La maison de ville a une légère consonance européenne. On imagine une chic habitation élancée en briques à Londres. Ou une étroite résidence contemporaine parisienne qui profite de l'espace vacant entre deux immeubles. En fait, les familles québécoises n'ont pas tendance à vivre autant à la verticale que les habitants du Vieux Continent. Une simple question d'espace disponible.

Laurie Richard LE SOLEIL

Contrairement à l'Europe, le Québec dispose de grands espaces libres. «On peut s'étendre énormément entre les villes!», indique Michel Max Raynaud, professeur d'urbanisme à l'Université de Montréal, qui a travaillé sur plusieurs projets de développement de maisons en rangée outre-Atlantique. «En Europe, les villes ont toujours été construites assez hautes, comme Paris ou Lyon, avec des maisons qui vont jusqu'à huit étages.»

Au Québec, «c'est très frappant, on a des quartiers entiers de deux ou trois étages qui s'étalent sur de très grandes distances», observe le professeur. Il est d'ailleurs peu courant en Europe d'habiter le sous-sol d'un bâtiment, contrairement à ici.

En effet, selon un repérage du Service de développement économique de la Ville de Québec, il n'y aurait que 58 résidences unifamiliales sur trois étages - sans compter le sous-sol - dans l'arrondissement de La Cité-Limoilou, au sud de la rivière Saint-Charles. La majorité, soit 21, se trouvent dans le quartier Vieux-Québec-Cap-Blanc-colline parlementaire. Plusieurs maisons âgées ont d'ailleurs été divisées pour créer des appartements au fil des années.

Les maisons en rangée modernes ont été instaurées avec le mouvement du nouvel urbanisme qui prend racine dans les années 70. On cherchait alors à contrecarrer l'urbanisme international qui privilégiait les déplacements en voiture; on veut réhumaniser l'espace urbain. Le courant urbanistique favorise les déplacements à pied, la mixité sociale et la proximité des commerces et services.

Revitalisation humaine

Ces habitations urbaines en bande sont fondamentalement le résultat d'un problème foncier. Les parcelles des maisons en rangée sont plus petites qu'en banlieue. On colle les maisons et on les élève sur plusieurs niveaux pour avoir une plus grande superficie habitable, explique M. Raynaud. «Toute famille rêve de devenir propriétaire d'une maison avec un petit bout de jardin, pour faire un barbecue, profiter d'un brin de gazon.»

Berlin a décidé dans les dernières années de miser sur la town house pour revitaliser une partie du quartier Mitte, situé à côté du ministère des Affaires étrangères allemand. Quarante-sept parcelles de terre, larges en moyenne de 6,5 mètres seulement, ont été confiées à différents promoteurs qui ont chacun choisi un architecte pour réaliser une étroite construction de quatre à six étages. L'ensemble des villas verticales qui évoquent différentes époques architecturales donne un amalgame de styles qui se distingue clairement des maisons en rangée anglaises, uniformes et classiques.