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La maison qui ondule

Sur le toit-terrasse accessible du deuxième étage de... (Photo Alain Roberge, La Presse)

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Sur le toit-terrasse accessible du deuxième étage de la maison, l'architecte fait pousser des plantes potagères.

Photo Alain Roberge, La Presse

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La face sud de la maison de Mario Petrone et Joanne Corriveau borde un ruisseau qui court un peu plus bas, et en suit les courbes.

Photo Alain Roberge, La Presse

Parée de panneaux de béton et de métal rouge, la maison de Mario Petrone et Joanne Corriveau a un air résolument urbain. Là s'arrête toutefois la comparaison avec la ville. En plantant des dizaines d'arbres, en réhabilitant un lac et en construisant un édifice le plus vert possible, le couple et leur fille ont choisi: c'est en pleine forêt qu'ils veulent vivre.

 «Nous ne voulions absolument pas reproduire un mode de vie urbain en forêt, explique Mario Petrone. L'entrée asphaltée et le grand terrain gazonné, c'est pour la banlieue. Nous profitons d'un terrain extraordinaire, nous n'allions pas le défigurer.»

 La famille a acheté le terrain dans les Cantons-de-l'Est il y a six ans. Une petite partie du lot de 43 acres avait été déboisée par les précédents propriétaires. Le lac, en piteux état, était rempli de grosses pierres venues d'un peu plus haut sur la montagne.

 «C'est le reste qui nous a charmé, se souvient Joanne Corriveau. Le ruisseau qui déboule entre les arbres, la forêt plus dense tout autour, les animaux...»

Après avoir réhabilité le lac au pied de la rivière, grâce à l'aide du ministère de l'Environnement, le couple a planché sur la construction de sa maison. Juchée sur un petit plateau surplombant le lac, la demeure de 4000 pieds carrés ressort à peine entre les arbres.

 La façade sud, toute de verre, ondule. Au rez-de-chaussée, la terrasse multicolore louvoie aussi. Le verre et le bois suivent le mouvement d'un ruisseau qui fraie son chemin à proximité, entre les arbres. La maison épouse sa forme... et ses occupants en bénéficient.

 «Quand on ouvre la fenêtre de notre chambre, on entend le clapotis de l'eau, et c'est très relaxant, sauf au printemps où c'est, disons, un peu trop énergisant!» raconte Mario Petrone.

 La courbure de la façade, au rez-de-chaussée, a un autre avantage imprévu. À l'extrémité est de la terrasse, où le couple prend ses repas à l'extérieur, la brise y est agréable, amplifiée par la forme des fenêtres.

 Architecte spécialisé en horticulture, Mario Petrone a poussé l'intégration à la nature jusqu'à aménager trois toits verts sur sa maison. Le toit principal, couvert de calamagrostis - une graminée qui a l'aspect du blé -, coiffe la maison comme une crête de cheveux fous.

 Le deuxième toit, accessible du deuxième étage de la maison comme seconde terrasse, compte plusieurs plants, dont des poivrons et du basilic. Au moment de notre visite, l'architecte se penchait sur le sort du pauvre basilic, qui n'a pas apprécié le temps plutôt sec du mois d'août. «Ici, je fais des expériences, explique-t-il. Certaines plantes mourront, d'autres pas, et je pourrai ensuite me servir de mes conclusions pour créer d'autres toits verts.»

 C'est sur le troisième toit, qui chapeaute l'allée extérieure menant à la maison, que Mario Petrone met le plus ses plantes à l'épreuve. Dans un terreau de seulement quatre pouces d'épaisseur, il a planté plusieurs vivaces pour déterminer lesquelles vont survivre à l'hiver. «Il se peut qu'aucune ne résiste, mais dans le contexte québécois et devant la popularité des toits verts, il faut que nous essayions plusieurs recettes.»

 L'architecte prévient toutefois ceux qui seraient tentés par un toit vert: les plantations sans entretien n'existent pas, soutient-il. Mieux vaut s'attendre à devoir monter sur le toit régulièrement pendant l'année, même avec les plantes les plus résistantes.

 La forêt réapparaît

 Avant que l'architecte et sa famille deviennent propriétaires du terrain, des camionneurs s'y rendaient régulièrement pour extraire et déposer de grosses pierres près du lac. Les arbres sur leur chemin ont écopé.

 Pour redonner vie à cette partie de la propriété, le couple a planté des centaines d'arbres et arbustes.

 Au cours des prochaines années, la clairière reprendra une allure sauvage. En marchant près du lac, les plants ont toutefois une étrange allure, coiffés d'une bande d'assouplissant textile. «C'est pour tromper les chevreuils qui viennent les manger», dit l'architecte.

 En rentrant vers la maison, il regarde fièrement les mauvaises herbes qui envahissent l'entrée de gravier. Nul doute, la nature reprend sa place.

 Au départ, la maison devait être le chalet familial, mais le résultat plaît tant aux occupants qu'ils n'arrivent pas à déterminer si oui ou non, il s'agit d'une résidence secondaire. «Avec l'école et le travail, on n'a pas le choix d'avoir un pied à terre plus près de la ville, soupire Joanne. C'est la rentrée, on doit quitter Bromont, mais on reviendra très régulièrement... jusqu'à y rester pour de bon à la retraite!»

Du béton plutôt vert

 Bien qu'elle soit entourée d'arbres, la maison de Mario Petrone et Joanne Corriveau n'a rien d'une cabane au Canada. À l'intérieur comme à l'extérieur, elle est couverte de panneaux de béton préfabriqués.

 L'aspect est moderne, mais les avantages recherchés par l'architecte vont au-delà de l'esthétisme. L'hiver, la masse de béton absorbe la chaleur du soleil, et la répartit pendant la nuit. «Ça fait une grosse différence sur les frais de chauffage, constate M. Petrone. On doit payer environ 3000$ de chauffage par année pour une maison de 4000 pieds carrés. C'est environ la moitié de ce que nous aurait coûté une maison des années 70 de mêmes dimensions.»

 Confectionnés en usine, les panneaux ont été transportés à Bromont au moment d'ériger les murs de la maison. Le procédé implique le rejet de moins de gaz à effet de serre dans l'atmosphère, puisqu'un camion ne fonctionne pas pendant des heures aux abords du chantier, le temps que le béton soit coulé dans des coffrages.

 À l'intérieur, l'architecte a laissé le béton apparent presque partout. Le résultat rappelle les grands lofts urbains.

 «Cette finition ne fait pas l'unanimité, convient l'architecte en regardant le plafond gris où courent des tuyaux métalliques. En certains endroits, on voit les agrégats du béton, mais nous aimons l'effet rough que ça crée. C'est bien de penser aux avantages économiques et écologiques, mais au bout du compte, c'est nous qui vivons ici. L'important c'est qu'on s'y sente bien. Point.»

 




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