Il a traversé le Pacifique Sud en voilier sur le pouce, a participé à la première mission de l’opération The Ocean Cleanup et a rendu visite à des tribus nomades vivant en retrait du monde. Dans Empreinte, ouvrage à mi-chemin entre le récit de voyage et l’essai documentaire, Guillaume Beaudoin raconte un monde bouleversé par la crise environnementale, mais mû par une grande volonté d’action.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Les amateurs de la série Tribal, diffusée le printemps dernier à TV5 (et actuellement en rediffusion), le reconnaîtront peut-être. Ou peut-être pas. L’autre Guillaume, par opposition à Guillaume Dulude, l’animateur de l’émission, était derrière la caméra, sorte de multi-instrumentiste cumulant les fonctions de caméraman, de directeur photo, de pilote de drone et de preneur de son. Quand la caméra roulait, il avait le mandat de se faire le plus discret possible pour faciliter le contact avec les communautés, qui, indique-t-il, n’en étaient toutefois pas à leur premier contact avec des Occidentaux. Mais, une fois le voyant rouge éteint, il discutait, posait des questions, animé par une quête de sens.

C’est le fruit de cette quête qu’il propose dans ce beau livre qui réunit principalement trois des grands projets sur lesquels il a travaillé au cours des dernières années : la traversée du Pacifique Sud, d’île en île, le premier déploiement du dispositif de retrait du plastique dans le Pacifique Nord par l’organisme néerlandais The Ocean Cleanup et la rencontre des dernières tribus nomades d’Afrique et d’Asie dans le cadre du tournage de Tribal.

  • Le directeur photo Guillaume Beaudoin vient de publier le livre Empreinte.

    PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

    Le directeur photo Guillaume Beaudoin vient de publier le livre Empreinte.

  • En 2017, Guillaume Beaudoin a traversé l’océan Pacifique sur le pouce.

    PHOTO GUILLAUME BEAUDOIN, TIRÉE DU LIVRE EMPREINTE

    En 2017, Guillaume Beaudoin a traversé l’océan Pacifique sur le pouce.

  • Vue aérienne du Système 001, déployé par The Ocean Cleanup pour la première fois en 2008

    PHOTO GUILLAUME BEAUDOIN, TIRÉE DU LIVRE EMPREINTE

    Vue aérienne du Système 001, déployé par The Ocean Cleanup pour la première fois en 2008

  • Aussi caméraman sous-marin, Guillaume Beaudoin a observé cette baleine et son petit, dans les eaux de la Polynésie française.

    PHOTO GUILLAUME BEAUDOIN, TIRÉE DU LIVRE EMPREINTE

    Aussi caméraman sous-marin, Guillaume Beaudoin a observé cette baleine et son petit, dans les eaux de la Polynésie française.

  • Des familles du village de Yakel, dans l’île de Tanna, à Vanuatu, dansent autour d’un immense banian.

    PHOTO GUILLAUME BEAUDOIN, TIRÉE DU LIVRE EMPREINTE

    Des familles du village de Yakel, dans l’île de Tanna, à Vanuatu, dansent autour d’un immense banian.

  • Guillaume Beaudoin discute avec le chef de la tribu des Hadza, rencontré en Tanzanie dans le cadre du tournage de la série Tribal.

    PHOTO GUILLAUME BEAUDOIN, TIRÉE DU LIVRE EMPREINTE

    Guillaume Beaudoin discute avec le chef de la tribu des Hadza, rencontré en Tanzanie dans le cadre du tournage de la série Tribal.

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« Ce n’est pas l’océan de plastique qu’on est habitué à voir dans les médias », précise celui qui a pu observer à deux reprises ces débris qui flottent au milieu de l’océan Pacifique. « Ce qu’on voit souvent, ce sont des images des côtes du Panamá ou d’Amérique centrale où le plastique s’accumule. Au milieu du Pacifique Nord, c’est très dispersé dans l’océan. Mais, quand l’océan se calme, ça remonte. Tu vois des petits morceaux de plastique partout. C’est horrible. Il n’y a pas de mots pour décrire comment on en est rendus là. »

En toile de fond de son ouvrage, toujours, il y a l’environnement dans ses multiples facettes : réchauffement climatique, pollution du plastique, surconsommation, déforestation, surpêche. Et en sourdine, une question : comment, à l’échelle individuelle, avoir une incidence collective ?

Le syndrome de la goutte d’eau dans l’océan allait teinter tout son périple. « C’était le cœur de mon épopée, dit-il. Mais, je voulais regarder ça d’un œil positif, qui soit tourné vers l’action. » Ainsi, plutôt que de documenter les tristes répercussions des changements climatiques, il a multiplié les rencontres avec des gens inspirants dans chacune des îles visitées du Pacifique Sud, projet qui fera aussi l’objet d’un documentaire dont la diffusion est prévue sur les ondes de TV5 au début de 2021.

Naviguer sur le pouce

Son périple marin, entre le Panamá et l’Australie, a duré sept mois. Toujours en « bateau-stop ». Un pari audacieux. N’ayant trouvé aucune information en ligne sur le sujet, il s’est pointé dans une marina du Panamá en avril 2017, espérant trouver un capitaine prêt à l’embarquer. « C’était un peu surréaliste, se souvient-il. Je me suis dit : qu’est-ce que je suis en train de faire ? Je m’en vais rôder dans les marinas pour espérer embarquer sur un bateau. Je me suis lancé là-dedans en ayant une grande confiance que c’était faisable, mais sans repères. »

La chance lui a souri. « J’avais ce petit avantage d’avoir fait des traversées et de connaître les bases. Mais il y a plein de gens qui se font embarquer qui n’ont jamais fait de voile. C’est extraordinaire comme façon de voyager », ajoute-t-il.

Vers la fin de son périple dans le Pacifique Sud, les enfants de Tanna, île située dans l’archipel de Vanuatu, souvent présenté comme parmi les plus exposés aux conséquences des changements climatiques, l’ont convaincu qu’il devait agir.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Dans Empreinte, ouvrage à mi-chemin entre le récit de voyage et l’essai documentaire, le directeur photo Guillaume Beaudoin raconte un monde bouleversé par la crise environnementale, mais mû par une grande volonté d’action.

Jai été face à un accueil extraordinaire de la part de ces gens qui vivent près de la nature et j’ai vu ce bonheur chez les enfants de Tanna. Ça m’a tellement touché que je me suis dit : je ne peux pas au moins faire les premiers pas de mon côté. Ce que je n’avais pas fait jusque-là.

Guillaume Beaudoin, directeur photo

Il est alors devenu végétarien et a compensé les émissions de carbone liées à ses déplacements, notamment.

Mais l’échec du premier déploiement du dispositif d’Ocean Cleanup, auquel il a participé en 2018, a continué d’alimenter son questionnement sur l’incidence des efforts individuels. En octobre 2019, le fondateur du projet, Boyan Slat, a affirmé que le système était parvenu à capturer des débris de plastique en haute mer pour la première fois. « J’ai compris que je ne regardais pas les choses de la bonne façon, dit Guillaume Beaudoin. L’effort de Boyan Slat avait été récompensé depuis longtemps parce que les médias avaient besoin de cette histoire pour faire connaître la problématique au monde entier. Il faut regarder les choses dans leur processus et non dans le résultat ultime en se demandant : est-ce qu’on a réussi à sauver la planète ? »

Le moment présent

Bien qu’il ne faille pas occulter les conséquences à long terme des changements climatiques, il faut aussi selon lui s’ancrer dans le moment présent. Une leçon que lui ont apprise plusieurs des tribus visitées dans le cadre de Tribal.

Dans le premier épisode de la série, on voit les Hadza de Tanzanie, l’un des derniers peuples de chasseurs-cueilleurs nomades de la planète, consommer sur-le-champ les fruits de leur cueillette. Leur histoire est racontée dans le livre, tout comme celle des Moken, en Thaïlande, dont la langue se caractérise par l’absence de mots tels que « bonjour », « au revoir », « quand » ou « inquiet », parce qu’ils n’aiment pas projeter quoi que ce soit.

IMAGE FOURNIE PAR PARFUM D’ENCRE

Empreinte, de Guillaume Beaudoin

Au fil de ses périples, Guillaume Beaudoin a aussi pris conscience de l’importance du tissu social. « C’est triste, les situations comme celle qu’on voit actuellement aux États-Unis, où les gens sont très divisés, parce que, dans le changement, c’est avec le tissu social que les gens vont être capables de survivre dans un contexte de catastrophe. Aux îles Cook, qui sont souvent aux prises avec des typhons, c’était très clair. »

Selon lui, il n’y a pas de doute : une communauté tissée serré traverse mieux l’adversité.

Empreinte. Guillaume Beaudoin. Parfum d’encre. 256 pages.