Le bonheur est rarement facile ou permanent. Qu’à cela ne tienne, cet état de grâce est à la portée de tous, malgré les épreuves de la vie, voire grâce à elles. La Presse rencontre chaque semaine quelqu’un qui semble l’avoir apprivoisé.

Ève Dumas Ève Dumas
La Presse

« Comment sait-on qu’on est bien et que ça va durer ? », avait demandé Marie-Josée Michaud à son mentor, il y a plusieurs années. « Le bonheur est calme », lui avait répondu Mathieu Poulin, spécialiste en analyse transactionnelle, une approche utilisée par certains psychologues.

Aujourd’hui, la femme d’action a donc la conviction que c’est dans cet état de calme, loin du drame, mais également de l’extase totale, que se trouve le bonheur. Réussit-elle à garder son calme jour après jour depuis 10 ans ? Bien sûr que non ! Mais elle est devenue très bonne pour s’y ramener.

« La différence se trouve dans la vitesse avec laquelle on réussit à se remonter. Lorsqu’on fait un bon travail sur soi, on développe des outils permettant de ne plus se laisser tirer vers le bas par la spirale du malheur. Mais les gens trouvent toutes sortes de raisons pour ne pas faire ce travail. »

En effet, être bien, ça vient naturellement à certains, mais pour la majorité des gens, c’est un long apprentissage. Marie-Josée Michaud a accéléré le sien après une dépression majeure, en 2005. La mère de deux enfants s’est retrouvée à l’hôpital, vidée de toute sa force vitale, forcée à se reconstruire.

Elle raconte son histoire dans le livre 80 heures par semaine – Quand l’hyperperformance devient toxique. Récit, livre de croissance personnelle et outil de gestion, cet ouvrage hybride est récemment paru aux Éditions de l’Homme. Le témoignage très franc qui le traverse rend la lecture particulièrement touchante et les enseignements, bien concrets.

On y apprend que Marie-Josée était un bourreau de travail et une perfectionniste qui, pour une foule de raisons liées à ce qu’elle appelle son « paradigme individuel » et son « livre de lois », s’était mis en tête qu’elle ne serait heureuse qu’une fois assise dans le fauteuil de vice-présidente d’une grande entreprise.

Avant ma dépression, j’étais constamment dans la projection. J’essayais de faire avancer les choses pour me rendre là où je serais enfin heureuse. Je cherchais davantage l’extase que le bonheur. On les confond souvent.

Marie-Josée Michaud

Celle qui a finalement abandonné ses fonctions de gestionnaire dans les domaines du transport public et de l’aéronautique, pour devenir conférencière et stratège en santé psychologique, a fini par trouver ce qu’elle croit être l’ennemie numéro un du bonheur : la peur.

Bien sûr, certaines peurs sont réelles et doivent être écoutées. Mais la majorité d’entre elles ne nous servent pas du tout. Elles nous empêchent plutôt de nous épanouir. Pensez-y ! Si vous n’aviez plus peur de rien, la vie ne serait-elle pas beaucoup plus légère, facile, calme ?

« La peur a beaucoup de nuances. Il faut arrêter d’avoir peur d’explorer ses peurs. À partir du moment où on en identifie une, elle perd de son emprise et de son pouvoir. Lorsque les peurs demeurent fugaces et inconscientes, elles sont dans la “voie basse ‘de l’amygdale, qui remplit sa fonction de survie avec une analyse grossière de la situation, explique celle qui s’est bien penchée sur la question. Elle gardera une trace de cette réaction et, lorsqu’un autre évènement qui ressemble à cette trace surviendra, l’amygdale déclenchera encore le même mode de survie. Le fait de prendre une pause pour valider la peur activée par l’amygdale lui permet d’emprunter une ‘voie haute’, celle qui accède au cortex sémantique et qui permet une analyse plus raffinée. »

‘J’ai divorcé trois fois, et chaque fois, j’avais une peur immense pour mes enfants et pour moi, poursuit Marie-Josée pour illustrer le tout. Où est-ce qu’on va habiter ? Est-ce que je vais manquer d’argent ? Qui va m’aimer ? Une fois les peurs identifiées, je m’empêchais de sombrer dans le tourbillon en choisissant plutôt une action. Je commençais vite à regarder des appartements. Quand ma situation se stabilisait, c’était souvent mieux qu’avant, même. J’avais progressé dans la bonne direction.’

IMAGE FOURNIE PAR ÉDITIONS LA SEMAINE

80 heures par semaine – Quand l’hyperperformance devient toxique, de Marie-Josée Michaud

Les deux enfants de Marie-Josée, aujourd’hui âgés de 22 et 23 ans, sont la source d’une grande fierté pour la mère de famille monoparentale. Ils ont beaucoup appris de ses difficultés. ‘Puisque je traversais cette épreuve pendant qu’ils avaient une dizaine d’années, ils ont évolué avec moi. Ils ont appris à identifier leurs peurs. Ma fille, par exemple, vient de passer deux années complètes à voyager. Elle est partie avec 300 $ dans les poches. Elle a appris que le bonheur ne dépend pas de ce qu’il y a dans ton portefeuille. Mon fils, lui, a surmonté sa peur des hauteurs. Aujourd’hui, quand il a peur, il sait qu’il y a des étapes logiques à suivre qui peuvent le rassurer ou le confirmer dans ses craintes. 

‘Ce que je suis vraiment tannée d’entendre, ces jours-ci, c’est le discours ‘fais de l’exercice, mange bien, dors bien, vis le moment présent et tout va bien aller’. Mais comment mettre ça en application sans avoir fait le travail de fond ? Ça ne donnera pas grand-chose. C’est ce travail de fond que j’ai voulu expliquer dans mon livre’, affirme la souriante et… très calme Marie-Josée.

Questionnaire bonheur

Une définition du bonheur

‘Le bonheur, c’est évidemment différent pour tout le monde et c’est différent d’une époque à l’autre, d’une société à l’autre, d’une personne à l’autre. Mais tout le monde y a accès. Prenons l’exemple extrême de quelqu’un qui est dans un état de survie. Cette personne peut-elle vivre du bonheur ou des moments de bonheur ? Disons une mère aux abois, qui réussit à nourrir son enfant. Celui-ci lui fait un beau sourire. N’éprouvera-t-elle pas un certain bonheur à ce moment-là ?’

Un exercice pour atteindre le calme

‘J’aime donner aux gestionnaires avec qui je travaille un exercice de pleine conscience à faire au quotidien, qui s’intègre bien dans leur vie. Souvent, ce sera la conduite. Chaque fois qu’ils sont derrière leur volant, ils doivent se concentrer uniquement sur ça. Pas de musique, pas d’appels et pas de jugement non plus quand l’esprit vagabonde. On le ramène, tout simplement. On peut faire cet exercice en préparant son smoothie du matin, aussi. Ou son café…’

Une routine de bien-être

‘Je déteste la routine ! J’aime essayer des choses nouvelles. Plus jeune, j’ai fait de la natation au niveau national et de l’athlétisme à l’international. C’était très contraignant, alors aujourd’hui, je me laisse la liberté de faire une activité quand ça me tente. Je ne planifie pas d’avance et je ne me contrains à rien. Je me laisse le choix d’aller faire du yoga, du paddleboard, de la grimpe, si ça me tente. Je suis aussi comme ça avec mes amis et avec ma famille. Ils le savent et ils l’acceptent.’