Pour William Paquin-Brien, les jeux vidéo, c’est du sérieux ! À la fin de juillet, l’adolescent de Terrebonne a remporté 225 000 $ en terminant parmi les 10 meilleurs à la Coupe du monde de Fortnite.

Samuel Larochelle Samuel Larochelle
Collaboration spéciale

La finale s’est tenue au mythique stade de tennis Arthur-Ashe, à Flushing Meadows. Un lieu symbolique pour le jeune Québécois, lui-même adepte de la petite balle jaune. « Je suis bon au tennis, mais pas assez pour devenir professionnel, raconte William. C’était un rêve de jouer au stade du US Open, et je l’ai réalisé avec la Coupe du monde de Fortnite. »

Son frère, sa mère et son père l’ont accompagné à New York pour être témoins de la compétition à laquelle plus de 12 000 spectateurs ont assisté. « Il y avait beaucoup de jeunes fans, c’était bruyant et vibrant, se souvient son père, Pierre Brien. C’était très émouvant de voir notre fils au milieu du court de tennis, avec la foule qui crie. »

Habitué de jouer seul à la maison, le jeune homme de 15 ans appréhendait le stress causé par la foule, mais les partisans l’ont plutôt motivé. 

« Puisque je n’étais pas favori, je me suis présenté sans trop de pression. Je voulais apprécier l’expérience, au lieu d’avoir peur et de stresser pour rien. »

William Paquin-Brien

En 28e position après cinq tours, le garçon a tout donné pour remonter dans le classement. « Durant la dernière partie, ma conjointe me tordait le bras, dit M. Brien. On était debout, on criait et on pleurait tout le long ! »

Toutes ces émotions ont été vécues grâce à Fortnite, un jeu qui consiste non seulement à abattre ses ennemis, mais également à être créatif. « Cent joueurs se retrouvent sur une carte avec des villes, des matériaux et des armes, explique William. Au fil de la partie, la zone se rétrécit, ce qui force les joueurs à combattre pour être le dernier survivant. On peut construire des murs, des escaliers, des pyramides ou des sols pour se protéger. » Dans le jeu, il se définit comme un tacticien passif. « J’essaie d’éviter les combats et de prendre avantage sur mes adversaires à la fin, en profitant de tout ce que j’ai construit. »

PHOTO JOHANNES EISELE, AGENCE FRANCE-PRESSE

La finale de la Coupe du monde de Fortnite s’est tenue en juillet au mythique stade de tennis Arthur-Ashe, à Flushing Meadows, à New York.

Entraînement sérieux

Fortnite est entré dans la vie de William à l’automne 2017. Après trois semaines, il a constaté qu’il était meilleur que ses amis et qu’il s’améliorait rapidement. « Ensuite, j’ai analysé les meilleurs joueurs et j’ai compris que si je continuais à jouer, je pourrais les dépasser. »

Quand il a appris la création d’une Coupe du monde, il a commencé un entraînement sérieux : trois heures par jour de semaine et six heures par jour le week-end. « J’ai aussi l’école, le hockey et le tennis dans mon horaire. J’aime beaucoup le sport et mes parents veulent que je garde un équilibre. »

Chez les Paquin-Brien, des conditions claires ont été établies. 

« Pour avoir du temps de jeu, William doit maintenir de bons résultats scolaires et faire autre chose. L’hiver dernier, il a même participé à quatre ou cinq tournois de hockey. L’heure du coucher est aussi importante. »

Pierre Brien, père de William Paquin-Brien

Sans sacrifier son équilibre de vie, le gamer a franchi les étapes de qualifications vers la finale. Il avait six fins de semaine pour réussir les standards. Les samedis, chaque joueur tentait d’accumuler un maximum de points en prenant part à un maximum de dix parties durant trois heures. Les 3000 meilleurs avaient accès à l’étape du dimanche, au terme de laquelle les six meneurs de chaque week-end se qualifiaient pour la compétition à New York.

Un sentiment « fou »

En obtenant sa place à sa troisième tentative, en mai dernier, William a donné tort à tous ceux qui ne croyaient pas en lui. « C’était fou comme sentiment ! J’avais l’impression de prouver à plein de monde que je pouvais me rendre à ce niveau et que je ne jouais pas juste pour le fun. Plusieurs personnes étaient convaincues que je n’y arriverais pas. »

Même ses parents sous-estimaient son talent. « Jusqu’à la semaine de la compétition, jamais on avait pensé qu’il pouvait atteindre ce niveau ! William parlait de Fortnite, de la finale et des montants. Ça rentrait par une oreille et ça sortait de l’autre… On pensait que c’était une arnaque. On ne connaissait pas ça. »

Leur méconnaissance du jeu a failli tout faire dérailler. « Une étape de qualification avait lieu un samedi entre 16 h et 19 h, en même temps qu’un party de fin d’année de son équipe de hockey, explique M. Brien. Le vendredi soir, je lui ai dit que je préférerais qu’il soit à l’activité d’équipe, mais que je le laissais décider. Il ne m’a pas écouté. Il s’est qualifié et il nous a rejoints au souper. J’étais à un cheveu de lui faire manquer ça ! »

Jusqu’à la finale, William a consacré de huit à dix heures par jour au jeu vidéo. 

« Fortnite offre des mises à jour fréquentes, alors il faut s’adapter. Si tu ne pratiques pas, tu ne t’amélioreras pas. »

William Paquin-Brien

Son père croit également que son expérience sportive l’a servi en finale. « Au tennis, quand ça va mal, tu es tout seul avec toi-même et tu dois aller puiser en toi. Je suis convaincu que le sport a amélioré sa force mentale. »

PHOTO FOURNIE PAR EPIC GAMES, ASSOCIATED PRESS

Le gagnant de la Coupe du monde de Fortnite, Kyle « Bugha » Giersdorf, a remporté un prix de 3 millions US.

Résultat, il a effectué une remontée spectaculaire lors de la dernière partie pour terminer dixième. « À part le gagnant qui avait presque le double de points du deuxième, les autres étaient rattrapables. J’aurais pu finir dans le trio de tête. » Le gagnant, Kyle « Bugha » Giersdorf, est reparti avec une cagnotte de 3 millions US.

Résolu à devenir meilleur, William utilisera une petite partie de ses 225 000 $ pour améliorer ses installations de jeu. « Je veux m’entraîner mieux et plus intensément, comme un travail en même temps que l’école. »