile ou permanent. Qu’à cela ne tienne, cet état de grâce est à la portée de tous, malgré les épreuves de la vie, voire grâce à elles. La Presse rencontre chaque semaine quelqu’un qui semble l’avoir apprivoisé.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

« Alegre, Libre y Apasionado », peut-on lire dans l’intro Facebook d’Adrian « O-Shen » Molina Costa. Celui qui se dit joyeux, libre et passionné s’est rapproché de l’eau pour se rapprocher du bonheur.

Adrian, qui vit au Mexique, a toujours aimé l’eau. Enfant, il passait ses vacances familiales sur le Pacifique, à Zihuatanejo, dans l’État du Guerrero (Acapulco se trouve à quatre heures au sud). Il a pratiqué la natation compétitive, en piscine et en eau libre.

À 19 ans (en 2009), l’homme-poisson s’est intéressé à la plongée. Trois ans plus tard, il a découvert la plongée en apnée (freediving). Dans les deux disciplines, il a obtenu toutes les certifications nécessaires pour devenir instructeur.

Il y avait toutefois un obstacle considérable aux activités aquatiques de notre Triton mexicain : il habitait dans la gigantesque ville de Mexico, en plein centre du pays, à des kilomètres du Pacifique, du golfe et de la mer des Caraïbes. Et, rendu adulte, plutôt que de porter gougounes et wetsuit, il s’est habillé en veston-cravate pour travailler à la Bolsa Mexicana de Valores, principale bourse du Mexique.

« C’était stressant, mais surtout, ça ne me ressemblait pas. Je sentais que je n’étais pas moi-même, dans ce rôle-là », raconte Adrian. Du haut de sa mi-vingtaine, il a eu la maturité et la sensibilité nécessaires pour se rendre compte rapidement de son désenchantement. Sans trop d’attaches, il pouvait assez facilement changer de cap.

À Zihuatanejo, où se trouvait la maison de ses grands-parents paternels, une belle occasion lui a été offerte dans un centre de plongée. Là, il pouvait joindre l’utile à l’agréable. Le Divemaster certifié par PADI a travaillé dans ce centre pendant quelques années.

L’appel du grand bleu

Aussi certifié par AIDA International comme instructeur de plongée en apnée, Adrian a fait le choix de bifurquer vers cette discipline dont la popularité est en croissance. Il a repoussé ses limites jusqu’à atteindre son record personnel de 5 minutes 30 secondes en apnée statique, discipline généralement pratiquée à la surface, sur le ventre, le visage dans l’eau. Il peut aussi nager sous l’eau sur une distance horizontale d’une centaine de mètres (avec palmes) et descendre jusqu’à 50 mètres de profondeur en poids constant, autre discipline du freediving.

L’habitué de la côte Ouest a donc traversé le pays pour s’installer côté Caraïbes, à Mahahual plus précisément. Ce village méconnu est situé à quatre heures et demie au sud de Cancún.

Là-bas, il enseigne le freediving chez Takata, centre de plongée et de recherche en écologie marine où nous avons fait sa connaissance. Les bonnes pratiques mises en place par cette entreprise et ONG fondée par deux Québécois, un Chilien et un Bolivien semblent être en parfaite adéquation avec les valeurs d’Adrian.

Un jour, tandis que nous étions à la recherche d’un écran solaire « écolo » sur le Malecón de Mahahual, nous nous sommes arrêtés à la jolie boutique El Cactus. La propriétaire nous a proposé non pas une bouteille de plastique remplie de crème, mais une grosse pastille jaune, un peu difficile à étendre, mais on ne peut plus naturelle. Qui était le créateur de ce produit inusité sans logo ? Nul autre que notre instructeur d’apnée !

PHOTO FOURNIE PAR ADRIAN MOLINA COSTA

Adrian Molina Costa s’est rapproché de l’eau pour se rapprocher du bonheur.

« L’été dernier, j’étais à Mexico à la suite d’une blessure, pour faire de la physiothérapie, raconte Adrian. En attendant mon rétablissement, j’ai suivi un cours pour apprendre à fabriquer des cosmétiques naturels solides, comme du shampooing, des sels de bain, du savon, du dentifrice, du déodorant et de l’écran solaire, entre autres. »

Une surprise n’attend pas l’autre, avec ce jovial touche-à-tout. On apprend qu’il est aussi le fondateur d’une communauté de cyclisme underground, qu’il a étudié le cinéma, qu’il a fait partie d’un groupe de glam rock, qu’il voyage dès qu’il en a les moyens — il a d’ailleurs passé quelques mois à Vancouver, à Toronto et à Montréal l’été dernier — et qu’il a enseigné les mathématiques aux enfants.

« Mes parents sont tous les deux enseignants. Ça doit être dans mon ADN. » Après une séance de freediving avec lui au superbe Cenote Azul, dans le village voisin de Bacalar, on confirme : Adrian est un excellent pédagogue ! Son rêve est de retourner sur le Pacifique pour ouvrir son propre centre de plongée. Le bonheur l’accompagnera assurément !

Questionnaire du bonheur

Quelle est ta définition du bonheur ?

« Le bonheur, ce n’est pas quelque chose qu’on doit chercher. Le bonheur, il est toujours là, en nous. Il faut juste lui offrir les conditions les plus favorables pour qu’il se manifeste le plus souvent possible. »

Qu’est-ce qui te rend triste ?

« Je ne me sens pas bien quand je ne peux pas faire les choses que j’aime faire et qui me permettent de profiter de la vie. Ça me rend triste aussi de ne pouvoir mettre ce que je vis en commun avec mes amis ou avec ma famille. »

Quel est un des accomplissements dont tu es le plus fier ?

« Ma situation familiale ! Mes parents se sont séparés il y a quelques années. Mon père a une nouvelle copine. J’ai travaillé activement à ce que tout le monde s’entende bien et aujourd’hui, quand j’arrive à l’aéroport de Mexico, ils sont là tous les trois pour me cueillir ! Mon père s’inquiète encore parfois de mes choix de vie et m’offre de l’aide financière, que je refuse systématiquement parce qu’à 29 ans, je me fais un devoir de me débrouiller tout seul ! »

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