Eve Marie Gingras est devenue végane en 2011. Quand un pâté chinois l’a fait se rendre compte que consommer de la viande allait à l’encontre de ses valeurs. On ne vole aucun « punch » ici. Sa démarche, beaucoup plus profonde, est racontée dans Comment (et pourquoi) je suis devenue végane, première bande dessinée pour cette diplômée en arts visuels, aujourd’hui massothérapeute.

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

Bien qu’elle ait participé à des manifestations pour dénoncer de mauvais traitements faits aux animaux, Eve Marie Gingras n’est pas une militante, au sens qu’elle ne s’implique dans aucune organisation. Elle n’est pas non plus liée à ceux qui ont commis, l’hiver dernier, des actes de vandalisme contre des restaurants montréalais. « À chacun sa façon de militer », dit-elle.

Et c’est peut-être ce détachement qui rend facile d’approche sa façon de militer à elle, à travers une bande dessinée documentaire. Elle dit avoir choisi la bédé pour rendre l’information accessible, justement, et le noir et blanc pour créer « comme un filtre sur les images plus difficiles et aider les lecteurs à ne pas détourner le regard ».

Après avoir ressenti, pour la première fois à 35 ans, un sentiment de dégoût envers la viande, Eve Marie Gingras a voulu aller plus loin pour comprendre ce qui lui arrivait. C’est cette démarche qu’elle documente dans ce récit entrecoupé de nombreuses références ayant trait tant à la philosophie et à l’éthique qu’aux conditions d’élevage et d’abattage des animaux.

Ce n’était pas une approche intellectuelle au départ, mais ça l’est devenu par la suite parce que j’ai eu besoin de comprendre ce qui s’était passé. Je n’avais jamais vécu ça avant. Je voyais la consommation de produits animaux comme une nécessité et je m’étais conditionnée à ça.

Eve Marie Gingras

D’abord végétarienne, elle est rapidement devenue végane, c’est-à-dire qu’elle a arrêté de consommer tout produit dérivé des animaux, dont les œufs, le lait, la laine et le cuir. « Chaque animal est surdéveloppé dans le rôle qu’on lui assène, expose-t-elle. Les poussins mâles sont broyés [ou asphyxiés]. Que ce soit des œufs biologiques ou industriels. Les mâles de l’industrie des œufs ne servent à rien parce qu’ils n’engraissent pas assez vite pour être des poulets de chair. » Une pratique qui a toujours cours au Canada, comme dans plusieurs autres pays.

« On a beau savoir, on ne sait pas si concrètement que ça, je pense, remarque-t-elle. On se raconte souvent qu’au Québec, c’est différent, que ça ne se passe pas comme ça dans les fermes laitières, dans les abattoirs. On pense que c’est ailleurs. On ne veut pas nécessairement creuser, parce qu’on ne veut pas nécessairement savoir, parce que c’est difficile de changer des habitudes. »

Extraits de <em>Comment (et pourquoi) je suis devenue végane</em>

  • Extrait du livre Comment (et pourquoi) je suis devenue végane, d’Eve Marie Gingras, Écosociété, 144 pages

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Les Canadiens sont néanmoins de plus en plus nombreux à se tourner vers une alimentation végétarienne ou végétalienne, que ce soit pour des raisons liées à l’environnement, à la santé ou au respect des animaux. Une croissance qui s’est poursuivie pendant la pandémie. Selon l’Université Dalhousie, qui sonde les Canadiens sur leur régime alimentaire presque trimestriellement (le plus récent sondage ayant été effectué en juillet dernier), près de 600 000 Canadiens se considèrent véganes, le plus haut total enregistré en trois ans.

> (Re)lisez le texte de la section Débats « La vie sans viande a toujours la cote »

https://www.lapresse.ca/debats/opinions/2020-07-26/la-vie-sans-viande-a-toujours-la-cote.php

À ceux qui comparent le véganisme à une religion, Eve Marie Gingras dit qu’il s’agit plutôt du contraire. « Pour moi, c’est plus une apostasie, le véganisme. Je sors de cette religion-là qui me dit de consommer des animaux. »

N’empêche, il y a souvent, dans le discours végane, un radicalisme qui en choque plusieurs. Au lieu de militer pour l’abolition complète de la consommation de produits animaux, ne devrait-on pas plutôt travailler à améliorer les pratiques d’élevage et d’abattage et favoriser la production à petite échelle ? « Le côté welfarisme [courant de pensée en éthique animale qui s’oppose à la manière dont on exploite les animaux], je le vois plus comme une étape entre maintenant et l’avenir, répond l’autrice. C’est sûr que si on peut réduire la souffrance, ce n’est pas une mauvaise chose, mais il ne faut pas perdre de vue que ce n’est pas acceptable d’utiliser les animaux. »

Eve Marie Gingras déplore qu’on tombe souvent dans une logique d’opposition lorsqu’il est question du véganisme. Pourtant, insiste-t-elle, tout n’est pas contradiction. Elle cite en exemple la chef américaine Myoko Schinner, autrice de plusieurs livres de recettes végétaliennes et propriétaire d’une entreprise de production de fromages végétaux. Celle-ci a fait appel à des producteurs laitiers qui cultivent, pour elle, une variété de pommes de terre nécessaire à la fabrication de ses produits. « Ça les aide à faire une transition qu’elle espère éventuellement. La vente de lait diminue, et c’est sûr que c’est stressant pour les producteurs. Même si je ne trouve pas que c’est une entreprise éthique, je ne souhaite de malheur à personne. Il y a des idées qui ne sont pas dans l’opposition. »

IMAGE FOURNIE PAR ÉCOSOCIÉTÉ

Comment (et pourquoi) je suis devenue végane, d’Eve Marie Gingras, Écosociété, 144 pages

Comment (et pourquoi) je suis devenue végane, d’Eve Marie Gingras, Écosociété, 144 pages

En librairie dès le 4 août