Grâce à votre ADN, des entreprises comme Ancestry peuvent vous donner une idée de vos origines. Est-ce à dire qu’il n’est plus nécessaire de potasser de vieux registres poussiéreux pour connaître votre ascendance ? Si vous voulez connaître le nom de vos ancêtres, où ils vivaient, ce qu’ils faisaient, si vous voulez explorer les légendes familiales, la généalogie traditionnelle demeure incontournable.

Marie Tison Marie Tison
La Presse

Marc-André Dénommée, technicien en documentation à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ), raconte une anecdote personnelle au sujet de son ancêtre, originaire de Picardie et arrivé en 1665 à l’île d’Orléans.

« Probablement qu’un test ADN me dirait que j’ai des origines françaises, indique-t-il. Cependant, je peux dire que cet ancêtre était cordier : il faisait des cordes. C’est quand même un détail intéressant qu’on peut découvrir en généalogie conventionnelle, à travers les contrats, les actes de mariage. Mais c’est quelque chose qu’on ne saurait pas avec la généalogie génétique. »

Les entreprises qui offrent des tests d’ADN généalogiques peuvent estimer la provenance d’une personne en comparant ses résultats à ceux qui sont entreposés dans de vastes banques de données.

Plusieurs spécialistes de la généalogie traditionnelle estiment d’ailleurs que la généalogie génétique a sa place.

« Ça donne une espèce de tableau statistique, ça peut permettre de voir qu’on a un ancêtre commun, note François Desjardins, administrateur à l’Institut généalogique Drouin. Mais qui était cette personne-là ? Quel était son nom ? Son occupation ? C’est ça, la limite de la généalogie génétique. »

Pour Daniel Rose, président de la Fédération québécoise des sociétés de généalogie, le test d’ADN est un bon outil pour une recherche primaire.

« Ça nous permet de mieux chercher, ça nous oriente, mais il faut valider le tout, soutient-il. Pour les généalogistes, ce sont les registres et les actes notariés qui sont à la base de la validation. Au Québec, nous sommes chanceux, nous avons encore plus de 80 % des registres existants depuis le début de la colonie qui sont facilement accessibles. »

Un accès facile

Avec la numérisation, on peut avoir accès à de nombreux documents à partir de chez soi moyennant un abonnement, notamment auprès de l’Institut Drouin ou encore par l’entremise d’une société de généalogie. Des documents sur microfilms sont également accessibles à BAnQ, et même des documents originaux, en plus des documents en ligne.

Les gens ont une perception d’élitisme, de surprotection des documents d’archives, alors que la vaste majorité sont disponibles. En temps normal (hors-COVID-19), on peut faire une demande à BAnQ et aller les consulter sur place.

Marc-André Dénommée, technicien en documentation à Bibliothèque et Archives nationales du Québec

Faire son arbre généalogique est plus facile qu’on pense. Les sociétés de généalogie offrent des formations en ligne pour aider les néophytes, et BAnQ a aussi des capsules remplies d’information pour eux.

La procédure peut être très simple. Les registres des mariages mentionnent presque toujours le nom des parents des mariés. On peut alors faire une recherche dans les registres pour retrouver le mariage de ces parents et obtenir ainsi le nom de leurs propres parents. On peut alors remonter jusqu’au premier arrivant de la lignée.

« La majorité des gens qui s’abonnent chez nous ont pour objectif principal de faire l’histoire nominative de leur famille : les noms, les dates, indique François Desjardins, de l’Institut Drouin. Mais il y a des gens qui sont chez nous depuis 10 ans, ils recherchent toujours de l’information sur leur famille. La généalogie, c’est un hobby pour beaucoup, c’est une passion pour certains. »

Retracer l’histoire

Daniel Rose, de la Fédération québécoise des sociétés de généalogie, explique que de plus en plus de gens font de la « micro-histoire », soit l’histoire d’un ancêtre particulier, l’histoire d’une famille. Ils peuvent alors confirmer une légende familiale ou découvrir des faits depuis longtemps oubliés.

PHOTO FOURNIE PAR BANQ

Extrait du registre de la paroisse Notre-Dame en 1761

Il raconte comment il a découvert que sa grand-mère paternelle était née dans l’État de New York. Il a aussi découvert dans des actes notariés que le fils de son ancêtre Noël Rose n’était pas mort en bas âge, comme la famille le supposait. Il n’apparaissait pas dans la maisonnée familiale lors du recensement de 1681 tout simplement parce qu’alors âgé de 14 ans, il avait été placé comme apprenti auprès d’un maître et qu’il habitait donc chez ce dernier.

« J’ai envoyé un message à tout le monde pour faire changer l’arbre généalogique, lance-t-il. Les documents que nous avons, les actes notariés, c’est une mine d’or. »

PHOTO FOURNIE PAR BANQ

Acte notarié de novembre 1657 rédigé par Bénigue Basset, un des plus anciens notaires de Montréal

Certaines anecdotes devront cependant demeurer légendes, parce qu’il n’est pas possible de les prouver à partir des documents disponibles. « Un vieil homme a dit un jour à mon père qu’il avait vu son grand-père (donc, mon arrière-grand-père) donner une volée à Jos Montferrand », s’amuse Daniel Rose.

Certaines découvertes sont plus graves, mais tout aussi intrigantes. Marc-André Dénommée raconte qu’un Américain s’était adressé à BAnQ pour avoir des renseignements sur les circonstances de la mort d’un ancêtre à Montréal en 1893.

« Nous avons trouvé le rapport du coroner et on a découvert qu’il s’était suicidé en sautant par la fenêtre d’un hôtel alors qu’il trompait son épouse. Il était commerçant, il avait amené une dame avec lui à Montréal, raconte M. Dénommée. C’est de toute beauté que de lire ce document, ça permet de jeter un regard sur cette époque-là. »

La généalogie traditionnelle permet donc d’ajouter quelque chose de concret à des statistiques ou à de simples noms.

À l’Institut Drouin et à BAnQ, on voit une augmentation de l’intérêt envers ce type de généalogie, notamment grâce à l’accessibilité que procure la numérisation des documents. « Il y aura toujours un intérêt de la part des gens pour se connecter avec leurs racines, surtout dans un monde plus multiculturel », indique François Desjardins, de l’Institut Drouin.

> Consultez le site de l’Institut Drouin

> Consultez le site de BAnQ 

> Consultez le site de la Fédération québécoise des sociétés de généalogie