Zéro déchet. Le terme en soi est extrême. Qui peut prétendre ne générer aucun déchet ?

Valérie Simard Valérie Simard
La Presse

« Le but, c’est de faire de son mieux », dit la conférencière et consultante Mélissa de La Fontaine, dans son livre Tendre vers le zéro déchet. Un titre qui reflète son propos tout en nuances. « Même moi, j’en produis, des déchets ! », avoue-t-elle.

« Ce n’est pas une compétition, insiste Mélissa de La Fontaine. Si les gens font de leur mieux autant que je fais de mon mieux, c’est parfait. Il n’y a pas de comparaison de poubelles. »

Dans son livre, qui se veut un outil de réflexion et un guide pratique, Mélissa de La Fontaine invite les gens à embrasser le mouvement dans le respect de leurs limites personnelles. Vous avez des allergies alimentaires ? Vous devrez probablement faire une croix sur l’achat en vrac puisque les commerçants ne peuvent souvent pas garantir l’absence de contamination. Utiliser des mouchoirs réutilisables est un pas que vous n’êtes pas prêt à franchir ? C’est correct. L’offre de vrac est limitée dans votre ville ? Faites de votre mieux avec les produits offerts dans vos commerces de quartier.

« Le but est que ça dure dans le temps. Je préfère que les gens fassent de petits changements et que ça dure pour toujours plutôt qu’ils fassent la transition en un an, qu’ils s’écœurent et s’arrêtent », explique Mélissa de La Fontaine.

Celle qui a lancé l’entreprise Mini-Vert pour accompagner les gens dans leur transition vers le zéro déchet a adopté ce mode de vie en 2013, à une époque où se présenter avec ses contenants réutilisables à la boucherie était encore de l’ordre de l’extraterrestre. Le plus grand obstacle qu’elle a rencontré ? Les commentaires et la culpabilité de ses proches, ce qui l’a incitée à adopter ce qu’elle appelle la stratégie du territoire : quand elle visite les autres, elle respecte leur mode de vie et quand les autres viennent chez elle, elle leur demande d’en faire autant. « Quelqu’un m’a dit : “Mélissa, juste ton existence est culpabilisante parce que tu prouves que c’est possible”, raconte-t-elle. Il faut réussir à amoindrir ces choses-là, c’est ce qui faisait qu’il y a des gens qui m’attaquaient sans aucune raison. »

Après six ans de pratique, que reste-t-il dans la poubelle de Mélissa ? « Des condoms, il n’y a pas d’autres solutions. Des emballages de fromage et de beurre parce que l’épicerie qui vend en vrac est plus loin de chez moi. Des étiquettes de fruits, des produits végétaliens qui sont parfois emballés. Dans mon recyclage, j’ai des choses comme des cartons de lait de soya, qu’on ne compte pas dans les poubelles, mais le recyclage aussi, c’est important de le réduire. C’est un système extraordinaire, mais à cause du cycle de vie des objets, ça pollue vraiment plus que de ne pas consommer cet objet. »

Selon elle, un mode de vie zéro déchet doit s’accompagner d’une réflexion sur ses habitudes de consommation. « Ultimement, ce que je souhaite, c’est de faire réfléchir les gens, qu’ils comprennent qu’on a un problème de structure et que ça ne fonctionne pas, la croissance à l’infini. Ce n’est pas juste d’apporter son contenant à l’épicerie et de consommer la même quantité de stock. C’est de consommer moins aussi. »

Mélissa de La Fontaine répond à deux critiques fréquentes

« Être zéro déchet, ça demande du temps et de l’organisation. »

« Ce qui prend du temps, c’est la transition. Trouver de nouveaux commerces, des recettes, si on veut faire nos produits ménagers et cosmétiques. Le but, ce n’est pas de le faire en un an. Si ça prend 10-15 ans, c’est parfait. Une fois que la transition est faite, ce n’est pas plus long. Et ça prend de l’organisation pour changer ses habitudes. Pour moi, de prendre mes contenants avant de partir, c’est devenu un réflexe. Oui, c’est plus de vaisselle et de cuisine, mais je mange mieux, c’est bon pour la santé. »

« Réduire ses déchets individuellement, c’est une goutte d’eau dans l’océan. »

« Ça a vraiment un plus gros impact que ce que les gens pensent. Si tu calcules, en six ans, la quantité de déchets que j’ai évités, ça commence à être énorme. Et je vais faire ça pour le reste de ma vie. Sur le temps, ça commence à être beaucoup. Sur le nombre de personnes qui le font, aussi. Chaque personne influence plein d’autres personnes. Je le vois. »

IMAGE FOURNIE PAR LES ÉDITIONS LA PRESSE

Tendre vers le zéro déchet, de Mélissa de La Fontaine

Tendre vers le zéro déchet

Mélissa de La Fontaine

Éditions La Presse

192 pages

En librairie