Malgré la COVID-19, les diètes sans viande animale semblent toujours aussi populaires auprès des Canadiens.

Sylvain Charlebois Sylvain Charlebois
Directeur principal du laboratoire de sciences analytiques en agroalimentaire de l’Université Dalhousie

Avant la COVID-19, personne ne pouvait ignorer l’engouement pour la protéine végétale. De plus en plus, les consommateurs considéraient l’environnement et le bien-être animal comme des facteurs importants dans leurs décisions d’acheter de la viande ou non. Quelques mois après le grand confinement, certains chiffres nous indiquent que l’intérêt pour les protéines végétales et les diètes sans viande animale perdure.

En l’espace d’un trimestre, entre les mois de février et de juillet, on observe une hausse de la popularité des principales diètes sans viande animale terrestre. L’Université Dalhousie sonde les Canadiens sur le régime alimentaire presque trimestriellement. Ainsi, en comparant le dernier sondage pré-COVID (février 2020) avec le premier effectué durant la COVID (juillet 2020), nous constatons que les taux de végétarisme, de pesco-végétarisme et de véganisme semblent gagner en popularité.

Le taux de végétarisme est passé de 1,5 % à 2,5 % en quelques mois. Quant au taux de pesco-végétarisme, une diète dont les adeptes s’abstiennent de manger de la viande, mais consomment la chair des poissons, crustacés et mollusques, on indique une tendance à la hausse de 0,2 %. Pour le véganisme, l’augmentation mesurée atteint 0,7 %.

On compte maintenant près de 600 000 Canadiens qui se considèrent comme véganes, le plus haut total enregistré en trois ans.

Bien sûr, en raison de la marge d’erreur et des taux qui demeurent relativement bas, il faut prendre ces résultats avec certaines réserves. En revanche, les Canadiens continuent de s’intéresser à des diètes qui excluent complètement la viande animale terrestre.

Depuis mars, la pandémie nous a confinés à nos cuisines et elle a certes eu des effets sur notre relation collective avec la nourriture. Avec le secteur de la restauration forcé d’opérer de façon très limitée, la popote domestique a repris du galon. Au fil des semaines naissaient des tendances culinaires intéressantes. Après la panique et la ruée sur le beurre d’arachides et le macaroni au fromage, nous avons assisté à un éveil extraordinaire pour la cuisine à la maison. Chaque semaine comportait son lot de découvertes et de tendances. Tout un chacun apprivoisait l’art de cuisiner le pain, les pâtisseries, les pâtes, les viandes, etc. L’industrie agroalimentaire peinait à suivre notre cadence, mais elle l’a fait, tant bien que mal. Depuis mars, certains experts mentionnaient que la pandémie mettrait fin aux mouvements végane et végétarien qui ont dominé l’industrie depuis quelques années. Les véganes céderont le pas aux omnivores et les classiques reprendront leur juste place. Cela ne semble pas le cas.

Pour dire vrai, la pandémie a fait mal paraître certaines filières. Il suffit de penser à l’euthanasie d’animaux de ferme. Plus d’une dizaine d’abattoirs au pays fermaient temporairement leurs portes en raison de la COVID-19. Il reste difficile de savoir exactement combien de poulets et de porcs ont été éliminés de la chaîne d’approvisionnement humaine, mais plusieurs journalistes ont confirmé que des producteurs ont dû tuer des animaux, faute de ne pas avoir accès à un abattoir. Le lait a aussi connu un triste sort. Des millions de litres partout au Canada ont dû être jetés dans les égouts à cause d’une surproduction. La fermeture des restaurants a littéralement bouleversé le secteur agroalimentaire et la demande pour certains produits comme la crème glacée et autres produits a complètement changé. Même si les Canadiens ne savent pas trop quoi penser du gaspillage à la ferme, plus de 90 % d’entre eux croient qu’il est moralement inacceptable d’euthanasier des animaux ou de jeter du lait lorsque des millions de citoyens perdent leur emploi.

La pandémie a démontré la fragilité de notre système d’approvisionnement. Gaspiller des champignons, de la laitue ou bien des pommes de terre va incontestablement déranger. Mais la production animale et laitière apporte une dose de moralité qui fait réfléchir. Vouloir produire de la nourriture par l’élevage animal pour ensuite tuer ou jeter de manière intentionnelle ou non, crée un gros malaise. Le fait que la popularité des diètes sans viande animale terrestre gagne du terrain au pays démontre que l’héritage de la COVID-19 incite les consommateurs canadiens à continuer de considérer autre chose.

Malgré les résultats récents des sondages, la viande et le lait ont toujours la cote pour une grande majorité de Canadiens. Toutefois, à la lumière de ces résultats, certaines filières ont nécessairement du travail à accomplir pour redorer leur blason.