« Pourquoi pas ! » C’est ce que notre journaliste et son mari se sont dit lorsque celui-ci s’est vu offrir un poste à Francfort pour deux ans. Ce serait une belle occasion de faire découvrir l’Europe à leurs enfants de 7 et 9 ans, non ? Au cours des prochaines semaines, elle nous fera part de cette expérience exaltante, mais parfois déstabilisante. Récit.

Olivia Lévy
Olivia Lévy La Presse

Ce n’est pas la panique. Pas encore. Mais les Allemands ont changé leurs comportements en ces temps de coronavirus : les épiceries sont prises d’assaut, on se lave les mains comme jamais, on dit adieu à la bise… et mon mari est en quarantaine ! Au moment où j’écris ces lignes, l’Allemagne compte près de 500 cas de coronavirus. 

Comme à plusieurs endroits dans le monde, les Allemands commencent à faire des réserves. Des pâtes, du riz, de la farine, des boîtes de conserve, du papier de toilette… La porte-parole des supermarchés REWE, l’équivalent ici de Metro ou de Provigo, a dit avoir observé cette semaine une nette augmentation des ventes de denrées alimentaires non périssables ainsi que de désinfectant.

Je l’ai constaté. Dans plusieurs supermarchés et pharmacies, les étagères de pâtes ont été dévalisées, tout comme celles de savons pour les mains. Pour ce qui est des gels hydroalcooliques ou Purell, ils sont en rupture de stock dans certaines pharmacies.

Les Allemands appellent ces comportements irrationnels d’approvisionnement le « Hamsterkäufe », ou « les achats de hamster », car ces petits animaux stockent des provisions dans leurs joues !

En voyant les rayons des supermarchés se vider, je me demande si je ne vais pas, moi aussi, stocker quelques kilos de riz et de pâtes. Et si nous étions tous confinés à la maison pendant plusieurs semaines ? Mais je ne veux pas céder à la panique.

Le ministre de la Santé allemand, Jens Spahn, se veut rassurant, il parle d’une situation sérieuse, mais sous contrôle. Il estime que le pic de propagation n’est pas encore atteint.

Par contre, mon mari est en quarantaine à la maison, car il est allé à Milan, en Italie, pour son travail, les 19 et 20 février. Par mesure de précaution, son entreprise a imposé à tous les employés qui étaient passés par les zones à risque d’être en quarantaine et de travailler de la maison. Tout va bien, je vous rassure. Pas de symptômes à l’horizon. Il retournera au bureau lundi.

Bye-bye bise

Au quotidien, on ne s’est jamais autant lavé les mains ! « À l’école, on se les lave plus que d’habitude », disent mes enfants. Ma fille a remarqué que certains élèves utilisent du Purell en plein cours. À la sortie des classes, les parents ne se font plus la bise, ne se serrent plus la main, et s’excusent presque, mais épidémie oblige, on respecte les consignes.

Pour l’instant, il n’est pas question ici, comme en Italie, de fermer les écoles et les universités jusqu’au 15 mars, même si dans les zones les plus touchées, certains établissements scolaires ont fermé leurs portes.

La direction de l’école de mes enfants, prudente, a envoyé un courriel avant le retour des vacances scolaires, le 2 mars : tous ceux qui s’étaient rendus dans les zones à risque (Chine, Japon, Singapour, Corée du Sud et certaines régions de l’Italie) devaient rester chez eux pendant 14 jours.

Nous nous disions que nous avions bien choisi notre destination de ski pour la relâche scolaire, car s’il existe un pays où nous pensions être à l’abri, c’est bien la Suisse, où se réfugient les riches et dont la neutralité est légendaire !

Mais la Suisse n’a pas été épargnée par le COVID-19 : le salon de l’auto de Genève est annulé, tout comme la foire horlogère de Bâle, et tout rassemblement de plus de 1000 personnes est interdit.

En Allemagne aussi, de nombreux événements n’auront pas lieu, comme le salon international du tourisme de Berlin, le salon du livre de Leipzig, ou encore celui du commerce électronique de Munich.

Ce qui inquiète la population et les autorités, c’est de se retrouver dans des lieux fermés, comme toutes ces grandes foires et tous ces salons, considérés comme des « nids » à microbes.

« Je n’ai pas envie d’emmener mes enfants dans une salle de concert. J’hésite même à aller au cours de gymnastique de ma fille », me confie une maman allemande, inquiète. D’autres, au contraire, sont plus détendus face au virus. « Je me lave souvent les mains, mais je ne vais pas m’empêcher de vivre normalement et d’aller au cinéma », dit un jeune homme rencontré dans un café à Francfort.

« Je vois beaucoup de gens avec des masques, c’est inquiétant, mais j’ai toujours avec moi mon gel désinfectant, j’en mets plusieurs fois par jour », dit une jeune employée d’un café du centre de Francfort.

Des matchs de soccer sans spectateurs

Et les matchs de foot ? Sacrilège ! Car en Europe, le foot est une religion. L’Italie, pays européen le plus touché par le coronavirus, a reporté plusieurs matchs de Serie A. Pour ce qui est des huitièmes de finales (retour) de la Ligue des champions, le match entre Valence et l’Atalanta sera joué à huis clos, le 10 mars, à Valence en Espagne, dans un stade vide. D’autres matchs devraient également être joués sans spectateurs la semaine prochaine.

PHOTO LEON KUEGELER, REUTERS

Les spectateurs d’un match de soccer à Dortmund, en Allemagne, peuvent désinfecter leurs mains grâce à des distributeurs.

La bonne nouvelle littéraire, si on veut, c’est qu’en Italie et en France, les ventes de La peste d’Albert Camus connaissent une hausse spectaculaire. Ainsi, en ces temps d’épidémie, on (re)découvre ce grand classique français, qui se déroule dans les années 40 à Oran, ville coupée du monde par peur de la contagion. Un roman publié en 1947 et qui est toujours d’actualité.

Alors, l’Allemagne au temps du coronavirus ? Mon fils continue à aller à ses entraînements de soccer, ma fille poursuit son patinage artistique. Est-ce qu’on va se priver d’aller visiter des châteaux ou de sortir au restaurant ? Pas à Francfort, où nous habitons. Mais on ne visitera pas la région la plus touchée par le virus en Allemagne, la Rhénanie-du-Nord–Westphalie, où se trouvent les villes de Düsseldorf et de Cologne. Ça ne change pas notre quotidien, mais on fait plus attention.