Après avoir encaissé le choc, géré une vague d’annulations et de reports de célébrations, des organisateurs de mariages songent aux nouvelles façons de célébrer. Et si 2020 n’était pas entièrement une année à rayer du calendrier ?

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

« Il me reste un mariage en ce moment, et c’est en octobre. » Avant la pandémie, Mélanie Aubin, planificatrice de mariages et fondatrice de Foudamour, avait un calendrier bien rempli. Dix couples de clients, dont plusieurs Américains, devaient s’unir en 2020. Devant l’incertitude, tous sauf un, prévu en octobre, ont décidé de reporter les célébrations à l’an prochain.

Mais devant son calendrier devenu presque vierge, Mélanie Aubin a eu l’idée de lancer « Petites romances », un concept clés en main de cérémonies chics réunissant entre 10 et 30 convives, selon les directives de la Santé publique qui auront cours lors de la tenue de l’événement, le 15 août prochain. Les cérémonies se tiendront dans un espace extérieur de l’hôtel William Gray, dans le Vieux-Montréal. Selon la demande, d’autres lieux et dates pourraient être offerts.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Mélanie Aubin, planificatrice de mariages et fondatrice de Foudamour

Mélanie Aubin a élaboré cette formule, inspirée très largement des mariages en série de Las Vegas, en partenariat avec certains de ses fournisseurs. C’est en combinant trois cérémonies de deux heures chacune, les unes après les autres, dans un même lieu, qu’ils peuvent offrir une formule haut de gamme relativement abordable (3500 $ plus taxes). « Cela permet aux couples de se partager les coûts fixes, indique Mme Aubin. Habituellement, c’est ce qui est le plus dispendieux. »

Le contexte exceptionnel de la pandémie rend cette formule possible, selon elle. « Probablement que si les choses n’étaient pas ce qu’elles sont, qu’on n’était pas en période de pandémie, que les hôtels étaient hyper bookés, personne ne me permettrait de réserver un samedi du mois d’août pour faire ce genre de formule, à ce prix. Tout le monde a mis l’épaule à la roue pour continuer à offrir un service, à permettre aux gens de continuer à se marier de belle façon et que ce soit authentique. »

Elle n’exclut toutefois pas de continuer à offrir ce forfait, hors saison, si demande il y a, après la pandémie.

Les « Popupmariages » du Cœur Bohème

Le Cœur Bohème, avec sa marque Popupmariages, a également ramené cette année ce concept de cérémonies en série qu’il avait testé en 2017. « Ce n’était pas très populaire, mais là, je vois qu’il y a une demande », affirme Victoria Lafleur, organisatrice de mariages et propriétaire du Cœur Bohème. Cinq cérémonies sont prévues au Couvent Val-Morin le 19 juillet.

Les petits voire micromariages faisaient déjà partie du créneau du Cœur Bohème, qui avait cependant mis peu d’accent sur Popupmariages avant la pandémie. Bien qu’elle ait vu plusieurs grands mariages prévus pour cette année devoir être reportés, Victoria Lafleur dit recevoir beaucoup de demandes pour des mariages intimes cet été. D’août à octobre, elle a des réservations pour presque chaque fin de semaine, précise-t-elle.

On pensait que la saison 2020 était complètement annulée. Mais après avoir publicisé la Maison Bohème [sa propriété, où elle accueille des mariages en plein air] sur les réseaux sociaux, on a eu 50 demandes de clients potentiels en deux semaines. C’était fou.

Victoria Lafleur, propriétaire du Cœur Bohème

« On a vu que les gens voulaient se marier quand même, dire leurs vœux, parce qu’ils ont choisi une date et ils veulent que la date soit symbolique, ajoute Mme Lafleur. Ils vont faire la fête l’année prochaine. »

« On a vu aussi beaucoup de mariés qui veulent célébrer dans leur cour ou au parc, ajoute-t-elle. On a fait un petit pique-nique à Montréal. On a un mariage à Sutton de 10 personnes prochainement. » Le pique-nique est de toute évidence dans l’air du temps. Les Picnic Chicks, une entreprise spécialisée dans l’organisation de pique-niques chics, vient d’ailleurs de voir le jour à Montréal.

Amour à distance

Baccino, une entreprise de Montréal spécialisée dans l’organisation d’événements et les services d’animation et de DJ, souhaite elle aussi offrir une solution aux couples qui souhaitent se marier tout en respectant les consignes liées aux rassemblements. L’entreprise a lancé il y a quelques jours un service de webdiffusion en haute définition permettant à des centaines de personnes d’assister à un événement privé en direct, au moyen d’une plateforme sécurisée développée par Baccino. La salle d’exposition et la salle de conférence de l’entreprise ont été converties en studio d’enregistrement afin d’intégrer un DJ et un animateur à la fête.

La semaine dernière a eu lieu un premier bal réunissant 300 finissants diffusé sur cette plateforme, laquelle pourrait également être utilisée dans le cadre de mariages, précise le copropriétaire de l’entreprise, Francis Gutta. Des techniciens peuvent se déplacer sur les lieux de la cérémonie pour la captation.

PHOTO FOURNIE PAR BACCINO

Lors d’un bal de finissants virtuel, organisé la semaine dernière par Baccino, un DJ, dans son studio, a fait danser les jeunes qui étaient dans leur salon.

« La plupart de nos clients ont des invités qui viennent de partout dans le monde, alors ça permet à ceux qui veulent quand même tenir leur mariage d’avoir accès à tout le monde. Ça donne une belle célébration interactive, qui est plus intéressante que de seulement regarder un DJ travailler. »

Une formule, qui sait, qui pourrait elle aussi survivre à la pandémie.